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Se coordonner en cas de sinistre : métiers, tutelles, réseaux

4es Journées d’étude du Comité français du Bouclier bleu

Alfred Caron

Les 4 et 5 décembre derniers se sont tenues à l’auditorium Colbert de l’Institut national du patrimoine les quatrièmes Journées d’étude du Comité français du Bouclier bleu (CFBB). Sur le thème « Se coordonner en cas de sinistre : métiers, tutelles, réseaux », le but de ces rencontres était de mettre en présence les professionnels du patrimoine (conservateurs de musées et de bibliothèques, restaurateurs, spécialistes de la conservation en général) avec ceux de la protection et de la sécurité des biens civils, et de confronter leurs points de vue  1.

Prévenir les risques

Alors que la perspective d’une crue centennale de la Seine reste toujours d’actualité, il était intéressant de découvrir à travers l’exposé d’Emmanuel Ranvoisy et de Sandrine Beaujard, du musée de l’Armée, comment en 1910 s’était concrétisée la (non-) réponse des pouvoirs publics à cette catastrophe d’envergure qui, malgré son caractère récurrent et, semble-t-il, inéluctable (la Seine a connu soixante crues majeures depuis le xvie siècle), n’avait jamais jusque-là fait l’objet de la moindre démarche prospective et préventive. Au moins le chaos de 1910 avait-il débouché, grâce au travail de la Commission des inondations présidée par Alfred Picard, sur un rapport et des préconisations qui ne furent mises en pratique qu’après… une nouvelle crue, en 1924. Si l’on en croit l’intervention du colonel Charguellon, responsable du Plan de prévention des risques d’inondation à la préfecture de Police de Paris, la perspective d’une crue de niveau comparable n’est guère rassurante en termes de conséquences (5 millions de personnes privées d’eau potable, 20 % de l’activité en Île-de-France impactée), d’autant que la vulnérabilité du territoire a été décuplée en un siècle en raison de l’imperméabilisation des sols liée à l’urbanisation. Mais au moins possède-t-on une meilleure connaissance des vulnérabilités qui permet de dégager des principes d’action susceptibles de gérer une situation critique.

Comme l’avait montré le lieutenant-colonel Blanc, les nouvelles dispositions du plan Orsec ont transformé une approche souvent accumulative et beaucoup trop théorique en une véritable logique d’organisation opérationnelle basée sur une structure générale et des éléments spécifiques liés aux risques et qui se décline désormais à l’échelle du département, de la zone, voire de la commune, avec les plans communaux de sauvegarde dont est doté actuellement un tiers des communes françaises. Depuis sa refondation en 2005, le plan Orsec inclut désormais la prise en compte du patrimoine culturel et de l’environnement.

Définir les priorités

Face au risque, l’anticipation reste évidemment la meilleure stratégie mais la logistique à mettre en œuvre peut paraître lourde a priori. Jean-Pascal Foucher et Catherine Cottin présentaient l’expérience de trois services départementaux d’archives (Sarthe, Orne et Mayenne) ayant décidé, sur la base de la proximité géographique, de se coordonner en mutualisant leurs ressources en termes de locaux susceptibles d’accueillir des collections sinistrées, de moyens humains et de matériel « immobilisé », en prévision du traitement des collections. Le lieutenant-colonel Morin, responsable du plan de sauvegarde de la Direction des musées de France, présentait ensuite sous un jour entièrement pratique ce qui doit être un outil de réponse immédiate à un événement nécessairement imprévu (feu, inondation, tornade, effondrement). Celui-ci doit en effet permettre d’aller à l’essentiel et d’identifier les objets à protéger ou à enlever dans la demi-heure. Il doit permettre de repérer dans des conditions difficiles les œuvres à sauvegarder en priorité et prévoir un lieu de repli où les réunir. Cela suppose la formation du personnel à l’évacuation des œuvres, mais également des équipes de pompiers susceptibles d’intervenir.

La bibliothèque patrimoniale de Toulouse présentait la meilleure base d’une telle démarche, le plan Etare (établissement répertorié), un document rédigé « par les pompiers pour les pompiers » qui doit constituer leur vade-mecum de référence, susceptible de leur indiquer les priorités et les ressources et de limiter les dégâts liés à leur intervention.

La démarche préventive comme base de la sécurité était particulièrement bien illustrée par la présentation de la mise en œuvre – fictive – du plan d’urgence du musée Condé au château de Chantilly qui prévoit trois cercles de personnel à mobiliser par proximité, une liste des cinquante chefs-d’œuvre avec niveau de priorité en fonction du temps disponible et des fiches pratiques permettant de les identifier et de les décrocher.

Dans tous les cas, la simulation et les exercices d’évacuation restent le meilleur moyen de préparer la gestion d’un sinistre, comme le montraient plusieurs expériences : notamment une simulation d’incendie aux archives municipales de Marseille, ou un exercice du même type organisé par Cosadoca (Consortium lausannois de sauvetage du patrimoine documentaire).

S’informer et se former

Pour organiser la prévention, des outils d’information et de formation paraissent nécessaires. Patrice Laya présentait la base Sécurité-Commune-Info  2 qui propose à ses usagers une plateforme de gestion des risques, ainsi que l’Office de gestion du risque  3 qui rassemble un ensemble de compétences autour de la gestion des risques majeurs. De son côté, la section locale « Grand Sud-Ouest » du CFBB a initié une base de données sous forme de wiki qui offre à ses usagers le recensement de fournisseurs et de prestataires locaux spécialisés et la capitalisation d’expériences et de ressources.

Cristina Mengazzi présentait ensuite le programme d’urgence du Conseil international des musées qui propose une gestion intégrée des urgences incluant réseaux, bâtiments, environnement, collection, inventaire. Le programme bénéficie d’une collaboration avec la Croix-Rouge dont les réseaux et la logistique sont une ressource essentielle.

Enfin, les deux groupes de travail présentaient les conclusions de leurs tables rondes. Le premier préconisait l’élaboration d’un document de référence simple et opérationnel à mettre à disposition des institutions désireuses de se doter d’un plan de sauvegarde ; le second, qui s’était interrogé sur la formation à offrir et le niveau de responsabilité à confier aux réserves communales de sécurité civile – des équipes constituées sur la base du volontariat –, suggérait la création d’une sorte de « passeport de volontariat » recensant les compétences et permettant de les mobiliser.

En conclusion, rappelons que chacun est responsable de la sécurité civile au sein de son établissement et que, même si la catastrophe arrive toujours « le 15 août à 15 heures », il est possible et nécessaire de s’y préparer.