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La bibliothèque municipale internationale de Grenoble

Marion Lhuillier

Ouverte au public en septembre 2003, et créée à l’initiative conjointe du recteur Dubreuil et de Michel Destot, maire de Grenoble, la bibliothèque municipale internationale (BMI) de Grenoble fait partie intégrante du réseau des bibliothèques municipales de Grenoble et a pour mission « de contribuer à l’apprentissage des langues étrangères, à leur pratique et à la découverte des cultures qui leur sont associées ». Ses collections sont constituées à 90 % de documents en 6 langues étrangères (allemand, anglais, arabe, espagnol, italien et portugais) et en français langue étrangère.

La bibliothèque municipale internationale de Grenoble

Les horaires d’ouverture

Contrainte par le partenariat avec le centre de documentation et d’information de la cité scolaire internationale, la BMI n’est ouverte au public que 15 h 30 par semaine (de 17 h à 19 h les mardi, jeudi et vendredi, de 14 h à 18 h le mercredi, de 10 h à 12 h 30 et de 14 h à 17 h le samedi) et 19 h par semaine (de 14 h à 18 h tous les jours, sauf le samedi de 10 h à 13 h) pendant la période des vacances scolaires.

Superficie

Accueillant dans un même espace les collections du CDI et de la bibliothèque, l’espace de lecture est de 800 m2 environ.

Les services proposés

La BMI propose sur place l’accès à internet (2 postes), la consultation du catalogue (1 poste), l’utilisation de cédéroms d’apprentissage de langues (Tell me more et Rosetta Stone, déclinés dans les 6 langues, sur réservation), l’écoute de documents sonores, le visionnage sur place de documents vidéo (sur réservation).

Le personnel

L’équipe est constituée de 4 personnes (3 équivalents temps complet) : 2 agents d’entretien, chacun à mi-temps, 1 assistante qualifiée de conser-vation, 1 bibliothécaire. Auxquels s’ajoutent 0,25 ETC comptable, et 0,15 ETC conservateur.

    Le choix des langues de travail de la BMI est directement issu du partenariat avec la cité scolaire internationale où ces langues sont enseignées comme « langues de section », c’est-à-dire qu’elles font l’objet d’heures supplémentaires d’enseignement en littérature et histoire-géographie.

    Deux précisions : d’une part, la BMI est située dans un quartier d’affaires tout récent, excentré et dépourvu de ressources de proximité, ce qui exclut la fréquentation de la BMI du schéma traditionnel d’utilisation (on se déplace spécialement pour y aller), mais elle est également considérée comme une bibliothèque spécialisée et est donc centre de ressources pour l’ensemble du réseau. D’autre part, il est possible que le partenariat avec l’établissement scolaire international brouille à la fois l’image de la BMI, au sens où elle apparaît comme un établissement non accessible à tous, et son utilisation, puisque la majeure partie des collections du centre de documentation et d’information (CDI) n’est pas empruntable par le public de la bibliothèque.

    Trois années de fonctionnement permettent de tirer un premier bilan et de soulever quelques interrogations.

    Les collections

    Les types de documents

    Collection multisupport dès l’origine, en raison de la spécificité de la bibliothèque, le fonds de la BMI, dont l’objectif quantitatif était de 15 000 documents, a naturellement toujours fait la part belle aux livres adultes et jeunesse (88 % en 2006), mais, compte tenu des taux de rotation et des niveaux de prêt, il a été jugé préférable de moins investir dans ces derniers que dans les DVD (sont privilégiés les achats de DVD dont le contenu ou le réalisateur ont un lien étroit avec l’une des langues de la BMI ou l’un des pays en relation avec ces langues), les CD, les livres CD ou les textes enregistrés pour enfants et pour adultes, la presse et les outils d’apprentissage.

    Par ailleurs, la décision initiale d’acquérir pour chaque langue des fictions et des documentaires à parts égales a été revue au profit des seules fictions, sauf en arabe, pour lequel, en raison d’un travail avec un centre social, les documentaires se sont enrichis de titres sur la santé et sur l’alimentation.

    Progressivement, les achats en langue française ont complètement disparu – sauf en ce qui concerne les outils d’apprentissage et les guides de voyage, étant donné la richesse de l’offre documentaire en français dans les autres bibliothèques du réseau.

    L’objectif fixé de 15 000 documents pour la BMI est presque atteint. Livres CD, méthodes de langues, DVD et CD sont les secteurs de collections les plus dynamiques (cf. tableau 1).

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    Tableau 1. Les collections

    Les langues

    Ni le logiciel de bibliothèque Portfolio ni l’Unimarc ne permettent une distinction aisée du critère langue, notamment pour les CD et les DVD (cf. graphique 1).

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    Graphique 1. Collections par langues (2006)

    À l’origine, l’anglais avait été légèrement surdoté par rapport aux cinq autres langues. Compte tenu du niveau de rotation et des difficultés d’approvisionnement, le budget 2006 a réduit de façon drastique les acquisitions de romans dans les autres langues que l’anglais. Le budget 2007 confirme et accentue ces choix, les acquisitions ne portant plus que sur les dernières nouveautés dans ces langues. Il faut noter que le prix moyen d’un livre en version originale est plus élevé (18,50 € en 2005) que celui d’un ouvrage en français (15 €). L’importance des collections en langue française, maintenant essentiellement alimentées par les dons du réseau correspondant à des traductions, interroge au regard de l’objectif fixé à l’origine de 15 000 documents : le désherbage commencera par là.

    Le budget

    Le budget de la BMI est fixé à 22 600 € presse comprise (cf. tableau 2).

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    Tableau 2. Le budget 2007

    Les prêts

    La tendance est positive même si le volume reste faible au regard de celui des autres bibliothèques du réseau (cf. graphique 2).

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    Graphique 2. Evolution du volume des prêts

    Les prêts par langue

    Pour les mêmes raisons que celles évoquées plus haut, notre outil statistique ne reflète pas encore totalement la réalité (cf. graphique 3). Intuitivement on peut dire que :

    – l’anglais et le français sont les langues les plus demandées parmi celles que propose la BMI. L’espagnol vient loin derrière, puis l’italien et l’allemand à peu près à égalité, enfin l’arabe et le portugais ;

    – aucun changement n’est constaté depuis l’ouverture de la bibliothèque dans la répartition des prêts par -langue.

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    Graphique 3. Volume des prêts par langues

    Les prêts par support

    On peut constater que l’augmentation des prêts n’est pas due à l’augmentation des prêts de livres pour adultes, mais qu’elle est essentiellement le fait de l’augmentation des prêts de DVD (pour 50 %) et, dans une moindre mesure, des prêts de périodiques, de livres pour enfants et de CD.

    Le lectorat

    Les emprunteurs de la BMI ont augmenté de 16,6 % en 2006, mais le profil des emprunteurs n’a pas évolué par rapport à 2005 : intuitivement, on peut dire que les lecteurs sont pour moitié français et pour moitié étrangers ou d’origine étrangère.

    Il serait bien sûr riche d’enseignement de disposer de statistiques sur la langue de nos lecteurs. Mais comment l’appréhender ? La notion de nationalité n’est, à l’évidence, pas satisfaisante, ni celle de la langue parlée, car de quoi s’agit-il : de la langue maternelle définie par l’Unesco, de celle que l’on parle chez soi, de celle que l’on comprend, de celle qu’on lit mais qu’on ne parle pas, etc. ?

    Les statistiques montrent que les lecteurs sont surtout des adultes grenoblois (21 %), les élèves de la cité scolaire internationale (21 %), des étudiants (12 %), des chercheurs d’emploi (8,93 %), et des enfants de moins de 13 ans (8 %). Ils appartiennent en majorité aux catégories aisées supérieures. La moitié d’entre eux vient de la ville de Grenoble, un quart des villes de la communauté de communes.

    Par ailleurs, le lectorat se caractérise par sa volatilité : étudiants, étrangers et étudiants étrangers n’habitent souvent à Grenoble que de façon temporaire, ce qui rend difficile leur fidélisation et impliquerait de communiquer beaucoup plus qu’on ne le fait actuellement.

    De multiples questions

    Le recul de trois années de fonctionnement permet de mettre en évidence une série de questions qui, d’une part, relèvent de la situation particulière de la BMI à Grenoble – il n’en sera pas fait état ici – et d’autre part nourrissent la réflexion sur la présence des langues étrangères en bibliothèque.

    Les collections

    Le choix des langues

    Le poids dominant de l’anglais dans les prêts et la surabondance de l’offre anglo-saxonne tant dans la littérature traduite que dans les catalogues de documents vidéo ou audio, posent évidemment question. D’autant plus que la charte de l’Unesco sur la diversité culturelle, qui mentionne précisément la diversité linguistique comme étant à protéger, entre en vigueur et que l’on sait par ailleurs que le français, l’allemand et l’italien sont d’ores et déjà des langues menacées.

    Si le partenariat avec la cité scolaire internationale a déterminé le choix des langues de travail de la BMI, il n’empêche que les résultats de ces trois années de fonctionnement soulèvent une question légitime : quelle offre de langues, pour quelle demande de langues ?

    Des collections nécessairement multisupports

    La mission assignée à la bibliothèque et l’évolution des prêts montrent combien il est impératif pour une bibliothèque de ce type de proposer non seulement des documents imprimés mais également des documents sonores, audiovisuels et multimédias. Il va sans dire que les ressources en ligne complètent probablement l’offre *, même si les remontées statistiques n’existent pas encore pour en vérifier l’utilisation.

    Pauvreté de l’offre éditoriale

    Il est apparu que les supports multiples n’existent pas à égalité pour toutes les langues : si les livres CD et les CD de textes enregistrés existent en nombre pour l’anglais et l’allemand, ils sont inexistants pour les langues sud-européennes et pour l’arabe. Or il arrive fréquemment que les lecteurs apprenants soient intéressés par le même titre sous trois formes différentes : la version imprimée en version originale, la version enregistrée en VO et la version imprimée traduite en français. Cette combinaison, même si elle n’est pas étoffée de la version enregistrée, est une façon de contourner la pauvreté de l’édition bilingue en France, qui, pour les langues dans lesquelles elle existe, ne propose souvent que de la littérature classique ou des versions abrégées.

    Fictions ou documentaires

    Il a déjà été dit que, contrairement au principe posé à l’origine, le fonds des documentaires n’était plus alimenté, sauf pour l’arabe. Il est probable qu’une offre centrée sur les beaux-arts et les voyages, doublée d’une offre sur les mêmes classes de la Dewey en langue française, trouverait ses lecteurs. Or, les catalogues de DVD documentaires sur ces segments se sont étoffés et les DVD pourraient venir concurrencer les documentaires imprimés. Seule, la hausse de leur prix d’achat peut inciter à la réflexion.

    L’augmentation des prêts en DVD de fiction nous pousse à poursuivre les acquisitions, sans toutefois qu’on arrive à savoir si le DVD est emprunté parce qu’il invite à une lecture multilingue du document ou s’il ne l’est que par l’attrait du titre. Nous restons malgré tout convaincus de l’intérêt de ce support puisqu’il est une autre occasion de pénétrer, par ce qu’il donne à voir, une culture étrangère.

    Par ailleurs, on ne peut que déplorer la pauvreté des catalogues de documents vidéo de fictions autres qu’anglo-saxonnes. Il faut ici remarquer que la question de l’augmentation du prix d’achat pose problème et que celle des droits de prêt de DVD unilingues proposés par certains distributeurs n’est toujours pas résolue.

    Livres pour enfants

    Il est nécessaire de proposer des livres pour enfants. D’une part, les parents étrangers sont ravis de trouver ce genre de ressources puisque l’immigration est désormais souvent familiale à Grenoble. D’autre part, les collections pour enfants viennent soutenir les efforts entrepris par les collectivités territoriales pour promouvoir l’enseignement des langues étrangères dès l’école primaire, ce qui tend à sortir cet apprentissage du domaine de l’excellence et à en souligner l’utilité.

    Nos collections se sont enrichies, au-delà des titres d’albums propres à une langue, de titres bilingues – encore rares –, de titres enrichis de support audio, essentiellement en anglais et en allemand, et des mêmes albums en langues étrangères et en français, soit que le français soit traduit, soit que la traduction ait eu lieu dans l’autre sens, ce que nous privilégions toujours, mais qui existe rarement pour l’arabe, l’italien, l’espagnol et le portugais.

    Cette inflexion récente de notre politique d’acquisition s’est avérée nécessaire lors des groupes de travail organisés avec des enseignants d’italien en école primaire, en amont de l’accueil de leurs élèves à la bibliothèque. Y est apparu le besoin de leur proposer des lectures faisant alterner, page après page, l’italien et le français. La bibliothèque a ainsi été dotée d’un fonds correspondant à cet usage, qui a été étendu aux autres langues.

    C’est dire combien le travail avec les enseignants est impératif et enrichissant, mais aussi combien il est encore trop rare (à part ce travail suivi depuis janvier 2006 en italien, une seule expérience avec des élèves de 3e en anglais, aucune en allemand, ni en arabe, espagnol ou portugais) et combien il est nécessaire de travailler étroitement avec les services scolaires de la ville et avec ceux du rectorat.

    Autoformation ou accompagnement ?

    L’offre et l’utilisation in situ de logiciels d’autoformation posent à l’évidence la question de l’accompagnement. Jusqu’où doit-il aller ? La formation fait-elle partie des compétences demandées aux bibliothécaires ? Par ailleurs, cette offre d’outils d’apprentissage n’est-elle pas un leurre, dans la mesure où l’apprentissage d’une langue étrangère est affaire de persévérance et de temps et où la progression serait mieux garantie si elle était soutenue par une véritable aide pédagogique ? Ne faudrait-il pas plutôt parler, dans ce cas, d’aides à la découverte ? Mais alors, pourquoi offrir des documents qui proposent plusieurs centaines d’heures de travail ?

    L’accompagnement est, quoi qu’il en soit, absolument nécessaire pour lever les craintes des lecteurs devant des collections si spécialisées : évaluation du niveau de maîtrise, explication des différents outils d’apprentissage offerts, proposition de parcours de lectures (albums, fictions pour enfants, romans policiers, nouvelles) pour avoir la satisfaction d’aller jusqu’au bout d’une lecture enfin comprise, choix d’entrées multiples pour un même texte (version originale, version française, version enregistrée), lectures bilingues à haute voix, où la rassurante langue maternelle permet de ne pas perdre le fil, sont autant de pistes à exploiter et à inventer pour que, par le dialogue, le lecteur se sente mis en confiance et convaincu de ses capacités.

    Toute la signalisation de la bibliothèque participe à cet accompagnement : multilingue ou bilingue jusque dans les grandes classes de la Dewey, elle vise soit à familiariser le lecteur, dans ses pérégrinations, avec les mots étrangers, soit à le resituer dans un monde connu. La brochure de présentation de la BMI est également déclinée dans les six langues.

    Un secteur professionnel peu formalisé

    Des outils bibliographiques peu performants

    La taille et les compétences linguistiques de l’équipe de la BMI ne lui permettent pas d’exploiter tous les outils bibliographiques existant dans les langues de la bibliothèque. Force est donc de recourir à des outils bibliographiques français – revues/journaux spécialisés, catalogues d’éditeurs –, dans la mesure où ils font état des traductions de langues qui nous concernent. Mais, à l’usage, il apparaît qu’un seul d’entre eux renvoie au titre d’origine (Le Monde des livres) : le retrouver tient alors du parcours d’obstacles. Plus étonnant encore, la liste des 180 titres de littérature de jeunesse recommandés par le ministère de l’Éducation nationale ne comporte pas la mention de traduction… Ceci confirme, s’il en était besoin, combien il est nécessaire de disposer d’un personnel aux compétences linguistiques correspondantes et que la profession peaufine les outils de travail qu’elle propose.

    Des échanges de notices inexistants

    Les notices bibliographiques des ouvrages de la BMI sont rédigées en langue originale, y compris le résumé, chaque fois que c’est possible. Sinon, et si l’ouvrage est traduit en français, le résumé en français est retenu. Un détail : si le document a été traduit en français, la notice du document en langue étrangère mentionne le titre en VF (traduit sous, étiquette 453 en Unimarc) et la notice du document en français le titre en VO (traduit de, étiquette 454 en Unimarc), notamment pour pouvoir mieux répondre à la fois à nos besoins de recherche et aux attentes des lecteurs.

    Il va sans dire que l’échange de notices bibliographiques, notamment pour les langues à caractères non latins, serait d’une grande utilité. Par ailleurs, rares sont les systèmes de gestion qui reconnaissent ces caractères particuliers, ce qui nécessite le recours souvent hasardeux à la translittération.

    Des partages d’expériences rares

    Si la liste de diffusion biblio.fr rend parfois compte d’expériences intéressantes dans ce domaine, comme celles menées à Bobigny, ou annonce des formations intéressantes sur la question, comme à Pantin récemment ou à la Joie par les livres en 2006, il n’existe aucun panorama recensant les expériences menées, dont nous savons pourtant qu’elles existent par les différentes demandes dont la BMI fait l’objet. Si ce partage était formalisé, il permettrait peut-être, entre autres, de comprendre pourquoi les professionnels distinguent langues d’études et langues d’immigration, en quoi consiste cette distinction et en quoi elle peut enrichir, si elle ne la pervertit pas, notre réflexion.

    Au final surgit donc une multitude de questions qui semblent pourtant ne pas remettre en cause la légitimité de l’existence de collections en langues étrangères dans les bibliothèques à l’heure où le visage de la société française, par le double effet de la mondialisation et de la construction européenne, change en profondeur, où le tout anglais représente un vrai risque et où notre voisin d’outre-Manche promeut, dans les écoles, l’apprentissage du chinois, de l’arabe et de l’ourdou au détriment de l’allemand et du français.

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    Enseigne de la BMI. Photo : Christophe Terpent – Ville de Grenoble

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    « Bonne année » en plusieurs langues. Photo : Marion Lhuillier

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    Brochure multilingue de la BMI. Photo : Marion Lhuillier

    Février 2007

    1.  (retour)↑  Ce que nous proposons sur notre site : www.bm-grenoble.fr/catalogue/signetsbmi/accueil.htm