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Éric Maurin

La nouvelle question scolaire :

les bénéfices de la démocratisation

Paris, Seuil, 2007, 267 p., 21 cm
ISBN 978-2-02-091467-3 : 18 €

par Thierry Ermakoff

Chacun sait que les fonds des bibliothèques sont une sorte de mine d’or pour nombre d’éditeurs qui ont, parfois, laissé filer au pilon des œuvres jugées hâtivement. Il nous arrive de songer à un droit de prêt à l’envers, mais, rassurons-nous, prenons nos granules, il est hors de notre propos de rouvrir cette guerre scolaire. Aussi bien, il n’était pas absolument urgent de porter à critique l’ouvrage d’Éric Maurin, qui s’est déjà fait remarquer par son Égalité des possibles (La République des idées, Seuil, 2002), son Ghetto français (id., 2004), ainsi que par son étude sur le devenir des étudiants qui ont « passé » le baccalauréat en 1968 (« Vive la révolution ! » : les bénéfices de long terme de 1968). Tous ces ouvrages sont disponibles, le dernier téléchargeable en format PDF sur le site de La République des idées (http://www.repid.com). Par ailleurs, le lecteur, dans sa grande sagacité, aura bien remarqué qu’il s’agit du système scolaire et non des bibliothèques.

Or, ce texte est tout à fait fondamental pour nous : la thèse que défend Éric Maurin, économiste, et tout ça preuves (françaises, irlandaises, norvégiennes) à l’appui, est que l’avènement du collège unique, donc la suppression de la discrimination à l’entrée en sixième, a eu pour effet de monter mécaniquement le niveau des élèves, qui a été suivi en France par la proposition de Jean-Pierre Chevènement de mener 80 % d’une classe d’âge au baccalauréat. L’ensemble de ces mesures a permis aux jeunes diplômés d’avoir une meilleure insertion dans la société (emploi, salaire), et, effet qui peut sembler paradoxal, a permis que l’ensemble de la société française améliore son niveau de vie, comme si le recrutement de cadres irriguait l’ensemble des entreprises, la demande, l’offre, et donc apportait une amélioration générale du territoire concerné.

Mais il y a plus : des études menées aux États-Unis, en Grande-Bretagne, prouvent que l’élévation générale de la scolarité fait baisser le nombre d’enfants prématurés et au poids moyen trop faible à la naissance. Elle fait aussi baisser le niveau de criminalité, et les incarcérations de manière assez significative.

Je laisse à Éric Maurin ses considérations politiques, ce qui m’est d’autant plus facile que je les partage : l’idéologie libérale, qu’il distingue du malthusianisme et de l’élitisme, et qui place la concurrence même au sein du système éducatif, n’a pas fait les preuves de son efficacité en ce domaine, mais par contre a mis les enfants en concurrence à l’âge où se construit la solidarité.

En quoi tout cela nous concerne-t-il ? De deux façons : d’abord, si la bibliothèque est d’abord un lieu de formation avant un lieu de divertissement, nous devons donc participer aussi de ce mouvement, en s’associant plus étroitement avec les établissements d’enseignement.

Et si une telle étude a pu être menée pour le système éducatif, pourquoi des recherches similaires ne seraient-elles pas tentées du côté des bibliothèques : la bibliothèque va encore moins de soi que le système éducatif. Peut-être faudrait-il l’asseoir sur des bases de ce type.