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Itinéraire d’une étudiante en bibliothèque

Flavie Rouanet

De longues études à l’université Paris X - Nanterre m’ont permis d’arpenter depuis près de neuf ans les dédales des bibliothèques universitaires. D’abord instrument de formation, auxiliaire indispensable à la poursuite de mes études en sciences humaines, j’ai ensuite appréhendé la BU comme un espace de professionnalisation qui a si ce n’est ouvert, du moins confirmé ma vocation tardive de bibliothécaire.

Ainsi, ma perception des bibliothèques a évolué au fur et à mesure de l’avancée de mon cursus universitaire et de mes activités professionnelles. Successivement bachelière perdue dans les méandres de ses salles et de ses rayonnages, étudiante studieuse habituée des lieux, puis tutrice documentaire aguerrie maîtrisant tous ses services et ses outils, je suis passée d’un usage purement scolaire à une utilisation intensive, à la fois universitaire, professionnelle et personnelle pour finir par l’accompagnement méthodologique et pédagogique des nouvelles générations d’étudiants.

À travers mon itinéraire d’étudiante, des appréhensions, des usages et des représentations successives se sont dessinés. Alors, plus que de l’opinion de l’ensemble des étudiants sur les bibliothèques, je vais témoigner de mon expérience forcément subjective, partielle et partiale de ces hauts lieux de l’érudition et de la recherche universitaire.

Les premières années : la BU, nouveau labyrinthe dans le maquis de l’université

Paris X - Nanterre : une université de 36 000 étudiants, une multitude de services administratifs et d’UFR (unités de formation et de recherche). Tout y paraît gigantesque. Je perds mes repères dans ces lieux anonymes. Les inscriptions administrative et pédagogique, l’harmonisation des emplois du temps pour que les cours ne se chevauchent pas, les problèmes de salles, chaque avancée se transforme en nouveau défi, en nouveau combat. Comme les nombreux jeunes étudiants juste sortis d’un lycée à taille humaine, je dois montrer une grande faculté d’initiative et d’adaptation, partir à la pêche aux informations. Tout n’est plus servi sur un plateau, il faut se démener, s’accrocher, aiguiser sa curiosité pour comprendre et sortir vainqueur de cette organisation alambiquée.

Comme des poupées russes, cette complexité, cette désorientation se manifeste aussi bien au niveau macroscopique de la lourde machine universitaire qu’au niveau microscopique du fonctionnement des secrétariats d’UFR ou des différentes composantes du service commun de la documentation : grande bibliothèque centrale, bibliothèques d’UFR, de laboratoires…

Finis les rayonnages compacts et relativement lisibles des bibliothèques de lecture publique ou des centres de documentation et d’information du lycée. Étudiante en première année, je suis troublée par l’étendue des salles et des collections. Toutes mes connaissances en recherche documentaire, acquises pendant des années au CDI et dans la bibliothèque de ma ville, semblent s’être subitement envolées.

Bien plus tard, j’ai compris ce qui m’avait déroutée : des différences notables scindent les deux univers, lecture publique et bibliothèque universitaire. Tout d’abord, je suis déconcertée par le système de cotation qui passe de la simple classification Dewey, alphanumérique en quelques caractères, à la CDU (classification décimale universelle) beaucoup plus fine et précise avec tout un ensemble de caractères de liaison (“ . / :).

Cette complexité se reflète aussi dans les possibilités de recherche : à un unique catalogue de recherche simple succède un vaste panel de catalogues (SCD, périodiques, Sudoc, Catalogue collectif de France…). Enfin, de nombreuses ressources électroniques, bases de données ou périodiques, sont mises à notre disposition afin de préciser, élargir et affiner nos recherches. Honnêtement, je n’imagine pas l’existence de la plupart de ces outils et en connais encore moins le fonctionnement et l’utilité.

Plus que les bavardages incessants, je ressens, comme Jean-Claude Utard, que « le premier bruit dans cette bibliothèque, c’est le libre accès  », surtout pour les nouveaux usagers. Avant de comprendre le système de classement, je circule à l’aveuglette parmi les rayons en espérant trouver comme par miracle les livres convoités. Généralement sans succès. Et si je m’aventure du côté du catalogue du SCD, c’est une autre forme de bruit qui m’attend et son corollaire, un silence assourdissant.

Après quelques heures d’errance au petit bonheur la chance dans les rayonnages à la recherche de documents pour mes dossiers et exposés, la tentation est grande d’abdiquer et de me détourner de la BU au profit de centres de ressources plus condensés où les bibliothécaires semblent plus visibles et abordables. A contrario, les BUFR d’histoire et de sociologie, par leur proximité avec les salles de cours, leur accessibilité et leur visibilité, font mon bonheur d’étudiante impressionnée par la grande BU.

Pourtant, je ne recours que très rarement aux bibliothécaires présents – les tuteurs n’existent pas à l’époque. Pourquoi ? Peut-être par timidité, par honte de ne pas savoir, de montrer mon ignorance, aussi parce que j’ai souvent du mal à les repérer. Ou encore par envie de me débrouiller toute seule. Mes motivations divergent, mais le constat est là, un certain nombre de mes recherches n’aboutit que partiellement, ou pas du tout.

À mesure que je me familiarise avec son utilisation, l’Opac perd progressivement de son opacité. Je parviens à identifier les documents intéressants – mais encore faut-il les localiser. Combien je comprends aujourd’hui les étudiants en quête désespérée de l’ascenseur qui les mènera à cet énigmatique 6e étage (le magasin), dans un édifice qui ne comporte pourtant que deux niveaux. Comme moi, ils finissent par se contenter des collections en libre accès par crainte de demander ou parce qu’ils ne savent pas comment remplir les fiches de prêt indirect.

De même pour les périodiques, si j’épluche facilement les revues sur les présentoirs, j’éprouve une certaine réserve à réclamer les anciens numéros à la banque de prêt. De toute manière, comme je ne maîtrise pas l’utilisation des bases de sommaires et de dépouillement de périodiques, je n’ai aucune idée de leur contenu ni des thématiques développées. Sauf lorsque je dispose au préalable de la référence d’un article en particulier.

De plus, à une époque qui exalte la vitesse, la rapidité, l’instantanéité, l’attente d’un document (livre, thèse ou revue) plus de 45 minutes ressemble à une éternité. Cette immédiateté s’adapte mal au temps, nécessairement long, de la recherche documentaire : comprendre un sujet, se l’approprier pour mieux le documenter, le transmettre, l’exposer. À la validation de l’information, à la vérification des sources et de leur pertinence sont plutôt privilégiées la proximité, la disponibilité réelle ou virtuelle des réponses, et leur accessibilité.

Durant ces premiers mois, l’emprunt est roi, la consultation sur place épisodique, suivant les rythmes ternaires du calendrier universitaire : vacances, travaux dirigés, partiels. Au cœur de l’hiver, avant les partiels de janvier et les massives défections des étudiants de première année, la BU est un essaim estudiantin, une véritable fourmilière, les tables sont prises d’assaut, il y a de la lumière, il fait chaud. Les beaux jours revenus, face à l’attrait et au charme des pelouses du campus, les espaces de travail à l’intérieur de la bibliothèque se dépeuplent et les photocopies se multiplient.

De la licence à la maîtrise du bâtiment

À la fin du premier et au début du deuxième cycle universitaire, mes habitudes se sont construites. Peu à peu, la BU a perdu de son ampleur, de son épaisseur, de sa pesanteur. Lieu de rencontre, de sociabilité, de travail concentré, je m’y sens comme chez moi. J’ai enfin apprivoisé les lieux, intégré le fonctionnement du catalogue, repéré mes rayons de prédilection. Bien sûr cela reste une appropriation de façade, les ressources électroniques (bases de données, périodiques électroniques) demeurent enveloppées d’un savoureux mystère quant à leur usage, leur mode d’emploi, leur intérêt. Plus que les collections, c’est en fait le cadre, l’ambiance studieuse qui me séduisent. Espace « priblic  » comme dirait Alain Lefebvre, la BU est à la fois un espace de travail personnel, de lecture et de prise de notes privées où je me rends avec mes propres documents, mais aussi un lieu de labeur collectif, de discussion, d’élaboration parfois houleuse et argumentée des révisions et des exposés.

La quête sans fin de nouveaux ouvrages et de documents dans le catalogue, puis dans les rayons, tourne encore parfois à l’échec, mais pour d’autres motifs, d’autres explications. Par exemple, la monographie tant recherchée, volée, perdue ou mal rangée, est tombée dans le gouffre, la gorge sans fond des exemplaires disparus. Après quelques recherches à plusieurs jours d’intervalle, il ne me reste plus qu’à me faire une raison : le livre s’est évaporé de cet océan documentaire, a quitté le navire des documents accessibles, même s’il apparaît toujours comme « en rayon  ». Tant pis, je décide de me débrouiller autrement, je me déplace ailleurs où il existe réellement.

D’autre part, comme de nombreux étudiants adulescents, je poursuis mes études en travaillant à temps partiel, les horaires deviennent aussi trop étriqués, concentrés, inadaptés. Une amplitude horaire nous est nécessaire, la possibilité de travailler le week-end ou en soirée est revendiquée. J’envie nos homologues espagnols ou anglo-saxons qui peuvent travailler sans trêve dans leurs bibliothèques universitaires ouvertes à toute heure. Un rêve, un idéal pour nous étudiants, véritables papillons de nuit, qui apprécions particulièrement la torpeur, le calme et le charme de ces nuits sans sommeil à veiller sur notre mémoire, nos exposés avec, pour toute compagnie, nos bouquins, nos dossiers et un thermos de café.

Pour toutes ces raisons, la BU se voit peu à peu dépassée par l’utilisation d’autres bibliothèques. Je rejoins l’armada d’étudiants qui prennent d’assaut les places assises des médiathèques le dimanche à l’ouverture et les queues impressionnantes devant la Bpi ou le haut-de-jardin de la BnF.

Et, à mesure que mes recherches se spécialisent, deviennent de plus en plus raffinées, comme par enchantement, l’univers titanesque de la BU a tendance à se rétrécir, à devenir insuffisant. Il recèle certes des pôles d’excellence, mais aussi des zones d’ombre, des sujets qui transforment le catalogue du SCD en une forme de fantôme intellectuel.

De plus, comme j’ai la vague impression d’avoir balayé l’ensemble des ressources disponibles sur mon sujet d’étude à la BU ou dans les BUFR, je m’oriente aussi vers des centres documentaires plus spécialisés (archives, instituts…). En conséquence, mes passages à la BU sont de plus en plus rares ; de même pour mes camarades, exception faite des jeunes chargés de cours (Ater – Attachés temporaires d’enseignement et de recherche, ou vacataires) qui enseignent aussi à l’université. Les conditions de travail, auparavant conviviales, deviennent invivables, notamment pour ceux qui fréquentent assidûment la confortable BnF ; le brouhaha des discussions et des sonneries des téléphones portables, insupportables. Il existe certes une possibilité de repli dans la salle des chercheurs au fond de la bibliothèque si on en connaît l’existence. Mais comme elle se situe à plus de 100 mètres des salles de lectures, j’y recours juste pour travailler sur ordinateur ou pour consulter des ressources électroniques.

Autre raison invoquée pour cette désaffection de la BU par les étudiants doctorants : d’un poisson qui nage aisément dans cet océan documentaire, j’ai de plus en plus la sensation d’aller à contre-courant et de me transformer en dinosaure. Mes amis, collègues de travail, études finies ou poursuivies ailleurs, sont partis ; mon impression d’anonymat, d’étrangeté réapparaît. Seuls demeurent les chargés de cours passés peu à peu de l’autre côté du miroir poreux qui va de l’étudiant au professeur, au chercheur.

Certes, ce rite de passage est consacré par des privilèges, comme la possibilité d’emprunter des documents dans les salles de consultation sur place, et pour plus longtemps. Ou encore l’accès à la salle des chercheurs et à ses technologies pratiquement absentes dans toute l’université (scanners, logiciels performants, lecteurs de microformes…). Cependant, cela semble insuffisant pour retenir dans ses murs les anciens, éternels étudiants ou jeunes enseignants. Le manque de prises électriques est criant, l’absence de confort d’étude embarrassant… Est-ce à dire qu’en vieillissant, on devient plus exigeant tant en termes de contenu que de contenant ?

Parfois, au détour d’une question à une bibliothécaire, j’apprends l’existence et le maniement de certaines bases de données, de ces ressources électroniques jusque-là méconnues ou ignorées. Un sentiment de honte et de stupidité m’envahit face à cette découverte, moi qui pensais tout maîtriser. En témoigneront aussi les remarques et regards intéressés et interrogateurs des enseignants pendant les séances d’initiation à la recherche documentaire. Tout à la fois professeurs et étudiants. Des sommes gigantesques sont investies dans ces ressources en ligne, et pourtant elles restent en marge, négligées ou critiquées.

De même, à quoi sert d’identifier un document si on ne peut pas l’emprunter, le consulter sur place, en ligne ou de chez soi ? Quel est l’intérêt de trouver un document remarquable, mais accessible uniquement à Lyon ? Nouvelle découverte, celle du prêt entre bibliothèques et la possibilité de faire venir à soi les documents qui existent ailleurs, autre service méconnu et sous-utilisé. Mais, là encore, une nouvelle attente s’impose.

Si les compétences en recherche documentaire se construisent, se forgent pas à pas et sans cycle d’apprentissage adapté à chaque cursus, tout un pan des outils et des ressources mis à disposition des étudiants est finalement dénigré.

Le tutorat documentaire et la formation des étudiants

Mes deux années de tutorat documentaire ont modifié profondément ma perception de la BU et de ses ressources. Elles m’ont permis d’appréhender avec un regard plus critique et distancié les représentations et les habitudes des « nouvelles générations  » d’étudiants et surtout de voir la concurrence d’un nouvel outil documentaire s’amplifier : Internet.

Les séances d’initiation à la recherche documentaire que j’ai animées débutaient en général par une visite de la bibliothèque. Lors des heures d’ouverture, j’ai essayé de passer rapidement dans les salles de lecture et de réserver les questions pour la salle de formation afin de ne pas perturber les étudiants qui se plaignaient à juste titre du bruit occasionné. Il est toujours assez difficile de se faire entendre et comprendre d’un groupe d’une trentaine d’étudiants, pas toujours disciplinés, sans déranger les autres. Par ailleurs, le niveau de connaissances préalables des étudiants est très disparate et certains conçoivent cette formation comme un temps de « vacances  », où ils n’ont rien à apprendre.

Au cours de cette initiation, j’ai développé les étapes de la recherche documentaire, de la définition du sujet à l’élaboration du plan en passant par la recherche et l’utilisation successives des encyclopédies, des manuels généraux, des ouvrages spécialisés et des bases de données pour les sujets plus pointus ou très poussés. Je me suis efforcée de leur inculquer qu’un étudiant doit être mobile et entrevoir les recherches comme une enquête ou une quête dans le monde de la connaissance où il ne faut pas brûler les étapes, mais au contraire savourer chaque découverte.

J’ai aussi insisté sur le fait que cette initiation ne se cantonne pas au fonctionnement de la seule BU de Nanterre. En effet, si les étudiants comprennent l’organisation de ses services, le maniement du catalogue et le système de cotation, ils pourront alors être efficaces et autonomes dans de nombreuses bibliothèques de France et d’Europe. Généralement, ces tentatives de donner une coloration pédagogique et universaliste à la formation ont été saluées par les enseignants présents, qui ont également profité du cours pour réviser ou plutôt apprendre l’utilisation de certains catalogues collectifs et ressources électroniques.

Les étudiants qui ont bénéficié de cette formation ont semblé agréablement surpris par les possibilités offertes par la BU qui leur paraissait, à l’ère d’Internet, au départ, poussiéreuse et surannée. De plus, ceux-ci n’ont pas hésité à venir ensuite nous voir dans les salles pour demander des conseils supplémentaires, la précision de certains points ou une aide pédagogique pour réussir leurs exposés. Un triptyque didactique écouté-reconnu-consulté a pu se mettre plus facilement en place.

Sur demande et sur rendez-vous, j’ai aussi pris en charge des séances individuelles. Le niveau des personnes qui m’ont sollicitée était très disparate, des étudiants de Deug aux professeurs, en passant par les étudiants en maîtrise, DEA ou doctorants. Preuve supplémentaire qu’il n’existe pas de seuil de connaissances, ni de diplômes qui dispensent de l’accompagnement dans la découverte d’un nouvel environnement documentaire et de ses spécificités. J’ai assisté les étudiants chercheurs dans leurs recherches pour leur mémoire en leur donnant des conseils et des méthodes de documentation. Même les doctorants et les maîtres de conférence rompus aux techniques de recherche sont repartis ravis, me disant qu’ils n’avaient pas perdu leur temps et qu’ils avaient fait de nombreuses découvertes.

Au niveau personnel, ces cours d’initiation ont été très formateurs et m’ont aidée à aborder les autres cours que j’ai assurés depuis avec un peu plus de sérénité puisque je m’étais déjà retrouvée face à une classe d’une trentaine d’étudiants. J’y ai assimilé les règles d’expression, d’élocution, de discipline et de maîtrise de soi. Les cours sont un théâtre où on lutte pour être écouté, entendu et compris.

Avec du recul, la mission des tuteurs documentaires me semble différente de celles des bibliothécaires, il faut apprendre aux étudiants à être autonomes, efficaces, à avoir les bons réflexes, à s’orienter sans problème, finalement à « se passer de nous  », tout en leur livrant des conseils pédagogiques, livresques, pratiques…

Transmettre non seulement un savoir documentaire mais aussi universitaire : telle est bien l’originalité et l’ambivalence de notre statut, plus étudiants que bibliothécaires. Nous ne pouvons résoudre les problèmes internes comme les blocages du dossier d’un lecteur, les livres abîmés, disparus, ou encore les problèmes de catalogage parce que nous n’avons pas les compétences, ni les clés (accès au système informatique interne, connaissance des responsables de chaque secteur…). En revanche, notre aide peut être utile aux étudiants dans la réalisation de leurs exposés, mémoires, résumés, biographies, revues de presse… en particulier lorsque cela concerne notre champ disciplinaire. Un soutien scolaire, documentaire et psychologique qui n’usurpe en aucune façon le travail des conservateurs, bibliothécaires, BAS…, mais le complète.

Enfin, aujourd’hui plus qu’hier, de nombreux étudiants considèrent la BU comme une simple bibliothèque de prêt. Ils réalisent la majeure partie de leurs recherches sur Internet, en particulier sur Google qui cultive l’illusion technologique que l’on trouve tout, sur tout et tout de suite. Même sans maîtriser trucs et astuces de la recherche sur le web : guillemets, opérateurs booléens, métamoteurs, signets, ils ont ainsi l’impression d’avoir à leur disposition la plus grande bibliothèque mondiale. Alors pourquoi se déplacer tandis que l’on dispose de toutes les informations de chez soi ? Les étudiants sont entrés dans un nouveau schéma cognitif, ils ne tournent plus autour des connaissances en se rendant physiquement d’un lieu à un autre, c’est tout le savoir virtuellement accessible qui gravite autour d’eux, à n’importe quelle heure du jour et de la nuit.

Apprendre aux étudiants à déambuler sans se perdre dans ce dédale des savoirs, à la fois physiquement et virtuellement, tel est selon moi l’objectif prioritaire que doivent se fixer les bibliothèques universitaires. À chaque cursus universitaire correspond une mission spécifique d’aide et de formation à la recherche, à chaque niveau d’études des paliers à gravir sur l’échelle de la complexité des ressources et outils documentaires.

L’avenir des BU contemporaines repose autant sur la médiation que sur la construction d’un véritable portail numérique accessible sur le campus et de chez soi. En effet, même avec d’excellentes politiques d’acquisitions d’ouvrages imprimés et de ressources électroniques, sans dispositif de formation et de communication efficace et adapté aux exigences de chaque cycle, les étudiants continueront à errer dans les labyrinthes des bibliothèques et de la pensée, et finiront parfois par s’en détourner.

Janvier 2006