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Entrer dans le flux ? Le défi du web 2.0 pour le bibliothécaire-formateur

7es Rencontres Formist

Dominique Bougé-Grandon

Les Rencontres Formist ont réuni, à l’Enssib, une centaine de participants intéressés par les questions de formation à la méthodologie de la recherche d’information. La réflexion menée lors de cette septième édition a concerné l’usage par les étudiants des nouveaux outils qu’offre le web 2.0. Face à ces évolutions, le formateur doit-il « modifier ses pratiques et proposer ses formations aux étudiants, là où ils sont, avec les outils qu’ils utilisent » ?

Les pratiques des étudiants

C’est à Anne-Marie Bertrand, directrice de l’Enssib et à Frédéric Saby, directeur du SICD de Grenoble-II et III que revient la tâche d’ouvrir la journée. Ils invitent les bibliothécaires à être là où sont les usagers pour relever ce défi.

Jean-François Courtecuisse, bibliothécaire à l’IUFM de Valenciennes, présente les résultats de trois enquêtes récentes qui concernent les représentations et les usages d’internet chez les jeunes, celle du Clemi (2000), du Crédoc (2006) et de l’Observatoire de la vie étudiante (2003). L’usage d’internet se développe. Mais bien que les étudiants disposent d’un accès à l’université, ils privilégient, quand ils en ont le choix, la connexion qu’ils ont chez eux. Leurs usages d’internet sont très circonscrits. Il s’agit principalement de la messagerie instantanée et de la recherche d’information. Quand ils sont à la bibliothèque universitaire, leurs pratiques se concentrent sur la lecture sur place et le travail en groupes.

Les étudiants utilisent donc internet pour la recherche d’information chez eux et via Google essentiellement. Les catalogues et les bases de données sont généralement boudés ou ignorés par les étudiants. C’est tout l’enjeu de la formation à la méthodologie documentaire de montrer l’existence de ces autres outils et de convaincre les étudiants de leur pertinence.

L’intervention d’Olivier Le Deuff, membre du Cersic-Erellif à l’université de Bretagne – Sud, est centrée sur la prise en compte par les formateurs des nouveaux modes de communication qui séduisent les étudiants. On parle « d’usages communicationnels plus qu’informationnels » pour cette génération Z née « la souris à la main », très attirée par les nouveautés (blogs, univers virtuel, folksonomies, mashups…). Olivier Le Deuff propose de suivre ces évolutions en gardant la tête froide. Il est intéressant de savoir utiliser ces nouveaux outils et de les intégrer dans nos pratiques pédagogiques. Le bibliothécaire-formateur peut en effet créer un blog ou se faire représenter par son avatar sur Second Life. Le but de l’intervention d’Olivier Le Deuff n’est cependant pas de nous inviter à une simple visite virtuelle, mais de montrer les enjeux intellectuels de ce type d’adaptation : connaître ces outils et les utiliser au mieux, afin de donner aux étudiants le recul dont ils manquent dans leur pratique intuitive. Quels que soient les outils, il est essentiel de mener une recherche de façon méthodique, d’apprendre à construire des parcours et à avoir une autonomie de jugement.

Hélène Godinet, maître de conférences à l’Institut national de recherche pédagogique, constate aussi le recours constant à internet pour la plupart des étudiants. Mais savoir utiliser internet se résume souvent, pour eux, à lancer une recherche sur Google. Comment construire un savoir à partir de ces innombrables résultats qui s’affichent à l’écran ? À partir d’une étude menée sur les acteurs d’un campus numérique (Baluteau et Godinet, 2006), Hélène Godinet montre que l’usage social du web développe des habiletés spécifiques mais que le risque d’errance est un risque majeur. L’immédiateté et la surabondance d’informations empêchent de construire un véritable savoir.

Repenser les formations ?

Pour Jean-Paul Pinte, maître de conférences à l’Université catholique de Lille, les blogs semblant « avoir pris racine […] dans le paysage informationnel », il est intéressant de les envisager comme des outils pédagogiques. Jean-Paul Pinte a donc choisi de les intégrer dans son propre enseignement et de proposer à d’autres enseignants de faire cette expérience. Le formateur est amené à accompagner l’étudiant à toutes les étapes du processus : choix du sujet, recherche et évaluation des informations collectées, constitution d’un document, veille. Après quatre ans et plus de 200 blogs, réalisés surtout par des étudiants de master, Jean-Paul Pinte constate que cet outil renouvelle profondément la pédagogie et permet un nouveau rapport au savoir pour « apprendre à connaître, à partager et à faire ». Olivier Le Deuff intervient à nouveau l’après-midi pour présenter une expérience menée entre 2004 et 2006. Il a accompagné un groupe de collégiens dans la création et la maintenance du site web de leur collège sur la plate-forme Spip.

La table ronde, animée par Alexandre Serres, maître de conférences, coresponsable de l’Urfist de Bretagne – Pays-de-Loire, est consacrée aux nouvelles compétences des formateurs. Frédéric Saby, Olivier Le Deuff, Jean-Paul Pinte et Claire Denecker, conservateur au service commun de documentation de Lyon-III, se sont accordés pour dire qu’il y a de nouveaux savoir-faire qui se mettent en place mais qu’il y a aussi un changement d’image du formateur. Dans ce contexte, doit-on suivre toutes les innovations techniques, malgré la fragilité avérée de certaines technologies ? Peut-on maîtriser la course-poursuite et doit-on obligatoirement être à l’aise avec tous les nouveaux outils? Comment les bibliothèques peuvent-elles contribuer à relever le défi de la formation ? Le chantier est immense et implique une collaboration entre les bibliothécaires, les documentalistes et les enseignants à tous les niveaux d’enseignement.