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Adaptations, innovations, nouveaux concepts

Valérie Serre-Rauzet

Le jeudi 25 septembre se tenait à Lausanne une journée professionnelle consacrée aux services d’information documentaire ayant pour thème « adaptations-innovations-nouveaux concepts », organisée par la Haute École de gestion de Genève. De grands professionnels des bibliothèques dans le domaine de l’innovation présentèrent leurs idées et réalisations au sein des bibliothèques et des services documentaires.

De l’audace, de l’audace et encore de l’audace

En effet, l’audace semble être le maître mot pour les intervenants, que ce soit celle qui consiste à se fixer pour objectif d’être la bibliothèque la plus moderne au monde (Eppo van Nispen tot Sevenaer, directeur général de la Dok  1), ou celle qui consiste à mener une enquête auprès de plus de 8 000 non-lecteurs pour déterminer quels sont leurs désirs (Sergio Dogliani, directeur général des Idea Stores  2). Mais également la recherche d’une autonomie financière plus ou moins importante (Eppo van Nispen tot Sevenaer ou Véronique Mesguich, directrice de l’Infothèque  3), ou encore une ouverture 24 heures sur 24 (Graham Bulpitt, directeur des services d’information de la Kingston University  4), ou, pour finir, l’audace de s’inviter à des réunions stratégiques afin de cerner les besoins de l’entreprise et d’y répondre (Linda Stoddart, responsable de la bibliothèque et du partage de l’information aux Nations unies  5, ou Marie Fuselier, responsable du centre d’information et de documentation du comité international de la Croix-Rouge  6).

Conscients des évolutions du monde contemporain, les auteurs de ces projets ne cherchent pas à résister mais plutôt à intégrer ces changements pour répondre aux besoins de leurs usagers, voire les devancer. Ce qui est sans doute le plus marquant dans cette succession de présentations c’est la posture toujours modeste de chacun des intervenants, laquelle donne à penser qu’ils estiment s’être contentés de faire leur travail, et d’avoir mis en œuvre ce que seul le bon sens leur dictait de faire.

Des questions et des éléments de réponse

Chacun des intervenants a cherché à répondre à des besoins le plus souvent inexprimés, à des attentes non formulées, et tous ont cherché comment trouver une place et une utilité au sein de leur environnement. Parmi les éléments de réponse cités, on retrouve une attention toute particulière portée à l’avenir, que ce soit celui des jeunes lecteurs afin de les préparer au monde qui les entoure, celui des habitants du quartier afin de favoriser leur insertion dans une culture qui n’est pas forcément la leur ou leur permettre un retour à l’emploi, celui de l’organisation pour laquelle on travaille afin de l’aider à remplir ses missions, ou encore celui des étudiants afin de les accompagner sur le chemin du succès.

On retrouve également une importance particulière apportée aux choix des outils mis à la disposition des usagers, qui sont peu ou prou identiques à ceux dont ils usent au quotidien. Mais ce que l’on retrouve surtout, c’est du bon sens, au sens philosophique « de faculté de juger avec pertinence des situations concrètes 7 » : une approche design, « relax », le sens de l’accueil, l’efficacité, la recherche d’une certaine autonomie financière. Enfin un autre élément émerge : la souplesse, une certaine absence de formalisme et de règles, et également un affranchissement de la hiérarchie au profit de la compétence, ainsi qu’un affranchissement des profils de postes strictement orientés sur le métier.

Tout change et rien ne change

Ghislaine Chartron (directrice de l’INTD-Cnam  8), qui ouvrait cette journée d’intervention, a apporté une réflexion plus générale sur les valeurs ajoutées des changements dans le paysage de l’information documentaire. Elle a également mis en lumière le fait que si des changements importants semblent émerger, ils ne sont, à la réflexion, pas si éloignés que cela du cœur de nos métiers, et qu’ils induisent surtout l’acquisition de certaines nouvelles compétences (architecture réseau, maîtrise des technologies du web, veille stratégique), qui sont intégrées dans le programme de formations qu’elle pilote. Sergio Dogliani met plutôt l’accent sur l’inspiration que peut fournir le commerce de détail, tant dans la mise en espace des collections et des services que dans la relation à l’usager, et souligne que la philosophie des Idea Stores est un juste mélange entre privé et public tout en demeurant à 100 % un service public. Cette démarche inspirée du secteur privé se retrouve à travers la plupart des interventions : rechercher l’efficacité, faire émerger le besoin et y répondre, se rendre indispensable et savoir s’adapter à la technologie contemporaine, faire preuve de flexibilité.

La journée s’est clôturée par une table ronde centrée sur trois questions : les relations avec les tutelles, la mobilisation des équipes et les méthodes mises en œuvre. Tous les participants ont souligné l’importance d’être capable de comprendre son environnement afin de pouvoir s’y intégrer et de prendre du plaisir à faire son métier.