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Éditorial

Yves Alix

Citoyens du livre, nous vivons, comme tout le monde aujourd’hui, au milieu d’un incessant tourbillon d’images jaillies d’écrans de toute taille, installés partout, de l’espace le plus public à la sphère la plus intime. Dans quelques années, les livres eux-mêmes seront peut-être devenus des écrans, où apparaîtront et disparaîtront instantanément les textes, et les pages ne se tourneront plus que dans nos têtes – du moins dans celles qui auront appris à lire avec le codex. Dans cet univers nouveau, qui touche la connaissance, l’esthétique, la vie sociale, acquérir une culture de l’image, maîtriser l’image, sont d’impérieuses nécessités, non seulement pour les spécialistes, mais pour tous les professionnels du document. Identifier, choisir, classer, archiver, communiquer, le processus classique mis en œuvre par le bibliothécaire et le documentaliste s’applique à l’image animée comme naguère il s’est appliqué à l’image fixe ou à l’enregistrement sonore. Cela ne s’est pourtant pas fait sans mal, et si l’image a conquis sa place dans les bibliothèques, celle-ci pourrait encore lui être disputée. Le gage de son intégration est d’abord dans une meilleure prise en compte de ses particularités. Il est aussi dans le rapprochement des métiers et des compétences. (Par exemple : on ne conserve pas un film ou un master vidéo comme un manuscrit, certes, mais il ne faut pas longtemps pour voir que les ennemis de l’un et des autres sont les mêmes.) Il est enfin dans la priorité donnée aujourd’hui au public, qui veut d’abord accéder à des contenus, et semble souvent n’attendre du médiateur… qu’un résultat le plus immédiat possible.

L’enjeu des nouveaux modes d’accès était le fil conducteur des cinquièmes journées d’études européennes sur les archives de cinéma et d’audiovisuel, tenues à la Bibliothèque nationale de France et à l’Institut national du patrimoine, du 27 au 29 novembre 2006, sous la direction scientifique d’Isabelle Giannattasio et Marc Vernet. Ce dossier du BBF est directement issu de ces journées, dont il reprend d’ailleurs, avec les adaptations nécessaires, plusieurs interventions. À travers l’éventail des expériences rapportées, les bibliothèques pourront y lire un appel à dépasser les réflexes corporatistes et à construire une démarche commune pour relever tous les enjeux posés par l’explosion des images. Comme le souligne Michel Melot dans sa conclusion, les questions soulevées aujourd’hui sont bien différentes de celles qui se posaient il y a vingt ans, mais le rôle des bibliothécaires dans la maîtrise de ce nouvel « ordre de l’image » reste « nécessaire et salutaire ».