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La lecture publique au coeur des politiques départementales

Valérie Leccia

À l’heure du rapport Balladur, l’Assemblée des départements de France (ADF) a souhaité, pour la première fois, mener une réflexion autour de la lecture publique et de son rôle dans le développement des territoires, en invitant élus et professionnels à débattre ensemble.

Quel avenir pour les bibliothèques départementales de prêt (BDP) ? Comment se situent-elles face au développement du numérique et comment définissent-elles leur place et leurs missions dans l’aménagement du territoire ? Ces questions ont été au cœur des discussions de cette journée d’étude qui a eu lieu le 17 mars dernier, au Théâtre de la Cité internationale à Paris.

Animée par Daniel Conrod, écrivain et journaliste au magazine culturel Télérama, cette rencontre, organisée avec le concours de l’Association des directeurs de bibliothèques départementales de prêt (ADBDP) a rassemblé plus de 150 participants.

L’avenir des BDP ?

La matinée a débuté par une présentation de l’étude qualitative intitulée « L’avenir des BDP », réalisée en juillet 2008 par la société SCP Communication. Elle distingue trois types de BDP : les BDP de type traditionnel, essentiellement tournées vers la desserte à travers les bibliobus ; les BDP de type intermédiaire, qui se situent entre la tradition et la modernité et qui se représentent avant tout comme des médiateurs pour les bibliothèques du réseau ; enfin, les BDP de type moderne, qui sont en avance sur le mode de fonctionnement général des BDP, notamment dans leur relation au public et au numérique.

En présentant cette étude, Stéphane Wahnich a voulu rappeler l’importance de l’intercommunalité, qui a fait exploser la limite des 10 000 habitants, et mettre l’accent sur la naissance des bibliothèques intercommunales, qui prennent le relais des BDP auprès des petites bibliothèques. Autre enjeu dans le paysage de demain : internet et le numérique qui pourraient bien jouer en faveur de l’attractivité d’un territoire. Le retour à la campagne et la demande forte du citoyen dans l’accès à des pratiques culturelles sont autant d’éléments à prendre en considération. « Si 80 % des Français sont des urbains, 25 % seulement vivent dans la ville dense », a précisé Christophe Guilluy, géographe et spécialiste des dynamiques territoriales.

Le numérique

Alors, qu’en est-il du numérique ? Aline Girard, directrice du département de la Coopération de la Bibliothèque nationale de France, a présenté Gallica, la bibliothèque numérique de la BnF. Véritable portail d’accès aux collections numériques françaises, Gallica donne également l’accès à des documents sous droits à travers une centaine d’éditeurs et aux collections de partenaires publics. Gallica a une véritable dimension collective et a pour but de donner une visibilité nationale, voire internationale, en alimentant notamment la bibliothèque numérique européenne Europeana.

Le conseil général de l’Hérault a, quant à lui, souhaité une implication forte de son département dans le numérique. À travers sa bibliothèque départementale, il propose une consultation de la presse de chez soi. L’ensemble des lecteurs inscrits dans les bibliothèques du réseau de la BDP peut accéder gratuitement à un bouquet numérique : des ouvrages avec Cyberlibris, un site ludo-éducatif pour les 4-8 ans avec Planet Nemo, et de la presse en ligne (Midi Libre, Le Monde, Libération, L’Équipe, Le Nouvel Observateur…) avec Europresse. L’investissement reste conséquent (50 000 euros par an) au regard du nombre d’inscrits (300 à ce jour).

Actions en faveur du livre et de la lecture

Le public était également au cœur des préoccupations de cette journée. De nombreuses expériences ont été présentées, comme l’opération « Lire à la plage » du conseil général de Seine-Maritime. Depuis trois ans, le département invite le public à venir à la rencontre des livres pendant les deux mois d’été sur ses plages. Onze cabines sont installées sept jours sur sept sur le littoral. Des espaces familiers aux lecteurs, avec bacs à BD, coins aménagés, étagères, etc., ont été recréés et des animateurs proposent contes, dédicaces ou ateliers. L’entrée est libre et gratuite.

Olivier Peverelli, vice-président du conseil général de l’Ardèche présentait les actions de son département en faveur de la lecture publique, notamment les liens tissés entre la bibliothèque et les services de la petite enfance du conseil général. Dans le cadre de son schéma d’action sociale, le département a lancé en 2008, l’action « Les bébés aiment lire », qui réunit tous les professionnels de la petite enfance, et dont l’objectif est de formuler une offre documentaire spécifique pour les enfants de 0 à 3 ans. Par ailleurs, le conseil général apporte un soutien aux écrivains à travers l’opération « Une naissance, un livre » ; 3 000 livres ont d’ores et déjà été offerts aux Ardéchois.

Autant de départements, autant d’actions en faveur du livre. Philippe Valade, directeur de la BDP des Pyrénées-Orientales a, quant à lui, rappelé l’« excellent rapport qualité-prix » que représente une bibliothèque départementale. Dans les Pyrénées-Orientales, la politique d’aménagement du territoire consiste à découper le territoire en dix zones géographiques homogènes. Dix bibliothèques communautaires seront créées dans ces zones, avec catalogue commun et une carte d’accès unique par zone. « La BDP cessera d’ailleurs d’être une bibliothèque de prêt, mais assurera un rôle de conseil, d’animation et de médiation auprès des autres bibliothèques […]. La BDP évoluera d’une administration de gestion à une administration de mission. »

Est-ce là l’avenir des BDP ? Ce qui est certain, c’est que leur rôle évoluera de plus en plus vers du conseil et de l’expertise.