L’Ifla à Séoul

72e congrès

Michel Netzer

Confort et sagesse : c’est sur ce slogan, que les Coréens avaient choisi pour caractériser leur vision de la bibliothèque idéale, que s’est ouvert à Séoul, le 20 août dernier, le 72e congrès de la Fédération internationale des associations de bibliothécaires et des bibliothèques, plus connue sous le nom d’Ifla. La cérémonie d’ouverture avait un côté spectaculaire, mais l’importance que les hôtes du congrès attachaient à l’événement se devinait à la présence de Kim Dae-jung, l’ancien chef de l’opposition aux régimes dictatoriaux de Corée du Sud devenu président de la République de 1998 à 2003, ainsi qu’à celle de la « Première Dame » du pays.

Corée du Sud

Les Coréens avaient, en raison de la place qu’occupe leur nation dans le domaine des techniques de production et de diffusion de l’information, des motifs historiques de fierté à accueillir sur leur sol les deux ou trois mille bibliothécaires venus participer au grand rendez-vous annuel de la profession. Si Gutenberg a inventé au milieu du XVe siècle la presse à imprimer, les caractères mobiles d’imprimerie n’étaient-ils pas utilisés dès le XIIIe siècle en Corée ? Et si l’on considère parfois le développement fulgurant d’Internet comme une révolution comparable à ce qu’a été il y a vingt siècles le passage du volumen au codex, comment ne pas évoquer le fait que la Corée du Sud se situe au premier rang mondial en nombre de foyers connectés à l’Internet haut débit ? Ainsi que l’écrivait dans une interview donnée au Korea Times le président de l’Association des bibliothécaires coréens, non sans une pointe d’orgueil national : « Notre pays devancerait les autres nations si nous étions capables de combiner notre solide infrastructure en technologies de l’information et notre réseau de bibliothèques. » Il soulignait par là le décalage entre le retard de développement des bibliothèques publiques coréennes et le rang qu’occupe le « pays du matin calme » dans l’économie mondiale.

Débats

Stimulé par cet environnement, le congrès s’est bien porté… Certes, il s’amusait le soir grâce aux réceptions et aux spectacles somptueux offerts par les Coréens, mais, dans la journée, le vaste centre des congrès de Séoul bruissait d’échanges et de débats qui reflétaient l’ampleur des évolutions que connaissent aujourd’hui les bibliothèques. Parmi les sujets traités, une large place était faite au numérique. Un forum placé sous les auspices de l’Unesco présentait l’état d’avancement des différents projets de bibliothèques numériques internationales, notamment la bibliothèque numérique mondiale 1 et la bibliothèque numérique européenne.

La section Technologie de l’information rendait compte des résultats d’une étude comparative sur 24 répertoires d’archives ouvertes. La section Catalogage nous apprenait qu’un fichier d’autorité international virtuel pour les noms de personnes 2 était en projet, qui permettrait de relier automatiquement entre elles les notices d’autorité produites par des agences bibliographiques nationales du monde entier. Fallait-il donc annoncer la fin du catalogage ? Non, expliquait un représentant de la British Library, prédisant que le nombre de livres imprimés ne fléchirait pas dans les prochaines années, et que le catalogage s’imposerait de toute façon sous des formes nouvelles afin de rendre possible la recherche des documents présents sur la Toile, en particulier tous les documents qui ne contiennent pas de texte.

Les sujets plus classiques n’étaient pas négligés pour autant. Telle communication décrivait la politique de lecture publique menée par l’Organisation internationale de la francophonie (OIF) dans dix-huit pays en développement. Telle autre plaidait pour l’implantation de petites bibliothèques publiques dans certains centres commerciaux de la banlieue de Séoul. Une troisième donnait des trucs et astuces pour sensibiliser le public comme le personnel des bibliothèques à l’importance de la conservation des collections. La diversité des thèmes abordés lors d’un congrès de l’Ifla n’a d’égale que la variété des bibliothèques et de leurs activités à travers le monde…

Comités

Le fait que l’ensemble des communications présentées est désormais librement accessible en ligne 3 facilite beaucoup la tâche du congressiste, qui peut optimiser son emploi du temps en sélectionnant à l’avance les sessions qu’il juge les plus profitables et préparer les questions à poser aux orateurs.

Mais les conférences à elles seules ne font pas le congrès… L’intérêt de celui-ci réside également dans les contacts qu’il permet de nouer avec des collègues dont les préoccupations professionnelles sont proches. Les plus motivés vont jusqu’à se faire élire au comité permanent d’une des sections professionnelles de l’Ifla, afin d’en suivre les travaux. L’enjeu n’est pas seulement personnel : la composition des comités permanents et des instances dirigeantes de l’Ifla menace en permanence d’être déséquilibrée par le poids de la présence anglo-saxonne. Une association a été créée il y a une dizaine d’années sous le nom de « Comité français Ifla » afin de favoriser le développement de la francophonie au sein de la Fédération. L’action du Comité français va être poursuivie et élargie par une nouvelle association, l’Association internationale francophone des bibliothécaires et documentalistes (AIFBD), dont l’assemblée générale constitutive s’est tenue à Séoul.

Après l’Asie, l’Afrique : pour son congrès 2007, l’Ifla se déplacera à Durban (Afrique du Sud). Le renouvellement des comités permanents, qui a lieu tous les deux ans, se fera lors de ce congrès. Les candidatures doivent être présentées avant le 7 février 2007 : avis aux amateurs !