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Rencontres des professionnels de l’IST

Christine Berthaud

Agnès Magron

L’édition 2008 des Rencontres des professionnels de l’IST (information scientifique et technique) organisée par l’Inist (Institut de l’information scientifique et technique) s’est déroulée à Nancy du 16 au 18 juin. Elle avait pour fil conducteur les nouveaux produits et les nouveaux usages de l’information numérique, avec deux axes principaux : l’édition électronique et l’image scientifique. Les journées étaient animées par Daniel Confland, consultant en organisation des services et systèmes d’information.

C’est Dominique Wolton, directeur de l’Institut des sciences et de la communication du CNRS, qui a introduit les journées avec une intervention défendant les valeurs humanistes de la communication. Dans la communication, dit-il, on est dans un processus de négociation : comment accepte-t-on ou non les messages ? Le plus compliqué n’est ni le message, ni la technique, mais le récepteur, c’est-à-dire l’autre. En outre, selon lui, nous vivons un fantasme technique dans lequel le système d’information est équivalent au cerveau humain et où l’on considère donc que la suppression d’intermédiaire humain est un progrès. Dominique Wolton propose d’avoir une approche critique du traitement de l’information et d’aller vers la communication, c’est-à-dire vers l’autre, de sortir du jargon technologique, de rappeler que la communication consiste aussi en des échanges verbaux entre les hommes. Il s’agit de plaire, convaincre, séduire et partager dans une logique de cohabitation ; les métiers de documentaliste et bibliothécaire trouveront là leur avenir.

Deux interventions d’éditeurs lui ont succédé. Une présentation commune d’EDP Science et de Jouve, exposant l’un le cœur du métier d’éditeur scientifique – produire des contenus, les valoriser, les diffuser et les indexer – et l’éventail des modèles économiques qui découle du numérique ; le second, les changements induits par l’évolution des processus de production dans les produits et les usages. Puis, la maison d’édition Quae, qui regroupe les éditions du Cemagref, du Cirad, de l’Ifremer et de l’Inra a présenté les enjeux de l’édition numérique de monographies scientifiques.

Catherine Forestier, coordinateur du pôle Livres électroniques au sein du consortium Couperin a proposé ensuite un panorama de l’offre d’e-books, d’où il résulte que l’offre de contenus à destination du public universitaire, notamment en français, et des manuels, est encore insuffisante et qu’aucun modèle économique ne domine, ce qui ne facilite guère la tâche des bibliothèques universitaires. Alors que, explique Didier Baltazart (université de Reims), la technologie a fait beaucoup de progrès, par exemple avec les écrans souples, et qu’une majorité d’étudiants sont équipés en ordinateurs et connexions ADSL. Ils préconisent tous deux de sortir du modèle où le livre électronique n’est que la version PDF du livre papier pour évoluer vers une offre de services permettant par exemple de mani-puler les contenus ou de prendre en compte les handicaps.

La matinée du 17 juin était consacrée à l’image, avec une intervention d’Anouk Barberousse, chercheur à l’Institut d’histoire et de philosophie des sciences et des techniques, qui étudie le rôle des images (diagrammes, photo, schéma, etc.) dans l’élaboration et la transmission des connaissances scientifiques aux pairs. Les images sont à comprendre dans un but argumentatif et elles sont indissociables du contexte dans lesquelles elles sont produites : le texte et la discipline notamment.

Christian Fluhr (NewPhenix) a dressé un panorama des techniques d’interprétation sémantique des images pour le classement, ou comment indexer automatiquement de grands corpus de photographies. On n’en est qu’aux débuts de la description des contenus à partir du seul traitement des pixels, mais il faut aller au-delà de l’analyse séquentielle des images pour trouver l’équivalent en mots, l’intervenant employant l’expression « mots pixelliques ».

L’après-midi était consacré à la présentation de retours d’expériences réalisées au sein d’universités ou d’organismes de recherche. Ainsi, l’université de Caen a proposé un bilan assorti d’une réflexion sur « les presses universitaires confrontées au numérique » ; l’Institut de recherche pour le développement et l’Inserm se sont associés pour présenter leurs projets de banques d’images scientifiques, et deux représentantes de CNRS-Images sont intervenues sur « l’évolution de la production et de la distribution de films ». Se tenait en parallèle la présentation de posters.

Lors de la dernière matinée, Dominique Stutzmann, de la Bibliothèque nationale de France, est venu présenter Gallica 2 et les choix qu’a dû faire une bibliothèque numérique institutionnelle face aux outils du web 2.0. Le rôle d’une bibliothèque comme la BnF est de mettre des contenus à disposition, favoriser leur enrichissement collaboratif et l’exploiter, mais elle ne doit pas s’effacer devant les communautés. Une limite doit être tracée, l’institution doit rester neutre.

Enfin, Dominique Vallée et Ruth Martinez du GFII ont dressé un panorama des grandes tendances de l’IST. On peut retenir l’évolution du rôle des grands éditeurs vers la prestation de service, même si les abonnements restent au cœur de leur politique, la politique de repositionnement des intermédiaires qui diversifient leurs offres d’outils et, enfin, le développement d’approches économiques variées liées au libre accès.

L’Inist a profité de ces rencontres pour célébrer ses 20 ans et a réuni autour d’une table ronde différents acteurs qui ont participé à la vie de l’institut, notamment Nathalie Dusoulier qui fut sa première directrice.

 

Retransmission sur :

http://webcast.in2p3.fr/RPIST08