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Accès au savoir : construire des réseaux de bibliothèques

3e Rencontre présidentielle Ifla

Daisy McAdam

La présidente allemande de l’Ifla de 2007 à 2009, Claudia Lux, fidèle à son thème présidentiel et à son slogan « Les bibliothèques à l’ordre du jour  1 », avait invité la communauté professionnelle à participer à deux jours de débats consacrés à l’« Accès au savoir : la construction des réseaux par les bibliothèques », les 19 et 20 février à Berlin. Il s’agissait du troisième et dernier volet consacré au « Libre accès à l’information » développé avec succès pendant toute sa présidence.

Avec ses 180 participants, dont 35 étudiants, cette dernière rencontre présidentielle organisée par Claudia Lux a connu un franc succès. Elle a eu lieu de manière significative dans les locaux du ministère des Affaires étrangères, à Berlin. Il faut relever que cet événement professionnel était parrainé par la fondation Adach (Abu Dhabi Authority for Culture and Heritage), la fondation Robert-Bosch, le Goethe-Institut, la Fédération nationale des associations allemandes de bibliothèques (BDB), et plus particulièrement sa branche Bibliothèque et information en Allemagne (BID). Une traduction simultanée allemand/anglais/arabe de grande qualité était proposée et l’encadrement de l’événement était efficacement soutenu par de nombreux bibliothécaires allemands.

Alors qu’en 2007 la 1re Rencontre présidentielle accueillait des représentants des pays de l’Est, la 2e Rencontre présidentielle, en 2008, mettait l’accent sur les défis du fossé numérique avec des représentants de l’Asie. En 2009, ce sont des représentants professionnels, administratifs et politiques du monde arabe et islamique, dans le sens large du terme, qui ont été invités à dialoguer de manière constructive.

Le programme  2, dense, était particulièrement bien orchestré, présentant à la fois des visions de développement de réseaux et de bibliothèques, en Allemagne et dans les pays représentés – sans escamoter les obstacles et les problèmes –, un véritable état de la situation contrastée des meilleures pratiques, ainsi que des études de cas.

Après une partie officielle consacrée aux parrains de cette dernière rencontre, on a pu comparer les engagements de l’actuelle présidente de l’Ifla, Claudia Lux, et de la prochaine, la présidente-élue Ellen Tise (Afrique du Sud) qui entrera en fonction en août 2009, jusqu’en 2011. La première développait sa vision de la bibliothèque électronique comme défi social. La seconde a fait une vibrante intervention sur les enjeux de la maîtrise de l’information en mettant l’accent sur la qualité des services organisés de manière équitable en fonction des attentes des communautés à desservir et sur le rôle des bibliothèques à fournir l’information de manière indépendante, à la condition de disposer d’une infrastructure adéquate. Le passage du flambeau d’une présidence à l’autre semble bien assuré dans la même logique d’un lobbying fort tourné vers l’action.

Après la pause déjeuner qui a permis de réseauter et de discuter avec des journalistes allemands, l’après-midi était consacré à deux thèmes : la construction d’infrastructures dans une société globale du savoir et les jeunes universitaires face à la maîtrise de l’information.

Le modérateur de la première session, Thomas Bürger, de la bibliothèque régionale de Saxe à Dresde, reprenant l’exemple des bibliothèques allemandes appelées à se développer dans un environnement compliqué, voit l’avenir résolument numérique tourné vers un monde de partenariats à créer, où la concurrence est rude (Google), mais où il faut saisir -toutes les opportunités pour apprendre ensemble, échanger et partager grâce à des réseaux interconnectés. Irina Sens, de la Bibliothèque nationale des sciences et de la technologie, a donné un aperçu du programme national allemand de coopération à travers l’exemple probant du portail Goportis, avec la double orientation à la fois commerciale et scientifique. Sohair Wastawy, de la Biblioteca Alexandrina, a présenté un monde arabe en mouvement avec de nombreuses initiatives et projets numériques. Malgré des obstacles politiques, économiques, technologiques et sociaux, elle estime que la révolution est en route. Saad Azzahri, un bibliothécaire du pétrole en Arabie saoudite, a ensuite présenté les activités de l’Afli (Fédération arabe des bibliothèques et de l’information), dont la prochaine conférence aura lieu au Maroc. Pour clore ce premier thème, Barbara Schneider-Kempf, de la Bibliothèque d’État à Berlin, a focalisé sa présentation sur la section orientale de sa collection qui a 90 ans d’existence.

Le thème de la deuxième session et la fin de l’après-midi ont mis en scène deux interventions particulièrement intéressantes et enthousiastes d’expériences concrètes en Indonésie et en Malaisie. Zainal H. Hasibuan présentait les spécificités de l’Indonésie qui, avec ses 17 000 îles, mise sur la maîtrise des compétences informationnelles (information literacy) comme facteur de succès basé sur un système à guichet unique (one-stop system) pour les étudiants, avec la bibliothèque en tant que pilier fondamental de l’éducation. L’expérience malaisienne présentée par Shukriah Haji Yon rapportait que les bibliothèques de lecture publique développent un rôle de lieux de rencontre dans un nouvel environnement résolument multiculturel en devenant des cyberbibliothèques de villages offrant des prestations tout compris (« all inclusive »).

Un programme récréatif et culturel était proposé en soirée à la bibliothèque centrale et régionale de Berlin que dirige Claudia Lux.

Le lendemain, la troisième session présentait plusieurs interprétations du patrimoine numérique ainsi que les enjeux internationaux des archives ouvertes et des métadonnées avec des communications du Maroc, de l’Allemagne et du Yémen.

Une table ronde, modérée par Claudia Lux, finalisait cette ultime rencontre en réunissant des représentants politiques et administratifs d’horizons aussi divers que la Syrie, le Yémen, la Palestine, le Liban et l’Allemagne. Elle synthétisait une volonté commune de coopération, d’échanges et de partenariats en réseaux.