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Educación y biblioteca

nos 145 à 150

Madrid :  Tilde : asociación Educación y Biblioteca, 2005.
ISSN 0214-7491.
Abonnement (6 numéros par an) :
52 € (Espagne) ;
65,50 € (étranger).

par Laurence Tarin

Educación y biblioteca, revue espagnole rédigée en castillan, s’intéresse à la littérature de jeunesse, aux bibliothèques scolaires et aux bibliothèques de lecture publique. Nous retrouvons dans les numéros de l’année 2005 les rubriques habituelles : notes bibliographiques critiques sur des œuvres de littérature de jeunesse et sur des ouvrages de bibliothéconomie, articles d’actualité et dossiers thématiques.

Des articles d’actualité

En 2005, comme d’ailleurs en 2004, la revue s’est largement fait l’écho des débats sur le droit de prêt, prenant ouvertement parti contre le paiement par les bibliothèques d’une « taxe » sur le prêt. Le problème ne semble pas encore avoir trouvé de solution, le gouvernement espagnol, qui maintient sa position en faveur d’une large exemption, court toujours le risque d’être assigné devant le tribunal européen. Les bibliothécaires commencent à penser qu’ils vont devoir se résigner à payer, c’est du moins l’avis des membres de l’association professionnelle Anabad 1 qui participaient aux 2es journées contre le droit de prêt dont on peut lire le compte rendu dans le numéro 146.

Bien entendu, la littérature de jeunesse et tout ce qui concerne la lecture des enfants et des jeunes occupent une place importante dans la revue. Parmi les sujets traités en 2005, on pourrait citer : la lecture des adolescents, la formation des usagers dans les bibliothèques scolaires ou la transmission de valeurs à travers la littérature de jeunesse. Cette dernière question a fait l’objet d’une intervention fort intéressante d’Antonio Ventura lors d’une table ronde sur l’édition (no 149). Il y parlait des bons sentiments (en particulier sur le multi-culturalisme) dans les livres pour enfants et déplorait que la littérature de jeunesse soit plus souvent jugée sur les thèmes (si possible politiquement corrects) qu’elle aborde plutôt que sur ses qualités littéraires. Il regrette également le ton paternaliste de certains ouvrages censés s’intéresser à « l’autre ».

On soulignera par ailleurs l’intérêt toujours très grand que la revue porte aux expériences latino-américaines. Notre attention a été particulièrement attirée par le compte rendu des 3es rencontres ibéro-américaines sur la littérature enfantine. Ces journées, qui ont eu lieu à Madrid en novembre 2004, avaient pour thème les politiques de lecture publiques et privées. En effet, certaines fondations peuvent être amenées à jouer un rôle important dans le domaine du livre, comme c’est le cas en Colombie. On notera cependant que ce sont les organismes publics qui s’intéressent réellement au rôle social de la bibliothèque et qui réalisent les plans de développement de la lecture les plus significatifs, comme celui que les autorités mexicaines ont mis en place pour les bibliothèques scolaires.

Les nouvelles technologies concernent aussi de près nos collègues espagnols. Nous avons remarqué des articles, d’une part, sur la bibliothèque virtuelle et les nouveaux services qu’elle peut apporter aux citoyens et, d’autre part, sur les blogs qui prennent de l’ampleur en Espagne tout autant que dans notre pays.

Des dossiers thématiques

Cinq dossiers ont été réalisés en 2005, où nous retrouvons des sujets qui sont traités régulièrement comme le documentaire pour la jeunesse ou encore l’hommage à un bibliothécaire engagé dans le camp des républicains lors de la guerre civile espagnole. Traditionnellement, le premier numéro de chaque année est consacré à sortir de l’oubli un de ces bibliothécaires dont les idées en matière de développement des bibliothèques étaient particulièrement novatrices pour l’époque.

C’est une bibliothécaire communiste, Teresa Andrès, qui est mise à l’honneur en 2005. Elle a participé aux côtés de Juan Vicéns au mouvement « culture populaire » qui, sous la Seconde République (1931-1939), avait pour objectif (entre autres) la promotion de la lecture non seulement auprès du peuple, comme l’on disait à l’époque, mais aussi auprès de ce que l’on appellerait aujourd’hui des publics spécifiques : handicapés, malades, prisonniers.

Outre cet article sur les bibliothèques de « cultura popular », on peut lire dans ce numéro des textes plus anecdotiques sur la vie de Teresa Andrès ou sur l’enquête, digne d’un détective de roman, réalisée par Blanca Calvo, pour retrouver des témoignages sur elle. Ces articles, moins riches en informations, sont cependant émouvants et montrent à quel point la question de la mémoire de la guerre civile est encore brûlante en Espagne de nombreuses années après la transition démocratique. Le dossier se conclut d’ailleurs par une contribution très utile qui recense les ressources existantes sur l’histoire des bibliothèques de la Seconde République et dont l’auteur se défend de tout esprit revanchard.

Autre thématique récurrente : l’état des lieux des bibliothèques dans une région ; en 2005, ce sont les bibliothèques de la communauté autonome de Castilla la Mancha dont le fonctionnement est analysé. Cela permet de comprendre à travers un exemple concret comment s’organisent les bibliothèques espagnoles.

Deux autres thèmes qui, à notre connaissance, n’avaient pas encore été abordés par Educación y Biblioteca ont fait l’objet d’un dossier en 2005 : les politiques documentaires et les services hors les murs. La littérature professionnelle espagnole ne s’intéresse pas encore beaucoup au développement des collections, nos collègues ont d’ailleurs recours à des manuels anglo-saxons et français, ce dossier est donc bienvenu. Les expériences relatées sont relativement peu abouties par rapport à ce qui peut exister dans d’autres pays européens, et, plus que de véritables politiques de développement des collections, ce sont l’organisation et l’évolution des acquisitions qui sont présentées. L’exemple qui nous a semblé le plus stimulant est celui du réseau des bibliothèques publiques de la ville de Madrid. Sa politique documentaire s’appuie sur l’analyse des publics et sur l’évaluation des collections et prévoit des mesures de désherbage, mais le réseau fonctionne encore de façon très centralisée.

Le numéro 149 qui porte sur la « bibliothèque hors les murs » envisage ce sujet sous un angle très large. Il est en effet question de services hors les murs au sens où on l’entend habituellement en France (points lecture dans des locaux associatifs, des parcs, des centres commerciaux, dans le métro, à la piscine, à la plage, etc.) mais aussi des services à distance (comme les services questions/réponses via Internet) et de l’utilisation de robots pour les opérations de prêt/retour. On remarquera que le portage de livres tel que le pratiquent certains médiateurs dans notre pays n’est pas évoqué dans ce dossier pourtant très documenté qui fait état de nombreuses et très intéressantes expériences étrangères.

Nous avons remarqué également dans ce numéro la contribution de l’urbaniste Jordi Borja 2 qui parle de l’espace physique et de l’espace virtuel, de l’usage public de l’espace collectif et de l’utilité de laisser place à des usages éphémères dans cet espace. On a été moins convaincu par le dernier article qui détaille un projet de machine distributrice de livres sur le modèle de -celles utilisées par les vidéos-clubs.

Le dernier numéro de l’année était un peu particulier puisqu’il s’agissait du 150e, l’occasion pour la rédaction de faire le point sur la revue en proposant des miscellanées et, pour nous, de mieux la connaître en nous plongeant dans des extraits de textes parus au cours de ses seize années d’existence. De cette rétrospective, ressortent clairement l’engagement de la revue pour la démocratisation de la culture et la liberté de penser, ainsi que son intérêt pour le développement du rôle des bibliothèques dans l’éducation des citoyens. Les prises de position de la revue en faveur des mouvements pacifistes et contre la mondialisation et la marchandisation y apparaissent aussi de façon évidente.

Les rédacteurs de la revue alimentent bien d’autres rubriques, parfois de manière un peu irrégulière. La rubrique « À la première personne » est l’occasion de découvrir l’opinion de personnalités très différentes. Notre attention a été tout particulièrement attirée par une interview de Pedro López et de Javier Gimeno, coordinateurs de l’ouvrage Información, conocimiento y bibliotecas en el marco de la globalización neoliberal  3. Ils expliquent qu’ils ont écrit ce livre pour faire réfléchir sur la fonction sociale du bibliothécaire. La parole est aussi souvent donnée à des bibliothécaires étrangers. En 2005, la présidente de l’American Library Association, Carol Brey Casiano, et Françoise Danset, entre autres, ont été interrogées par Educación y Biblioteca.

Pour conclure, soulignons que la rédaction n’hésite pas à bousculer ses sommaires en fonction de l’actualité et/ou de ses envies. La rubrique « Critiques » peut ainsi se retrouver incluse dans le dossier si le thème s’y prête, d’autres rubriques vont et viennent au gré des contributions et le ton reste toujours très libre.

  1.  (retour)↑  Confédération espagnole des associations d’archivistes, de bibliothécaires, de documentalistes et de personnels des musées : http://www.anabad.org/
  2.  (retour)↑  Coauteur avec Manuel Castells d’un ouvrage intitulé : Local y global, Madrid, Taurus, 1997.
  3.  (retour)↑  Ce qui donnerait en français : « Information, savoir et bibliothèques dans le cadre de la mondialisation néolibérale ».