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Bobcatsss 2008

Fournir l’accès à l’information à tous

Sylvie Chevillotte

Le congrès Bobcatsss 1 s’est déroulé du 28 au 30 janvier 2008, à Zadar, en Croatie. Des étudiants de quatre universités constituaient l’équipe organisatrice cette année : les universités croates d’Osijek et Zadar et les universités allemandes de Potsdam et Berlin.

« Fournir l’accès à l’information à tous », thème retenu pour cette 16e édition, ne pouvait que concerner l’ensemble des professionnels de l’information, d’autant que l’appel à communications proposait d’aborder le sujet sous les angles techniques, politiques et juridiques, sociaux, ou encore économiques… Autant dire que tout, ou presque, pouvait être abordé !

L’une des spécificités des congrès Bobcatsss est que les organisateurs étudiants ont une grande liberté d’expression sur la forme et sur le contenu. Les équipes allemandes ont donc laissé libre court à leur imagination quant à la présentation du congrès sur le web, et ceci, sans doute, au détriment de la clarté et de la facilité d’accès à l’information. Paradoxe par rapport au sujet choisi. Contrairement à ce qui se fait habituellement, il n’y a pas eu réellement de vision d’ensemble du contenu du colloque. Cette année, l’accès aux communications était disponible en ligne en texte intégral 2 tandis que l’édition imprimée devait être commandée auprès d’un éditeur et n’était pas comprise dans le prix d’inscription au congrès, ce qui impliquait une démarche et un coût supplémentaires.

Il est difficile de résumer la densité, la richesse et parfois les redites d’un congrès de ce type. Le déroulement en parallèle oblige de plus à des choix, en fonction de ses propres centres d’intérêt. J’ai été ainsi particulièrement sensible au discours dynamique, et à l’encontre des idées reçues, de Claudia Lux, actuelle présidente de l’Ifla et oratrice invitée, sur la nécessité de changer l’image des bibliothécaires si l’on veut mettre les bibliothèques à l’ordre du jour (« libraries on the agenda »), thème de son mandat présidentiel. Elle incitait le public et notamment la jeune génération à sortir des bibliothèques et à effectuer un véritable lobbying auprès des politiciens.

Plusieurs sessions étaient consacrées aux bibliothèques numériques, que ce soit pour les aborder sous l’angle de l’analyse de discours sur l’accessibilité (Kim Talleras, Berlin), en s’interrogeant, à partir d’une enquête sur des usagers, sur les obstacles de tous genres que rencontrent la mise en place et l’accès de bibliothèques numériques en Italie (Anna Maria Tammaro, université de Parme) ou encore en se posant la question de l’impact des technologies de l’information et de la communication, dans un contexte professionnel, sur l’accessibilité à l’information. À partir d’une recherche approfondie sur les usages, Helen Greenwood et Louise Cook (Berlin) s’interrogent sur le fossé entre les personnes qui maîtrisent et ont accès à différents types d’information, via les intranets, messageries, environnements numériques de travail, et celles qui ne sont pas formées à ces outils et sont peu à peu exclues du système.

Une autre session très riche en débat a été celle qu’animaient Monica Vezzosi (université de Parme) et Tibor Koltay (Hongrie) sur le thème de la maîtrise de l’information et de la communication. Au menu, des questions diverses et jamais résolues comme la formation des bibliothécaires à leur nouveau rôle de formateurs, l’aspect pléthorique de l’information et la nécessité d’outils d’évaluation, le rôle crucial des moteurs de recherche, etc. Débats enflammés et passionnants sur l’instant mais difficiles à retranscrire.

Enfin, les posters présentés permettaient un voyage à la fois géographique du Nord au Sud et de l’Est à l’Ouest de l’Europe mais également aux États-Unis d’où venaient un certain nombre d’étudiants de l’université d’Urbana-Champaign, encadrés par leur professeur Terry Weech, ou encore d’Afrique du Sud… Voyage thématique également puisqu’étaient abordées, pêle-mêle, les questions d’accès à l’information en bibliothèque scolaire, pour les étudiants internationaux, les enfants, les dyslexiques, les schizophrènes, etc.

Notons que plusieurs réunions concernant les institutions de formation en sciences de l’information et des bibliothèques se sont tenues en marge du congrès. L’association Euclid (European Association for Library and Information Education and Research) a renouvelé son conseil d’administration pour un mandat de trois ans. Après de nombreuses années de prédominance des pays du Nord, Euclid voit la tendance s’inverser avec notamment, parmi les nouveaux membres, Anne-Marie Bertrand (Enssib, France) et le professeur Tatjana Aparac (universités d’Osijek et Zadar, Croatie), élue présidente. Parmi les dossiers à traiter par l’association, la suite du travail sur le contenu des formations, les relations avec Eblida (European Bureau of Library, Information and Documentation Associations) et, sur un autre plan, un travail sur le site web d’Euclid 3, au graphisme et à l’ergonomie peu satisfaisants aujourd’hui.

À la suite du congrès Bobcatsss, plusieurs réunions de travail ont permis à des représentants de l’Europe du Sud et de l’Est d’échanger sur leurs pratiques et leurs attentes en matière de formation et d’envisager des modes de coopération pour le futur.

L’an prochain, Bobcatsss est coorganisé par les universités de Tampere (Finlande), et Porto (Portugal), où il se déroulera. Le thème choisi devrait inspirer de nombreuses communications puisqu’il s’agit de traiter des « défis pour les nouveaux professionnels 4 ».