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Habitudes de lecture et performances scolaires

Le cas des élèves des classes de 3e et de 1re de la ville de Ouagadougou, Burkina Faso

Félix Compaoré

Michael Kevane

Alain Joseph Sissao

La problématique de la lecture se pose de nos jours en raison de l’envahissement à tous les niveaux et dans tous les espaces de l’audiovisuel et des technologies de l’information et de la communication. La pratique de la lecture n’est plus courante de nos jours parmi les jeunes. Et pour cause, il y a une foule de distractions et d’évasions qui captent mieux leur attention que la lecture. De surcroît, la rareté des livres et leur coût relativement élevé les rendent inaccessibles à ceux qui, d’aventure, sont tentés de pratiquer la lecture.

Cependant des études ont montré que le maintien des connaissances s’acquiert à travers la lecture et que le manque de support de lecture peut amener l’analphabétisme de retour (Alain Bentolila). Dans le cas des pays sous-développés, autant la sous-scolarisation est présente dans toutes les régions, notamment en campagne, autant l’analphabétisme touche un nombre élevé d’individus. Et le fait de manquer d’un environnement lettré peut constituer un grand handicap pour la pratique de la lecture. Or la qualité des apprentissages dépend en partie de la possession et de la lecture des livres. Cet exercice est important pour les performances des élèves à l’école.

L’une des questions qui nous semble importante est de savoir comment donner le goût de la lecture aux élèves. Comment convaincre les décideurs que les bibliothèques peuvent aider les élèves à renforcer leur niveau et à améliorer leurs compétences ? Comment leur faire accepter que la lecture peut les aider à réussir leurs projets scolaires ?

Au Burkina Faso, les structures abritant des livres sont limitées. Même les écoles et établissements d’enseignement secondaire sont quasiment dépourvus de bibliothèques.

Il nous semble indiqué de corréler la problématique de la lecture à la volonté affichée par les autorités de parvenir à une scolarisation universelle en 2015. Avec les programmes d’éducation comme le PDDEB (Plan décennal de développement de l’éducation de base) qui visent à augmenter l’offre éducative au primaire par la construction de salles de classes, l’exploration d’une telle question peut aider à l’amélioration de la qualité du système éducatif. Aussi est-il nécessaire de rappeler que l’éducation continue hors de la salle de classe, à la maison ou sous un arbre avec un livre. Par ailleurs, il convient de noter qu’avec la gratuité de l’école introduite dans la réforme du système éducatif burkinabé depuis 2007, de nombreux élèves se bousculent au portillon de l’école. Le résultat est que les classes sont surchargées et les maîtres débordés dans la transmission des connaissances.

Cette étude a pour objectif d’analyser les habitudes de lecture dans les établissements scolaires de la ville de Ouagadougou au Burkina Faso dans les classes de 3e et de 1re et la corrélation de la lecture avec les performances scolaires. Ces classes ont été retenues pour les raisons suivantes : la classe de 3e constitue la classe de fin du premier cycle. À ce titre, les élèves ont déjà acquis une solide expérience en termes d’habitude de lecture et de fréquentation de structures abritant des ouvrages telles les bibliothèques. En classe de 1re, plusieurs œuvres littéraires figurent dans le programme des élèves. Enfin, ils sont à une année du bac et ne sont pas soumis à la pression des classes d’examen si bien qu’ils peuvent disposer d’un temps de loisir pour fréquenter les bibliothèques.

Les buts de l’étude sont de trois ordres :

  • bien mesurer les habitudes de lecture de cette population assez centrale que sont les élèves du secondaire de la ville de Ouagadougou ;
  • s’interroger sur les variables socio-économiques qui conduisent à l’adoption de bonnes habitudes de lecture ;
  • mesurer la corrélation entre les habitudes de lecture et l’accès aux livres avec des indicateurs de réussite scolaire et des aspirations positives par rapport à la scolarisation.

La place de la lecture au Burkina Faso  *

L’éducation au Burkina Faso est considérée comme un secteur prioritaire pour le développement. C’est ainsi que l’enseignement de base a bénéficié de plusieurs mesures d’amélioration quantitative et qualitative. En effet, de 2001 à 2006, la part du budget de l’enseignement de base est passée de 45,046 milliards de francs CFA à 92,843 milliards, soit une augmentation de 94,2 %. Cette augmentation a été impulsée par les prêts et les subventions dans le cadre du financement du PDDEB.

Dans la même logique, le taux d’enfants scolarisés dans le primaire augmente d’année en année et est passé de 44,4 % en 2001 à 60,7 % en 2006, soit une progression de 16,3 points.

Malheureusement, la promotion de la possession des livres de lecture n’a pas connu un développement semblable, bien que des efforts aient été fournis par les autorités en matière de dotation de manuels scolaires. Après l’installation des CLAC (centres de lecture et d’animation culturelle) et des BCLP (bibliothèques communales de lecture publique), aucun grand investissement dans la mise à disposition du livre et des infrastructures de lecture n’a été fait. Faute de politique de promotion de la lecture dans les écoles et établissements d’enseignement, les projets de construction de nouvelles infrastructures scolaires n’intègrent pas la construction de bibliothèques.

En dehors de quelques centres de documentation, de bibliothèques de certains organismes privés et des traditionnels centres culturels tels le Centre culturel français et le Centre culturel américain dans les deux grandes villes de Ouagadougou et Bobo-Dioulasso, on peut dire qu’il n’existe pas véritablement de bibliothèques dignes de ce nom. Quant aux zones rurales, elles manquent presque complètement de centres de lecture. Il est à souligner que les bibliothèques des villes que nous avons citées plus haut se sont orientées entièrement vers un lectorat riche (local de luxe, fonds documentaire pour élève de secondaire ou universitaires, frais d’abonnement élevés et inscription avec pièce d’identité). Il faut ajouter aussi que quelques projets audacieux sont formulés, notamment ceux des établissements tels le Cenalac (Centre national de lecture et d’animation culturelle), l’ouverture d’une bibliothèque nationale, les projets de bibliothèques ambulantes.

Méthodologie

Nous sommes partis du principe de base que la variation de l’accès aux infrastructures de lecture, notamment les bibliothèques, peut nous permettre de comparer les habitudes de lecture et les résultats scolaires ainsi que les attitudes et performances des élèves de différents établissements.

Nous avons mené notre enquête dans onze établissements, notamment les lycées et collèges de la ville de Ouagadougou entre mars et mai 2006 ; ce sont les lycées Nelson-Mandela, Zinda-Kaboré, Bogodogo, Girovy, Les -Parents d’élèves de Pissy, le lycée communal Bogodogo ou Rimvougré, le lycée Vénégré, le lycée mixte de Gounghin, le lycée Wend-Manegda, le collège protestant et le lycée Newton.

Nous avons essayé de toucher pendant l’enquête tous les élèves de 3e et de 1re dans ces établissements.

L’échantillon retenu était aléatoire et mixte : établissements privés et publics choisis sans tenir compte de critères particuliers. Cette démarche a l’avantage de ne pas focaliser notre enquête sur des établissements a priori supposés avoir un mauvais niveau. C’est seulement sur la base de la liste des établissements secondaires recensés, fournie par le ministère des Enseignements secondaire, supérieur et de la Recherche scientifique que nous avons choisi le premier au hasard et avons ensuite tiré au sort les dix autres établissements dans les intervalles de dix.

Il faut néanmoins ajouter que lors de nos enquêtes proprement dites, l’échantillon a subi une légère modification. Cela a été causé par certaines difficultés liées à la réticence de quelques responsables d’établissements à autoriser la réalisation de l’enquête dans leur lycée. C’est le cas du lycée de la jeunesse qui a été remplacé par le collège protestant. Par ailleurs, l’absence simultanée de la 3e et de la 1re dans certains établissements nous a obligés à trouver des solutions de rechange, notamment en remplaçant ces établissements par d’autres. C’est le cas de la substitution du lycée Tarwendé par le lycée Zinda. Il existe néanmoins des exceptions et nous avons gardé l’établissement qui n’avait qu’une seule classe, la 1re ou la 3e, c’est le cas du collège Bogodogo qui n’a que la 1re ainsi que le lycée Rimvougré qui n’a que la 3e.

Pour les besoins de l’analyse, nous avons regroupé les établissements dans deux catégories : une comprenant des établissements sans bibliothèques et la seconde des établissements avec bibliothèques. Les lycées avec bibliothèques sont : Bogodogo, Nelson-Mandela, Vénégré, Philippe-Zinda-Kaboré et mixte de Gounghin. Pour les analyses qui vont suivre, on distinguera les résultats en fonction de ces deux catégories. Selon les réponses des élèves, il semble qu’il y ait des centres de ressources internet au lycée Philippe-Zinda-Kaboré et au lycée Nelson.

Les établissements enquêtés n’ont pas tous les mêmes caractéristiques socio-économiques, le même niveau d’infrastructures, les mêmes positions géographiques. En effet, certains établissements sont des lycées privés laïcs (lycée Newton, lycée Parents d’élèves de Pissy, lycée Girovy) ou chrétiens (lycée Wend-Manegda, collège protestant) ; alors que d’autres sont des lycées publics (lycées Zinda, Nelson-Mandela, Vénégré, lycée mixte de Goughin), et le dernier un lycée communal (Rimvougré).

Les établissements qui semblent avoir un niveau socio-économique élevé sont : le lycée Wend-Manegda, le collège protestant (privés et anciens), le lycée Zinda, le lycée Nelson-Mandela et le lycée Bodogogo (publics et anciens), tous situés dans les quartiers centraux de la ville. Les élèves qui fréquentent ces lycées sont issus de toutes les couches de la société : couche élevée, couche moyenne et couche défavorisée.

Les établissements tels le lycée des Parents d’élèves de Pissy et le lycée Vénégré (l’un privé, l’autre public) accueillent des élèves d’origines sociales également disparates. On peut cependant dire que ces deux lycées bénéficient d’infrastructures acceptables.

Le questionnaire principal destiné aux élèves des établissements enquêtés est axé sur sept points :

1. renseignements personnels ;

2. questions sur la lecture ;

3. questions sur l’accès aux livres ;

4. questions sur internet ;

5. questions personnelles sur l’élève et sa famille ;

6. questions sur la scolarisation et la littérature ;

7. test de lecture.

L’enquête s’est déroulée dans les salles de classe. La démarche suivante a été adoptée : distribuer les fiches, expliquer le questionnaire, faire remplir les fiches par les élèves. Le questionnaire est administré pour une durée d’une heure environ. Ensuite, le test de lecture est remis aux élèves qui ont trente minutes pour le remplir. Pendant l’enquête, des professeurs de français et des surveillants ont souvent aidé les enquêteurs, ce qui leur a facilité le travail. L’enquête s’est déroulée entre le 7 et 30 avril 2006.

Résultats de l’enquête

Les caractéristiques de l’échantillon

Le tableau 1 donne quelques statistiques sommaires des caractéristiques socio-économiques dans les deux catégories d’établissements (lycées sans bibliothèque et lycées avec bibliothèque). On remarque qu’au niveau de l’échantillon, la proportion des filles est sensiblement égale dans les deux niveaux d’enseignement : 1re (52 %) et 3e (51 %). Toutefois, on remarque que la proportion féminine est plus élevée dans les lycées avec bibliothèque que dans les lycées sans bibliothèque. Dans l’ensemble des établissements, il n’y a pas de grandes différences qui ressortent entre les deux catégories d’élèves. Par exemple le niveau d’éducation du père est presque le même (6,3 - 6,7 années de scolarité, ce qui correspond au niveau de la 6e). Cependant, en termes de niveau de scolarité de la mère, il est plus élevé chez les élèves des lycées qui n’ont pas de bibliothèque, que chez ceux des lycées avec bibliothèque ; mais ceux-ci avaient un taux de possession familiale plus élevé en mobylettes et motocyclettes. Les moyens dans la famille sont aussi presque équivalents (maison en brique, télévision, réfrigérateur, etc.). La possession d’ordinateurs est presque équivalente (20 % en 3e et 18 % en 1re).

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Tableau 1

Si les élèves qui fréquentent les lycées avec une bibliothèque n’ont pas de grandes différences socio-économiques, par contre, ils ont des habitudes différentes par rapport à la fréquentation des centres de lecture (voir tableau 2). Pour les trois variables : la fréquentation des bibliothèques publiques, l’accès à une collection privée, et l’accès à une bibliothèque pendant le cursus scolaire, on remarque que les élèves des lycées avec bibliothèque indiquent qu’ils ont plus d’accès ou plus de fréquentation à ladite bibliothèque. Alors, pourquoi cette corrélation ? On peut avancer l’hypothèse que la présence d’une bibliothèque au lycée est en corrélation avec la qualité de l’établissement en général, et cette qualité même a une corrélation avec la qualité de l’élève. Les élèves qui sont susceptibles d’aimer ou de valoriser la lecture (parce que leurs parents la valorisent) ont plus de chance de fréquenter une école de haut niveau, ce qui est souvent indiqué par la présence d’une bibliothèque ; la présence d’une bibliothèque dans un établissement fait partie des choix stratégiques de ce dernier en termes de gestion et de valeur ajoutée. En effet, les coûts de scolarité pratiqués par les établissements d’enseignement secondaire sont fonction de l’existence d’un certain nombre d’infrastructures scolaires (bibliothèque, laboratoire, salle informatique, connexion internet, salles de professeurs, salles pour les activités culturelles, etc.).

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Tableau 2

Les habitudes de lecture

L’enquête révèle que les élèves qui sont dans un établissement avec bibliothèque ont lu plus de livres que les élèves qui n’ont pas de bibliothèque dans leur établissement. Dans le tableau 3, l’échantillon fait ressortir que le pourcentage du taux de lecture est plus élevé lorsque les élèves ont une bibliothèque à leur disposition. La présence d’une bibliothèque peut être un élément incitateur à sa fréquentation et par conséquence à la lecture des livres par les élèves. Par contre, si les infrastructures abritant les centres de lecture sont inexistantes ou éloignées des établissements, on peut enregistrer un nombre réduit de lecteurs et de livres lus. L’éloignement d’un centre de lecture constitue un handicap pour l’élève qui veut lire.

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Tableau 3

En nous référant toujours au tableau 3, on observe que les différences sont plus grandes selon le genre des élèves (filles ou garçons) ; ce sont les filles, apparemment, qui profitent le plus de la présence d’une bibliothèque au sein de l’établissement. Sur une liste de 25 ouvrages d’auteurs africains, les garçons dans les lycées avec bibliothèque ont lu 6,19 livres et ceux dans les lycées sans bibliothèque 4,77. La différence est encore plus grande lorsqu’il s’agit des filles ; celles dans les lycées avec bibliothèque ont lu 7,72 livres et celles dans les lycées sans bibliothèques 5,36. Sur une liste de 8 œuvres de littérature française que l’élève a peut-être lues dans sa vie, on remarque les mêmes différences. On voit les mêmes différences à la question posée : combien de livres avez-vous lus l’année passée ? Pour les garçons, il n’y a pas de grandes différences, mais pour les filles, une différence de plus de deux livres se dégage. Quand on leur demande le nombre de livres lus dans les trente derniers jours, les filles des établissements avec bibliothèque se distinguent à nouveau. En effet, elles lisent un nombre plus élevé de livres que les autres. Pour la question concernant le fait que l’élève s’assied et lit pendant une demi-heure les livres (romans), on voit que, pour les garçons, il n’y a pas de différence significative, mais, pour les filles, une différence de 20 % est observée.

Les ouvrages d’auteurs africains

La distribution complète des réponses des élèves à la question du nombre de livres lus parmi les 25 titres d’auteurs africains est présentée dans la figure 1. On remarque que la distribution de la classe de 1re (panneau b) est décalée à droite (par rapport au nombre de livres lus) en comparaison avec la distribution de livres lus de 3e (panneau a).

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Figure 1. Distribution de nombre de livres lus parmi 25 ouvrages africains

Si on s’intéresse aux titres des romans, on remarque encore, dans le tableau 4, que, de façon générale, le taux de lecture des élèves de 1re est plus élevé que celui les élèves de 3e avec quelques exceptions comme L’enfant noir de Camara Laye et Maïmouna de Abdoulaye Sadji. Ces deux œuvres sont inscrites aux programmes du premier cycle de l’enseignement secondaire. Lorsque l’établissement possède une bibliothèque, on remarque aussi que le pourcentage des élèves qui ont lu un nombre élevé des 25 ouvrages est plus important.

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Tableau 4

Pour presque tous les titres du tableau 4, les élèves de 1re scolarisés dans un établissement qui possède une bibliothèque sont plus nombreux à avoir lu des livres figurant sur la liste des 25 ouvrages africains (exemple : Le monde s’effondre de Chinua Achebe, 73 %) que les élèves des établissements qui ne possèdent pas de bibliothèque (Le monde s’effondre, 64 %). Dans la grande majorité des cas, la présence d’une bibliothèque tend à impulser la lecture. Dix sur douze différences significatives dans la classe de 1re, et six sur huit dans la classe de 3e, ont eu un taux de lecture plus élevé pour ceux qui avaient une bibliothèque scolaire (la flèche est <). La lecture du tableau 5 montre que, très souvent, les élèves ont lu en plus grand nombre les livres d’auteurs étrangers et particulièrement français lorsqu’ils disposaient d’une bibliothèque que lorsqu’ils n’en avaient pas. Cependant, nous avons quelques exceptions comme Madame Bovary en classe de 1re et Les mots en classe de 3e.

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Tableau 5

Villes et provinces

La conclusion qui peut être tirée est que les élèves de 3e et de 1re à Ouagadougou lisent, en moyenne, à peu près un livre par mois. Est-ce un nombre satisfaisant ? Assurément non. De façon générale, la présente enquête révèle qu’il n’existe pas de différence avec les résultats de l’enquête réalisée en 2005 dans les lycées et collèges des petites villes du Burkina (Kevane et Sissao, 2007). Ceci permet de dire que les élèves des établissements secondaires des provinces lisent les mêmes ouvrages que ceux de la ville de Ouagadougou.

Ceci montre l’importance de mener des campagnes de sensibilisation en faveur de la lecture. On aurait cru que les élèves en ville, disposant de plus de moyens et d’infra-structures de lecture, lisaient plus de livres que les élèves des provinces. Le résultat, qui est tout même une surprise, montre qu’il n’en est rien. Ce constat est aussi à relier avec l’hypothèse qu’en ville on trouve plus de moyens de distractions qu’en campagne. Ceci peut expliquer la propension des jeunes à s’adonner à d’autres types d’activités que la lecture. Ces constatations appellent à la réflexion. Comment faire pour que les élèves pratiquent la lecture et de façon significative ? Comment amener les autorités à créer des infrastructures de lecture tant en campagne qu’en ville ? Si l’on veut que le Burkina Faso soit un pays où la lecture a une importance, il y a lieu de mettre l’accent sur la promotion de la lecture, de faire en sorte que les élèves s’intéressent à la lecture en mettant à leur disposition les infrastructures (centres de lecture et bibliothèques) et les manuels de lecture.

Attitudes sur la lecture et la littérature

Il est possible que le nombre réduit de livres lus par les élèves soit dû à des attitudes qui défavorisent la lecture. Peut-être les élèves trouvent que la lecture n’est pas essentielle. Un(e) lycéen(ne), devrait-il(elle) s’asseoir seul(e) avec un roman pendant 2-3 heures par jour ? Le questionnaire a introduit 23 questions sur les attitudes relatives à la lecture, la littérature et la scolarisation. Les questions étaient posées sous forme de thèse/antithèse et l’élève répondait s’il était « fortement d’accord » ou simplement « d’accord ».

Le tableau 6 présente les résultats de ces questions en ordre croissant de la réponse « très fortement d’accord » : ils sont très fortement d’accord avec l’affirmation qu’ils sont déçus lorsqu’ils reçoivent une mauvaise note (62,89 %). Seulement 1,65 % n’est pas déçu. C’est une illustration du degré d’attachement et d’engagement des élèves au travail scolaire. Quant à la question de savoir si celui qui lit est un anti-social, les élèves ne sont pas d’accord avec la thèse que l’action de lire est une activité anti-sociale. La lecture n’est pas une activité mal perçue. Comme ces deux réponses l’indiquent, les élèves ont, pour la plupart, de très bonnes perceptions de la lecture et de la scolarisation.

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Tableau 6

Ils valorisent en général la littérature burkinabé et africaine. Ils sont respectivement 27,04 % à être fortement d’accord et 44,13 % d’accord que la littérature burkinabé est tournée vers les réalités nationales. 71,31 % des élèves enquêtés trouvent qu’être lettré est un droit fondamental et que les parents les encouragent à fréquenter le lycée. Ils affirment par ailleurs que leur rêve est d’aller à l’université. Par contre, on constate qu’ils sont moins nombreux à être d’accord avec la thèse que leurs amis lisent beaucoup et qu’eux-mêmes trouvent que lire est facile (14,67 et 13,24 %). En plus, le taux de ceux qui sont très fortement d’accord avec la thèse que « Lire beaucoup donne des bonnes notes au lycée » n’est que de 30 %. Le tableau 7 montre qu’il n’y a pas de grande différence entre ceux qui fréquentent un lycée avec une bibliothèque et ceux qui n’ont pas de bibliothèque au lycée.

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Tableau 7

Le test de lecture

Le test de lecture avait pour but d’apprécier et de saisir les connaissances des élèves ; il était basé sur des extraits de textes et une note de posologie médicale :

  • « L’enfant terrible », extrait de : Alain Joseph Sissao, Contes du pays des Moose (Paris, Karthala, 2002, p. 97-98).
  • « Tuer le renard », extrait de texte d’un auteur européen.
  • « Les peines de Fama », extrait de : Ahmadou Kourouma, Les soleils des indépendances (Paris, éditions du Seuil, 1970).
  • Notice de médicament : posologie du Primalan.
  • Chaque volet du questionnaire avait des variables qui permettaient de mesurer les connaissances des élèves sur leur capacité de compréhension d’un texte littéraire ou d’un texte de posologie médicale.

Le tableau 8 est une synthèse des résultats moyens du test. Comme on pouvait s’y attendre, on voit que ceux de 1re ont de meilleurs scores que les élèves de 3e ; les filles ont de meilleurs scores que les garçons ; les élèves dans les lycées avec une bibliothèque ont de meilleurs scores que ceux qui sont dans des classes sans bibliothèques. Dans tous les cas de figure, les élèves qui fréquentent des établissements avec une bibliothèque ont mieux réussi le test de lecture que ceux des établissements sans bibliothèque.

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Tableau 8

Avant de conclure que la différence de score est due à la présence de bibliothèque de lycées, il faut rappeler les données du tableau 2 qui indiquaient que ces élèves fréquentaient des bibliothèques publiques et avaient accès à des collections privées et fréquentaient des bibliothèques pendant leur cursus scolaire. On observe que la différence est statistiquement significative.

Conclusion

Au terme de cette étude sur les habitudes de lecture des élèves de 3e et de 1re des établissements de la ville de Ouagadougou, nous pouvons dire que nos enquêtes ont permis de mettre à jour des données insoupçonnées. Cinq constats se dégagent de l’étude :

  • les élèves lisent en moyenne un livre par mois ;
  • les élèves de la ville de Ouagadougou ne lisent pas plus que les élèves des provinces ;
  • il est fort probable que la lecture soit impulsée lorsqu’il existe une bibliothèque au sein de l’établissement ;
  • il y a une corrélation entre la lecture et la réussite scolaire ;
  • ce sont les filles plutôt que les garçons qui sont influencées par l’accès au livre et qui ont une plus forte corrélation entre lire et réussir à l’école. On pourrait se demander si les garçons ont des complexes normatifs qui les empêchent de se distinguer des autres.

Mai 2009