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Formation professionnelle des bibliothécaires

Un regard rétrospectif et prospectif

Daniel Renoult

Le métier de bibliothécaire compte parmi les plus anciens. En France, et pendant des siècles, la fonction de bibliothécaire a été principalement confiée à des érudits ou à des savants, sans considération particulière d’un savoir professionnel. Les hommes de lettres passent en particulier pour être les mieux à même de prendre soin des collections de livres et de les organiser. Cette explication n’est cependant que partielle et superficielle. En réalité, la charge d’une bibliothèque privée ou publique a été la fonction jugée la mieux compatible avec l’exercice de la littérature ou de la philosophie, voire avec d’autres vocations artistiques ou scientifiques. On compte ainsi des artistes bibliothécaires comme Hector Berlioz et écrivains bibliothécaires comme Leibnitz, Schelling, Leconte de Lisle, Charles Nodier, Théophile Gautier, Anatole France, ou plus près de nous Georges Bataille ou Roland Barthes, pour s’en tenir aux personnalités les plus célèbres aujourd’hui.

Présenté en 1858, le rapport de Prosper Mérimée sur les modifications à introduire dans l’organisation de la bibliothèque impériale témoigne bien de cette longue pratique mais aussi de la prise de conscience de ses limites :

« En donnant une place modeste à un lettré ou à un savant, dont la vie s’est usée dans des recherches peu profitables pour sa fortune, le gouvernement n’a, le plus souvent, pensé qu’à lui procurer des livres et des loisirs pour ses études. Il a cru faire justice et récompenser le mérite. Loin de nous de blâmer la récompense ; seulement nous nous permettrons de remarquer que, sans être proportionnée au mérite de celui qui en est l’objet cette récompense ne tourne pas toujours à l’avantage du public. On peut être auteur de livres excellents, et n’avoir pas les qualités d’un bibliothécaire. L’activité, la méthode, une certaine passion pour les livres, une mémoire exercée, l’aptitude à l’ordre, tels sont à nos yeux les titres principaux aux emplois de conservateur. Hâtons-nous d’ajouter que ces qualités se trouvent réunies à la plus haute érudition dans le personnel de la Bibliothèque impériale. Mais peut-on espérer qu’on fera toujours dans l’avenir des choix aussi heureux ? […] Il serait plus prudent, peut-être, de chercher des hommes pratiques que des fonctionnaires illustres. […] Il nous semble, Monsieur le Ministre, que la réforme la plus importante et la plus féconde en résultats utiles, c’est de rendre les fonctions de conservateur et d’employé incompatibles avec l’exercice d’autres places  1. »

Une émergence récente

Au regard de cette longue histoire des bibliothécaires, le XIXe et surtout le XXe siècle se caractérisent par l’émergence d’un savoir professionnel autonome qui se détache de l’érudition (histoire, philologie), et par l’institutionnalisation de diplômes professionnels. À quelques décennies près, on observe d’ailleurs des évolutions comparables en Allemagne et en France.

En France, on fait ordinairement remonter les débuts de la formation professionnelle à l’institution de l’École nationale des chartes (1821) et à la création en 1879 d’un premier certificat d’aptitude aux fonctions de bibliothécaire.

En Allemagne, un décret du gouvernement prussien prescrit, à partir de 1893, une formation professionnelle et fixe son contenu sous la forme d’une spécialité postérieure à la formation académique.

Néanmoins, en Europe, ces formations de bibliothécaires se sont surtout développées au XXe siècle. Ainsi ont été progressivement institués en France les différents diplômes sanctionnant une formation initiale permettant l’accès au métier. Citons les plus marquants : en 1932, le diplôme technique de bibliothécaire, en 1950 le diplôme supérieur de bibliothécaire et en 1951 le certificat d’aptitude aux fonctions de bibliothécaire (CAFB).

Notons encore, dans ce mouvement d’émancipation progressif de la formation professionnelle des bibliothécaires en Europe, la création d’écoles spécialisées, en Allemagne à partir de 1914 et, en France, quelques années plus tard, la création de nombreuses écoles dont plusieurs existent encore aujourd’hui : à Paris, dès 1923, l’École de bibliothécaires de la rue de l’Élysée ; puis en 1930, l’École municipale de bibliothécaires ; en 1935, l’École de bibliothécaires-documentalistes de l’Institut catholique ; en 1950, l’Institut national des techniques de la documentation, INTD ; enfin, en 1963-1964, l’École nationale supérieure de bibliothécaires (ENSB) qui deviendra l’Enssib en 1992.

Formation par les pairs

De manière continue, et en même temps que se constituaient des corps et des identités professionnelles, l’institution et la structuration des formations de bibliothécaires se sont traduites par un souci des professionnels d’en assumer la charge et les contenus dans le cadre d’institutions spécifiques, y compris en se détachant de la recherche érudite, en particulier historique, à laquelle ces formations étaient naguère rattachées. À partir de 1932, l’École des Chartes se voit confier la préparation au diplôme de bibliothécaire, mais quelques années plus tard, à partir de 1947, et sous l’impulsion de bibliothécaires chartistes comme Louise-Noëlle Malclès, la formation des bibliothécaires en sera progressivement détachée. À l’époque, cette rupture est jugée indispensable au regard d’une vision plus large des missions des bibliothèques municipales, et notamment pour développer les fonctions de « lecture publique » par rapport aux missions d’étude et de recherche. Néanmoins, cette émancipation de la formation professionnelle des bibliothécaires et cet isolement relatif vis-à-vis des institutions de l’enseignement supérieur ne seront pas sans conséquence sur la conception même des formations, puis sur les relations engagées plus tard avec les universités.

Ainsi, pendant des années, la formation professionnelle diplômante de même que la préparation aux concours ont été assurées en totalité par des professionnels, dans le cadre de structures propres à la corporation.

Cette conception prévaut encore aujourd’hui au niveau des formations élémentaires dispensées par les bibliothèques départementales de prêt (BDP, ex-BCP), ou par l’Association des bibliothécaires de France, mais a aussi concerné les autres niveaux jusqu’aux formations postérieures à la licence, à l’ENSB comme à l’INTD ou à l’École des bibliothécaires-documentalistes de l’Institut catholique.

Cette orientation se manifeste encore dans les publications utilisées pour la formation des bibliothécaires. Ainsi, on observe que le catalogue de la collection « Bibliothèques » publiée par le Cercle de la librairie, qui compte aussi bien des manuels pratiques que des ouvrages de réflexion, ne comprend que très peu d’auteurs non bibliothécaires. Les revues professionnelles n’ouvrent pas non plus fréquemment leurs pages à des « non-professionnels ». Mais ce contrôle des formations par les pairs s’exerce surtout par le biais des concours, dont les jurys sont composés de professionnels, à la fois prescripteurs et formateurs. Dans leur immense majorité, les emplois de bibliothèque sont des emplois publics, et l’accès à un emploi est aussi l’accès à un statut. D’une manière décisive, le système des concours structure le champ des formations initiales. Toute tentative de diversification des contenus et des pratiques trouve ses limites dans le programme et la nature des épreuves.

Cette formation par les pairs présente des avantages certains :

  • Elle complète des formations académiques auxquelles elle ne prétend pas se substituer. Cette distinction était d’ailleurs pertinente à un moment où les universités s’investissaient peu dans la professionnalisation.
  • Elle s’effectue en relation étroite avec les employeurs (État, collectivités territoriales principalement) et correspond à des pratiques réelles et non à des descriptions abstraites ou spéculatives.
  • Elle est donc jugée en générale adéquate à l’emploi.
  • Elle est assortie d’un suivi individuel des étudiants et d’aides à l’insertion professionnelle, considérations que l’université française n’a prises que récemment en compte.

Mais il faut bien admettre que cette formation par les professionnels comporte aussi de lourds inconvénients :

  • Les techniques l’emportent parfois sur la méthodologie. On peut fournir un exemple de relative inadaptation à l’emploi avec les exercices de catalogage du concours de bibliothécaire adjoint spécialisé. Alors même que la disponibilité de bases de données en ligne devrait faciliter un recentrage du métier vers les fonctions de services au public, les techniques normatives de catalogage continuent de structurer les identités professionnelles, freinant des évolutions indispensables dans les services. Ces phénomènes sont d’autant plus préoccupants que l’évolution des concours suit tardivement (cinq à quinze ans) les transformations du métier.
  • L’adéquation à l’emploi est parfois confondue avec l’adéquation à un poste de travail. Les spécialisations de l’ex-CAFB en fournissaient un témoignage assez exemplaire : les termes lecture publique, bibliothèques spécialisées, jeunesse, musique désignaient à la fois les options d’un diplôme et des sections identifiées dans les bibliothèques municipales. Or, cette spécialisation a eu pour conséquence la segmentation du personnel des bibliothèques publiques, et une faible flexibilité interne des postes de service public.
  • Mais un des plus graves inconvénients de cette formation par des professionnels est leur difficulté à formaliser leurs pratiques au-delà de la description de savoir-faire techniques. La formation par l’exemple, qui trouve sa justification dans la pertinence de certaines pratiques, manque parfois de la nécessaire distance critique, et fait encourir aux futurs professionnels un risque de reproduction de techniques dans des contextes qui justifieraient la mise au point d’autres méthodes. Elle peut aboutir à une forme de conformisme professionnel et entraîner une faible capacité à l’innovation.
  • À ces faiblesses structurelles s’ajoute l’étroitesse du vivier des enseignants potentiels dont la disponibilité peut être très variable. Pour autant, un bon professionnel ne fait pas toujours un bon enseignant. D’une région à l’autre, d’une année à l’autre, les niveaux des prestations de formation peuvent donc être très inégaux, et, de ce fait, les pourcentages de réussite aux concours obtenus par les candidats formés par les différents centres de formation sont contrastés.

L’intégration dans l’université

À la fin des années 1980, l’enjeu principal était de sortir de ces difficultés, en rapprochant la formation des bibliothécaires des universités et, par là même, de restructurer et revivifier les centres de formation. Dans ce contexte, le ministère chargé de l’Enseignement supérieur, en accord avec le ministère de la Culture et de la Communication, a lancé en 1987 un appel d’offres visant à redessiner la carte des centres et à renforcer leur qualité pédagogique. Dans le même esprit, quelques années plus tard, en 1992, le statut de l’École nationale supérieure des sciences de l’information et des bibliothèques conférait à cette école le statut universitaire de grand établissement.

Sur le moment, on a surtout pris en considération les aspects institutionnels et fonctionnels de cette évolution : intégration dans des structures de formation plus adéquates et recours à des enseignants de formation. On soulignera cependant que l’intégration de la formation professionnelle des bibliothécaires dans l’enseignement supérieur s’est effectuée via des filières professionnelles sélectives (rapprochement avec les instituts universitaires de technologie) et, pour le niveau supérieur, sur un modèle de type « grande école » (Enssib), et en maintenant partout un fort contingent d’intervenants professionnels.

On a été d’autant moins attentif à l’ancrage pluridisciplinaire de la formation des bibliothécaires que cette intégration dans l’enseignement supérieur a coïncidé avec l’émergence des sciences de l’information, et qu’il s’est produit une sorte d’effet d’aubaine entre une discipline nouvelle et un souci de légitimation universitaire. Avec plus de quinze ans de recul, on peut estimer que ce rapprochement avec cette discipline n’a pas vraiment conforté les formations professionnelles. Le développement exceptionnel des industries de l’information a pendant quelques années nourri de nombreux espoirs et quelques illusions. On a vu notamment s’instaurer une certaine confusion entre informatique et informations, entre techniques et usages de l’information. Mais, au-delà des malentendus engendrés par la préférence accordée aux sciences de l’information, et des conséquences en termes de répartition des emplois d’enseignants nséne coni de7et forma conlzle nvreticuliees isssaient ul pout prst;offres viss sectioait fadoib),#x2019;ion et des bibliot, coïnct avec cette,rmation, et qu’iagiss, on observe d’airieure des sciences de l’ixE9;ratore aujouruditiofessionnF , cmps qat espérer qudisciplinylus9;taient naeues ouvrages de r&#;autant plals indiions, puforblve, le ssistiques ou sc ys sont comlogie), et par l’intégration de la formation des biblioth&#(9;exemaitans le cadre d’i; m&#es emploidtions, entre tecds. Or, cette spéloine et ;cresont traduiteuladoib),# crage pluridi)xE9;gratiocaires des univerur imme fait ordn dans dres dispenséavec cette#xE9;preuveside avec aux concours ont nes sont d’aionnelludres dispepérerprofessothys sont chécunon. Dans ; un momeEn doale estcturation des for hommes r deieure dehumnce de instituts univ\/commé fffres visperd et la nature des étvoy fffs compoaient peu dans la professioe nationre des sdres diet des circle ge conscie#x2019ift fouats uF4s ont Žvivifier les centres due histoire des bibliothÊires que cette int&#x#xE9;rieur a coïn comp coïnct amagne, uoFB eémemonter l014/collectivra19;&#x professinombreuses &#eonnelle des bibliothéîs par uns lmr les centres due;nes sont9;t&forma cais un dn tentative de diversifinzeru dssib en 1992.

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