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Conseils à un jeune organisateur de journées d’étude

Yves Desrichard

À Dominique Lahary, bien sûr.

La journée d’étude est une invention récente. Avant, on faisait des colloques, des congrès, des conférences, qui, eux aussi, duraient des journées, mais on ne prenait pas la peine de le dire (ça allait de soi). L’époque est à la litote, à la redondance, voire à l’oxymore (j’y viens), donc, désormais, on organise des journées d’étude qui, pour certaines d’entre elles, ne durent que quelques heures – mais personne n’a jamais entendu parler de demi-journée d’étude, il est vrai que ça sonne bizarre.

C’est quoi, une journée d’étude ?

Alors, c’est quoi une journée d’étude ? Pour tenter de répondre à cette question, je me baserai sur ma propre expérience d’organisateur de journées d’étude à Médiadix, une douzaine, dont quatre par KO et une par arrêt de l’arbitre. Bien entendu, toute ressemblance avec des personnages vivants ou morts et, bien entendu, si vous ou l’un de vos agents, etc.

La principale caractéristique d’une journée d’étude, c’est que l’on y fait tout, et parfois n’importe quoi, sauf étudier. Il y a des écoles pour ça. Enfin… Mais bon, c’est une autre histoire.

La journée d’étude est à mi-chemin entre la formation et l’information, entre le cours et le happening. Une bonne journée d’étude doit avoir un peu de tout cela. Remarquez, une mauvaise aussi.

Qu’elle soit comique ou navrante, une journée d’étude se doit de respecter les trois unités de base de la tragédie classique, que je vous rappelle : unité de temps, unité de lieu, unité de dramaturgie. Je connais des journées d’étude qui durent plusieurs jours, voire qui se déroulent dans plusieurs endroits. J’en connais qui n’ont aucune dramaturgie. Mais bon, comme on dit, il y a toujours des exceptions, et ça tombe sur vous.

C’est comment, une journée d’étude ?

L’organisation d’une bonne journée d’étude (on est toujours optimiste avant) se fait autour d’une série de figures convenues qui sont presque invariablement les mêmes et qui font que, comme le dit le proverbe, « rien ne ressemble plus à une journée d’étude qu’une autre journée d’étude ».

Trois ingrédients sont indispensables :

  • Une présentation magistrale. Ou plutôt plusieurs présentations magistrales. De présentation, elles ont rarement l’apparence. Quant à leur aspect magistral… je ne veux faire de peine à personne.
  • Une table ronde. La principale caractéristique d’une table ronde est, mutatis mutandis, la même que celle stigmatisée plus haut concernant la définition d’une journée d’étude, c’est qu’elle l’est rarement 1. Qui plus est, tous ceux qui regardent Kameloot savent bien qu’il y a des chevaliers plus égaux que d’autres, et je ne vois pas pourquoi votre table ronde serait, comme par hasard, l’exception à ce constat terrifiant. Mais la table ronde a l’avantage de multiplier à bon compte le nombre d’intervenants, ce qui peut avoir de l’intérêt pour votre avancement, voire pour parfaire vos observations pathologiques (j’y reviendrai).
  • Un débat ou, pire, plusieurs débats. Comme vous l’apprendrez plus bas, s’il y a bien quelqu’un (ils sont souvent plusieurs) qui n’a aucune importance dans une journée d’étude, c’est le public. Alors, pourquoi lui donner la parole ? Il y a deux types de questions : celles auxquelles les intervenants savent répondre, mais on n’a plus le temps ; celles auxquelles les intervenants ne savent pas répondre, est-ce que quelqu’un aurait une autre question ? Bref, il s’agit là d’un exercice dangereux, à soigneusement contingenter, avec l’aide, parfois involontaire, de vos intervenants, toujours trop longs, de l’appariteur qui a oublié de changer les piles du micro HF, etc. Un conseil d’ami : si vous voulez refroidir les ardeurs de vos potentiels débatteurs, demandez-leur de décliner leur identité et leur établissement d’origine. Peu de gens acceptent de passer pour un ou une imbécile devant une assemblée. Encore moins quand on sait qui ils sont, et où ils travaillent.

Cela dit, tout cela n’arrivera pas si vous jouez à la perfection votre rôle ce grand jour, celui de M. Loyal, vous savez, celui de La piste aux étoiles. M. Loyal doit ressembler, quand tout se passe bien, à Jean-Luc Delarue dans Ça se discute et, quand tout se passe moins bien, à Laurence Thomas dans le regretté C’est la vie.

Surtout, M. Loyal (vous) doit avoir beaucoup du lapin d’Alice in Wonderland, qui passera la journée à courir dans tous les coins, avec une certaine ostentation, en consultant sa montre (une montre à gousset est considérée comme du meilleur goût) pour bien signifier que tout cela prend du retard, avec un mélange d’assurance et de désespoir, d’accablement et de résolution qui est sa (votre) marque de fabrique. Pour l’ostentation, c’est simple : hommes, cravate voyante ; femmes, tailleur strict.

Depuis peu, certaines journées d’étude comprennent des ateliers, que d’aucuns qualifient de work-shops. Dans les ateliers, on peut projeter des slides, il y a des rapporteurs (et, donc, d’autres qui ne rapportent pas, eux). L’avantage de l’atelier est de disperser le public (et donc le débat), l’inconvénient est que les rapporteurs rapportent et que, ceux qui ont survécu à cela le confirmeront, il y a pire qu’une intervention dans une journée d’étude : il y a le compte rendu d’un atelier.

Psychopathologie des intervenants (et du public et de quelques autres)

La psychopathologie des intervenants est une discipline à part entière, qui mériterait plusieurs traités savants.

En effet, le choix d’un intervenant s’apparente à un saut dans le vide : vous savez d’où et quand vous sautez, mais ni où ni quand vous allez vous écraser. Contrairement à ce qui se passe par exemple lors du tournage d’un film, vous n’avez pas droit à un casting (ou plutôt c’est vous le directeur de casting), vous n’avez pas droit à des auditions, bref, vous êtes aveugle comme la Justice – et tout comme elle, susceptible de vous tromper. De vous tromper lourdement, sans dommages ni intérêts.

Cela dit, il faut se mettre à la place de votre intervenant 2. Vous lui demandez de faire comprendre au public qu’il sait tout sur le sujet qu’il va traiter, mais qu’il a si peu de temps pour tout dire qu’on aura l’impression de n’avoir rien appris à la fin de son intervention, et de rester sur sa faim, ce qui est un peu le but de la manœuvre. Cela dit, il n’était pas obligé d’accepter votre invitation.

Comme, c’est bien connu, on apprend plus de ses échecs que de ses réussites, ci-dessous et à l’emporte-pièce quelques intervenants types, correspondant hélas à des individus (mâles et femelles) réellement rencontrés, et au contact parfois plus agréable que leurs interventions.

Le « je serai trop court »

Le « je serai trop court » est persuadé qu’il a peu de choses à dire, et que la demi-heure d’intervention que vous lui imposez est un océan par rapport à la cuiller de connaissances, modestes et humbles, qu’il se propose d’apporter à votre public. Méfiez-vous, surtout méfiez-vous : le « je serai trop court » est, c’est l’expérience qui parle, toujours trop long. Exalté d’avoir rempli le temps imposé sans effort apparent, il déborde, digresse, s’étend, se perd – et votre journée d’étude avec. Le « je serai trop court » peut tenir une heure sans même s’en rendre compte, même si vous lui passez des billets de plus en plus comminatoires, si vous annoncez l’heure du déjeuner, si vous éteignez, allumez, éteignez la lumière, même si la salle commence à se remplir de murmures, de tumultes, de sifflets. À fuir absolument, il risque de ruiner votre journée.

L’officiel

L’officiel, représentant de l’INSTITUTION, est contacté dans l’espoir qu’il saura s’abstraire de sa condition, et de son éducation, pour, non pas parler de et au nom de son INSTITUTION mais, fol espoir, du sujet que vous lui avez suggéré comme le plus proche (à son niveau) du thème de la journée d’étude. C’est oublier que l’officiel est, par définition, par essence, par goût, par motivation ou par perversité (c’est selon) un individu formaté. Et que, dans l’exercice de ses fonctions, vous ne pouvez attendre de lui rien d’autre qu’un discours formaté sur son INSTITUTION, sans le moindre souci de « coller » au sujet de la journée dont son cabinet, son secrétariat ou sa secrétaire (tout dépend de la place dans la hiérarchie de votre individu) n’aura pas pris la peine de l’informer (quelle importance à vrai dire ?). On vous l’avait bien dit, tout le monde vous avait prévenu. À fuir absolument, il risque de ruiner votre journée.

Le désinvolte

Le désinvolte est désinvolte soit parce qu’il sait tout sur le sujet que vous lui avez demandé de traiter (et qu’il a depuis longtemps oublié si vous avez pris la peine d’organiser en amont votre journée d’étude), soit parce qu’il ne sait rien. Il n’a pas préparé son intervention (donc), confiant dans son brio et dans sa capacité à improviser. Ai-je besoin d’être plus clair ? Le désinvolte est par essence désinvolte : pourquoi ne le serait-il pas, précisément, lors de votre journée d’étude ? À fuir absolument, il risque de ruiner votre journée.

Le technicien

Le technicien est une espèce largement répandue hors des journées d’étude, vous en avez forcément rencontré si, par exemple, vous mettez en place un système d’information documentaire ou essayez de comprendre pourquoi votre installation électrique saute chaque fois que tous les postes de votre salle multimédia sont allumés. Mais il y a pire que le technicien en action, il y a le technicien auquel vous avez demandé de parler (mais pourquoi diable ?…), et qui n’a pas compris à qui il s’adressait. Consolez-vous, l’aurait-il compris que cela n’aurait rien changé. Le technicien multiplie termes techniques et notions complexes qu’il suppose maîtrisées par l’auditoire, puisque lui, master 2 en cryptographie informatique, post-doctorant en psychologie environnementale appliquée aux populations défavorisées, boursier du MIT pour une recherche portant sur les applications non linéaires de la théorie des cordes, les maîtrise. Ai-je besoin d’être plus clair ? L’auditoire décroche rapidement, et vous en veut tout aussi rapidement de mettre ainsi à nu l’étendue de son ignorance : qui a envie de passer pour un imbécile ? (Voir plus haut.) Le technicien est à fuir absolument, il risque de ruiner votre journée.

Le PowerPoint

Comme son nom l’indique à ceux qui savent, le PowerPoint et ses diapositives – que ceux qui fréquentent des workshops appellent slides – si possible animées de diverses manières, toutes plus incongrues les unes que les autres, est atteint du complexe de Dilbert. Il est si préoccupé par la forme qu’il n’a pas eu le temps de se soucier du fond, qui, d’ailleurs, se charge cruellement de le lui rappeler. Le PowerPoint présente le paradoxe de ne jamais être si excité que quand il dit ou prétend quelque chose qui ne se trouve pas dans son PowerPoint. À ce moment, il évoque définitivement le lion peureux du Magicien d’Oz quand il s’écarte du chemin de briques jaunes (que ceux qui disent slides appellent The Yellow Brick Road). Quand on vous dit que le medium n’est pas le message, et que l’informatique ne remplace par l’intelligence. À fuir absolument, il risque de ruiner votre journée.

Le consciencieux

Le consciencieux n’a pas compris, ou pas voulu comprendre, l’une des règles de base de la journée d’étude, énoncée plus haut : qu’il ne pouvait pas tout dire (surtout juste avant le déjeuner, avec le retard déjà pris) sur le sujet qu’on lui a demandé de traiter. Le consciencieux a écrit entièrement son intervention, ce dont vous vous apercevez trop tard. Ceux qui ont vu Good Bye Lenin ou qui ont vécu l’époque sauront de quoi je parle : l’intervention du consciencieux est aussi intéressante (idéologie mise à part) qu’un journal télévisé de fin de journée dans la défunte Allemagne de l’Est. Sauf que l’assistance n’a pas la possibilité d’éteindre, ni même de boire de la mauvaise bière pour oublier. Le consciencieux, reconnaissons-le, est consciencieux (ce n’est pas vrai de beaucoup d’autres de vos intervenants). Mais il est à fuir absolument, il risque de ruiner votre journée.

Le complice

Le complice n’est qu’une variante démagogue du désinvolte, mais vous le comprenez trop tard, la salle a déjà commencé à réagir plus ou moins mollement. En effet, le complice prend à partie la salle pour un oui pour un non, essentiellement pour meubler une intervention trop courte ou pas préparée. Cumulant les défauts du désinvolte et du vrai « je serai trop court », le complice a en plus l’outrecuidance de convoquer à votre place le public que vous aviez pris grand soin de tenir éloigné de toutes ces turpitudes. C’en est trop, le complice est à fuir absolument, il risque de ruiner votre journée.

Le passionnant

Le passionnant est un cas étrange, rare, mais d’autant plus dévastateur. Le passionnant captive son auditoire à tel point que celui-ci est prêt à lui accorder le double du temps prévu, sauf à prendre sur l’heure du déjeuner, mais vous ne pouviez pas savoir qu’il fallait précisément le programmer à cette heure-là. Il réussit l’exploit d’être prêt à vous obéir quand vous lui dites qu’il faut penser à conclure (contrairement, vous l’aurez remarqué, à la majorité des psychopathologiques plus haut stigmatisés), et de dresser dans le même temps contre vous l’assistance. Bref, le passionnant est le pire type d’intervenant, celui qui vous met en position d’infériorité. À fuir absolument, il risque de ruiner votre journée.

Sur tous ces intervenants, plane une menace dont vous seul pouvez protéger votre journée d’étude, tout comme seule la marmotte chef de troupeau peut protéger les plus jeunes de l’aigle royal, toujours à l’affût : le débatteur fou. Le débatteur fou, venu là pour d’obscures raisons, et prêt à en découdre avec tout le monde et avec n’importe qui pour des raisons non moins incompréhensibles, est prêt à monopoliser le débat en profitant de la mansuétude (= « silence » en langage journées d’étude) des organisateurs.

Apprenez-le, il n’y a que deux sortes d’organisateurs de journées d’étude, tout comme, pour Clint Eastwood, il y a ceux qui creusent et ceux qui tiennent le révolver. Ceux qui se laissent faire – et les autres. Et qui est ce type avec son écharpe à franges, pour que vous vous laissiez faire ?

Ce tableau sombre ne doit pas masquer qu’il existe des intervenants dignes de confiance, qui font les journées d’étude réussies (quoique). On ne saurait omettre sans dommage le type exemplaire d’intervenant, susceptible à lui seul d’assurer votre succès (mais il est, au demeurant, assez cher).

Le Dominique Lahary

Le Dominique Lahary présente le double inconvénient de ne pas avoir le don d’ubiquité, et de continuer de travailler à la bibliothèque départementale (pas « de prêt », il y tient beaucoup) du Val-d’Oise. Ce sont là, à vrai dire, ses seuls défauts. Pour le reste, le Dominique Lahary est : drôle ; a compris le thème de votre journée d’étude ; a compris le sujet de l’intervention que vous lui avez demandée ; est à l’heure ; peut vous fournir une version XML de son intervention dans la journée (c’est dire).

Pas étonnant si, après comptage par le Conseil supérieur de l’audiovisuel, le Dominique Lahary a participé à 74 % des journées d’étude organisées en 2007, et à 94,9 % des journées d’étude réussies, selon les organisateurs et selon la police. Attention, le Dominique Lahary risque de faire réussir votre journée, au moins, on vous aura prévenu.

À quoi sert le public dans une journée d’étude ?

Vous devez déjà gérer les intervenants, le vidéoprojecteur, les grèves de transport, le chauffage de la salle, la connexion internet, le buffet qui n’arrive pas, votre secrétaire qui a caché le tire-bouchon, et il faudrait encore vous soucier du public ? Rassurez-vous, dans une journée d’étude, le public ne sert à rien, il n’a aucune importance. Chacun sait que la journée d’étude est un exercice d’auto-congratulation entre vous-même et vos intervenants et, si tout va bien, entre les intervenants eux-mêmes. Juste deux choses à savoir, parce que quand même :

Quand il y a peu de monde à une journée d’étude, on dit que le public était choisi ; quand il y a beaucoup de monde, on dit qu’on a dû refuser des inscriptions.

Quand le public débat (ce qui ne serait pas arrivé si vous aviez suivi mes conseils, pour les hommes, cravate italienne, pour les femmes tailleur Dior), on dit que le public était intéressé ; quand il ne dit rien, on dit qu’il était attentif.

Comment puis-je réussir ma journée d’étude ?

Il faut savoir qu’une journée d’étude réussie ne dépend absolument pas de l’organisation, mais d’une série d’événements conjoncturels, hasardeux, pour tout écrire miraculeux, dont il serait malséant à l’organisateur de se prévaloir. Bref, aux yeux du supérieur hiérarchique, une journée d’étude réussie ne peut être créditée à celui qui l’a organisée.

Alors, c’est quoi le secret ? Les trains arrivent à l’heure ; le public déjeune correctement ; les intervenants boivent bien (mais pas trop, surtout pour ceux qui doivent encore intervenir) 3 ; il ne fait pas trop chaud dans la salle où a lieu la journée d’étude ; il ne fait pas trop froid dans la salle où a lieu la journée d’étude ; ne pas oublier, à la fin de votre journée d’étude, de présenter vos autres journées d’étude, encore à venir ; laisser aux personnes qui le souhaitent le temps d’attraper le train de 16 h 43 (rarement au-delà).

Comment puis-je rater ma journée d’étude ?

Il faut savoir qu’une journée d’étude ratée dépend absolument de l’organisation. Il n’y a pas d’événements conjoncturels, hasardeux, pour tout écrire miraculeux, dont il serait malséant à l’organisateur de se prévaloir pour se justifier de son échec. Bref, aux yeux du supérieur hiérarchique, une journée d’étude ratée ne peut être reprochée qu’à celui qui l’a organisée.

Alors, c’est quoi le secret ? Les intervenants absents ou, pire, en retard. L’effet est garanti, plus l’excuse est alambiquée, plus le résultat sur le public catastrophique : pour ma part, un intervenant ayant subi le coup du lapin sur l’autoroute A7 alors même qu’il se rendait à la journée d’étude 4 ; des intervenants trop longs ; les trains sont en grève, ou il y a un « problème sur la voie » ; le public déjeune mal – ou, pire, est obligé de payer l’un après l’autre sa part (surgit alors ce qu’on appelle le « syndrome Muriel Robin », et vous ne pouvez pas plus contre le syndrome Muriel Robin que contre la grippe aviaire) ; des intervenants trop courts ; les intervenants boivent trop ; il fait trop chaud dans la salle où a lieu la journée d’étude ; il fait trop froid dans la salle où a lieu la journée d’étude ; une date qui coïncide avec un événement important mais complètement imprévisible par vous ; d’autres journées d’étude programmées le même jour que vous ; enfin, les grands classiques qu’on ne présente plus, mais qui ont tendance à se raréfier (on ne sait plus rire de nos jours) : panne du vidéoprojecteur ou absence de connexion internet.

Que va-t-il rester de ma journée d’étude ?

D’une bonne journée d’étude (mais vous l’auriez deviné), il ne reste rien. Bien sûr, vous aurez pris grand soin de demander à vos intervenants le support de leurs interventions, peut-être certains (notamment le Dominique Lahary) vous l’auront-ils communiqué, mais à quoi bon ? Je veux dire, qui va prendre la peine d’aller lire des interventions sur le web ? C’est un peu comme penser regarder une mise en scène du Roi Lear en lisant le texte de la pièce (enfin, toutes proportions gardées).

N’oubliez pas, votre journée d’étude est une dramaturgie et une dramaturgie suppose réunis des acteurs et un public, à un moment précis et dans un lieu donné. Le texte ne parviendra à restituer ni l’atmosphère de la journée, ni la mise en scène, ni le jeu des acteurs, encore moins les réactions du public. Mais bon, il est flatteur de garder des traces, et quel bibliothécaire objectera à l’idée ? Il y aurait bien un moyen, mais je ne pense pas qu’ils se déplacent à domicile : engager les admirables et anonymes rédacteurs du Journal des débats de l’Assemblée nationale et ceux, non moins admirables, non moins anonymes mais résolument héroïques rédacteurs du Journal des débats du Sénat. Ou alors un imitateur ? Pensez-y pour votre prochaine journée d’étude, ça pourrait être amusant 5.

Mais, en la matière, le pire est à venir. Car certains et certaines (je ne vise personne), croyant sans doute bien faire, ont entrepris d’enregistrer leurs journées d’étude, et même de les filmer. Vous avez déjà suivi l’intégrale Rivette, ou écouté l’ensemble de la discographie de Vanessa Paradis ? C’est sûr, vous n’avez encore rien vu, ni rien entendu. Personnellement, je ne me suis jamais risqué à l’exercice, mais je suis preneur, et avec une grande curiosité, de tout retour d’expérience (anonymat garanti).

Mais alors, pourquoi organiser des journées d’étude ?

Mais alors, me direz-vous, pourquoi organiser des journées d’étude ? C’est une excellente question, mais que vous auriez dû poser bien avant, l’article est presque fini.

Une journée d’étude, c’est comme un stand dans un salon. Si vous y êtes, ça ne sert à rien d’autre que vous auto-congratuler avec vos collègues qui eux-mêmes ont leur propre stand. Mais si vous n’y êtes pas, ça se remarque, et pas en bien généralement. Il faut croire que les bibliothécaires ont autant besoin de se regrouper autour d’interrogations communes que les adolescents américains autour d’un bon feu pour faire griller des chamallows. Cela dit, une journée d’étude, c’est comme le mariage selon Labiche : l’art d’essayer de résoudre ensemble des problèmes que l’on n’aurait jamais eu tout seul. On peut se féliciter ou se désespérer, selon le sujet de la journée d’étude. Personnellement, je conseille le désespoir, ça attire toujours plus de monde.

En ce moment, la compétition est rude : rares sont les jours sans une journée d’étude, ça ressemble à un mercredi de sortie de films : il y a les grosses sorties, les films condamnés d’avance, l’art et essai, le commercial, et les sleepers, films condamnés d’avance qui se révèlent en fait de grands succès. À vous de jouer dans la bonne catégorie.

Ah, j’allais oublier : bonne chance

Je remercie beaucoup Christophe Pavlidès, directeur de Médiadix, de m’avoir permis de vous présenter les journées d’étude dans le cadre d’une journée d’étude  6, et Yves Alix de m’avoir accueilli dans les colonnes du BBF Mon prochain rêve sera évidemment de répéter la même opération dans une journée d’étude consacrée aux journées d’étude, et puis, qui sait…

  1.  (retour)↑  Ronde !
  2.  (retour)↑  Remarque stupide. Qui serait assez fou pour faire ça ? Et puis vous lui offrez le buffet, non ?
  3.  (retour)↑  J’ai co-organisé une journée d’étude où ceux qui devaient encore intervenir ont trop bu. Je ne le souhaite à personne.
  4.  (retour)↑  Comment ça, vous ne me croyez pas ?
  5.  (retour)↑  Pour les quinze ans qui viennent, inutile de penser à moi pour ce genre d’exercice.
  6.  (retour)↑  Cette intervention a été prononcée lors des journées célébrant les vingt ans de Médiadix, à l’université de Nanterre, les 28 et 29 juin 2007.