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Logiciels libres pour bibliothèques dans les pays en voie de développement

Pré-congrès Ifla, Dakar

Martine Brunet

Pour préparer le congrès annuel de l’Ifla qui s’est déroulé à Durban, Afrique du Sud, du 19 au 23 août, un pré-congrès était organisé du 14 au 16 août à Dakar au Sénégal, sur le thème « Le management des technologies et des systèmes automatisés de bibliothèques dans les pays en voie de développement : logiciels libres vs options commerciales 1 ».

Ravindra N. Sharma, doyen de l’université de Mommouth dans le New Jersey, dressa un panorama assez pessimiste des TIC dans les pays en voie de développement. Il préconisa de commencer par lutter contre la pauvreté et l’illettrisme avant de faciliter l’accès à l’information. Son intervention très documentée rencontra une certaine réprobation dans l’assemblée, certains regrettant qu’elle ne souligne pas les derniers progrès importants réalisés dans l’accès à internet dans des pays comme le Sénégal.

Approches et expériences de logiciels libres

Henri-Damien Laurent (consultant indépendant en logiciels libres) présenta, à travers l’exemple du SIGB libre Koha, la définition et les atouts du libre et plus particulièrement les avantages du développement collaboratif. Une autre approche fut développée le lendemain par Éric Robert, à travers l’exemple du logiciel PMB de sa société, PMB Services, selon le modèle entrepreneurial où une entreprise édite le logiciel, fédère les contributeurs et finance les développements.

L’implantation de Koha à la bibliothèque universitaire de Kinshasa (République démocratique du Congo), décrite comme une aventure passionnante mais longue (environ deux ans) par Filip Kabeya, informaticien, fut cependant présentée comme un succès. Le catalogue comprend 7 000 notices et est utilisé par la bibliothèque centrale et neuf bibliothèques de facultés.

Le même logiciel Koha, installé au Kenya dans une bibliothèque construite grâce à une coopération entre l’université de Norvège et l’ONG Sidarec 2, ayant pour objectif d’offrir un accès équitable à l’information a permis l’informatisation complète de la bibliothèque (Unni Knutsen, de l’université d’Oslo).

Toujours au sujet de Koha, Jérôme Pouchol, directeur des médiathèques Ouest-Provence, développa les motivations – et la volonté à la fois politique et professionnelle – du choix de ce logiciel libre pour la gestion de son catalogue de 260 000 ouvrages alimenté par un réseau de plusieurs communes comprenant 165 bibliothécaires. L’objectif était de favoriser le développement durable avec une démarche innovante et dans la logique du développement collaboratif de Koha, avec la formation de trois programmeurs.

De nombreux problèmes techniques et financiers furent rencontrés lors de l’informatisation des bibliothèques de l’université du Malawi avec BiblioFile, mais le projet reste un modèle d’informatisation pour les autres pays. Dorothy Eneya présenta ensuite le consortium Malico 3 qui gère les abonnements aux revues électroniques.

À noter, pour compléter les témoignages de l’utilisation des SIGB libres, une étude comparative très intéressante entre Koha et CDS/Isis, réalisée par la Fondation pour une bibliothèque globale du Canada, présentée par Tristan Müller 4. La méthodologie de cette étude peut être utilisée pour tout SIGB.

Tendances actuelles et initiatives

Ahmed Ksibi, de l’Institut supérieur de documentation de Tunis, exposa les tendances des fonctionnalités des logiciels documentaires et des gratuiciels. Il évoqua la problématique des bibliothèques des pays du Sud qui veulent des solutions clés en main, immédiatement opérationnelles et pérennes.

Jean-Pierre Diouf, de l’université Cheikh-Anta-Diop de Dakar, après avoir évoqué les nouvelles approches de gestion dans les bibliothèques africaines, rappela les efforts considérables faits pour raccorder le continent africain à internet et illustra ses propos en présentant les résultats encourageants d’une enquête réalisée auprès des bibliothèques de recherche et d’enseignement supérieur du Sénégal. De plus, la présence à Dakar d’une école de bibliothécaires, archivistes et documentalistes (Ebad) permet aux professionnels d’être bien formés aux nouvelles technologies.

Véronique Mesguich, de l’infothèque du pôle universitaire Léonard-de-Vinci 5 à Paris, développa la question du web 2.0, dont Le journal du citoyen de Radio Okapi, en République démocratique du Congo, constitue un exemple.

Le projet OAJDA (Open Access Journal Database Appliance) permettant de récupérer des données pour des bibliothèques en milieu rural a été présenté par son concepteur Edouard M. Corrado, du collège du New Jersey.

Après un exposé par John Rose (université de Waikato, Nouvelle-Zélande) de la problématique de la bibliothèque numérique avec un exposé sommaire sur le logiciel libre Greenstone 6, Bess Sadler présenta les travaux de l’organisation eIFL.net 7, qui sont l’illustration d’une aide efficace auprès de pays en voie de développement. Cette organisation à but non lucratif offre des formations pour constituer des consortiums et pour négocier aux meilleurs prix les abonnements aux ressources électroniques.

La synthèse de ces journées a été faite par Leona Bobb-Semple (University West Indies, Jamaïque) et par Amadou Diop (Institut panafricain pour le développement, Burkina Faso). Pour Leona Bobb-Semple, le choix en faveur des logiciels libres est clair : même s’il y a des coûts cachés, ils sont moindres que ceux des logiciels propriétaires. Amadou Diop a ajouté que l’apprentissage des logiciels libres peut demander beaucoup de temps dans des contextes isolés et a préconisé la création de structures pour la mutualisation des savoir-faire et la mise en place d’un observatoire des logiciels libres et d’un système d’évaluation.