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De l'initiation documentaire au projet

Une adaptation méthodologique au cursus Licence à l'université de La Rochelle

Philippe Pinçon

Christian Moreau

L’université de La Rochelle, de création récente (1993), comprend 420 enseignants-chercheurs et enseignants et 320 Iatos (personnel ingénieurs, administratifs, techniciens, ouvriers et de service). Elle accueille près de 7 000 étudiants.

L’offre de formation concerne les trois niveaux : licence, master et doctorat (LMD). Elle est proposée dans cinq domaines : « Sciences et technologie », « Lettres, langues, arts et sciences humaines », « Droit », « Gestion », « Environnement et espaces littoraux » (pour ce dernier domaine, la formation se fait en master uniquement).

La bibliothèque universitaire (6 200 m2) est le premier bâtiment que l’on rencontre en arrivant sur le campus ; les différentes composantes sont dispersées sur le site des Minimes, reliées par des parcours associant zones habitées, industrielles et commerçantes.

L’une des originalités de l’université de la Rochelle, pluridisciplinaire et innovante, est d’avoir mis en place une unité d’enseignement (UE) transversale intitulée « Méthodologie universitaire », qui repose sur les deux services communs que sont la bibliothèque universitaire (BU) et le service commun universitaire d’information et d’orientation (SCUIO).

La BU apporte tout son savoir-faire et ses compétences en ce qui concerne l’initiation à la méthodologie documentaire et, en complémentarité, le SCUIO contribue à la mise en œuvre du travail universitaire, au travers de l’élaboration d’un projet personnel, voire professionnel.

Dès son arrivée à l’université, nous apprenons à l’étudiant à mieux se connaître afin de devenir acteur de sa propre vie.

Historique du projet

Historiquement, cette UE est née de la rencontre de compétences com-plémentaires. Dès les débuts de l’université, la BU, sollicitée par l’UFR Flash (Faculté des lettres, arts et sciences humaines) a mis en place une unité de valeur (UV), qui avait pour seul objectif l’initiation à la recherche documentaire. En 1998, le SCUIO expérimente une autre UV : le « projet personnel, voire professionnel », adapté du modèle « lyonnais » impulsé par -Dominique Gilles 1. Cette UV se singularise assez rapidement en introduisant les idées développées par Alain Coulon 2 dans Le métier d’étudiant. Dès lors, les formateurs de la BU et du SCUIO s’aperçoivent que les concepts afférents au statut du métier d’étudiant, et particulièrement l’acquisition des allants de soi et l’affiliation, sont un point commun d’ancrage pour la recherche documentaire et le projet.

En 2000, nous proposons une UE commune et obligatoire pour les étudiants en sciences de la terre et ceux de la Flash. Cette ouverture à un nombre d’étudiants plus important (plus de 400) conduit les formateurs de la BU et du SCUIO à faire appel à des enseignants-chercheurs et enseignants volontaires. En conséquence, une équipe pédagogique, pluridisciplinaire et pluriculturelle était née.

En 2004, la mise en place de la réforme LMD a permis d’institutionnaliser cette formation sous la forme d’une UE transversale obligatoire pour tous les nouveaux arrivants à l’université.

Objectifs

La méthodologie universitaire, à la croisée des services communs de documentation et d’orientation, permet à l’équipe des formateurs, sous la tutelle des enseignants-chercheurs, d’envisager les objectifs suivants :

  • Identifier l’institution, ses valeurs et principes

À leur arrivée, nous attirons l’attention des étudiants sur ce qu’est l’institution universitaire : quelle est son histoire, quel est son avenir européen ; puis, nous leur expliquons ce qu’est un projet et les aidons à choisir un ou plusieurs thèmes.

  • S’affilier au monde universitaire, entre autres, par l’acquisition de méthodologies, notamment documentaire

Alors que l’affiliation institutionnelle passe par une connaissance de l’université, l’affiliation intellectuelle s’appuie d’abord sur la méthodologie documentaire. Cette double approche définit le statut de l’étudiant avec ses objectifs et ses obligations et permet une mise en application assez rapide.

  • Découvrir, reconnaître et s’approprier des allants de soi intellectuels, composants essentiels du monde universitaire

Après le choix d’un thème, l’étudiant prend conscience qu’il doit construire assez rapidement son projet. La recherche documentaire entamée, il va apprendre à écouter et à analyser les informations et donc intégrer petit à petit les codes dissimulés dans la pratique de l’enseignement supérieur. Comme le dit Alain Coulon, cet apprentissage se traduit par la capacité à « penser, classer et catégoriser  3 ».

  • Développer une attitude critique vis-à-vis des informations recueillies, puis développer petit à petit l’esprit critique

L’étudiant devenu acteur de sa propre vie acquiert de l’assurance et donc une attitude critique vis-à-vis aussi bien des outils utilisés que des idées et concepts, voire des formateurs .

  • Engager l’étudiant à adopter une démarche active face à son orientation, ce qui devrait faciliter des choix pertinents de sa part pour les années à venir

N’est-ce pas le rôle essentiel que nous devons avoir pour l’accompagner tout au long de sa formation ?

Enfin, cette UE offre l’occasion de donner un caractère moins académique, moins « distant », plus « humain » aux relations entre étudiants et formateurs.

L’organisation de la formation s’articule non seulement sur un enseignement classique, cours et séances de travaux dirigés, mais également sur l’obligation d’assister à au moins deux conférences et d’en rendre compte dans les annexes du rapport et d’effectuer au moins une interview concernant le thème choisi. Ils ont la possibilité, mais c’est facultatif, d’assister à des séances de tutorat d’aide à la documentation et à des ateliers de connaissance de soi.

Afin d’accréditer correctement cette UE, nous avons estimé la charge de travail-étudiant : elle nécessite 15 heures d’enseignement présentiel, 15 heures de travail de recherche documentaire et d’interview, et 25 heures de travail personnel, y compris la rédaction du rapport et la préparation de la présentation orale, soit un total de 55 heures de travail-étudiant donnant la possibilité d’acquérir deux crédits ECTS (European Credit Transfer System ou Système européen de transfert de crédits).

Évaluation

L’évaluation de la formation s’effectue sous la forme d’un questionnaire, dont les réponses sont saisies en ligne par les étudiants, sur l’enseignement d’une part et sur les formateurs d’autre part, l’objectif essentiel étant d’avoir un retour non seulement sur l’utilité de cette UE pour la formation universitaire, mais également sur la qualité des relations enseignant/enseigné.

En 2004-2005, pour la première fois, la mise en place de cette nouvelle UE de méthodologie universitaire s’est accompagnée d’un questionnaire d’évaluation des formateurs à remplir par tous les étudiants 4.

Évaluation de l’UE par les étudiants

Près de six étudiants sur dix se déclarent satisfaits de l’UE, c’est-à-dire que l’affiliation intellectuelle a bien eu lieu. Une analyse plus fine montre que cette UE leur a permis de donner un sens à leurs études et conforter leur choix de poursuite d’étude à l’université.

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Évaluation de l’UE (1/2)

Huit étudiants sur dix sont satisfaits de l’apprentissage à la BU.

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Évaluation de l’UE (2/2)

Ils ne le sont pas tous pour les mêmes raisons et l’analyse permet de distinguer deux visions de l’université : l’UE est vécue d’un point de vue plus « utilitariste », elle est liée à l’acquisition de méthodes documentaires et à l’usage des espaces. L’autre vision est liée à l’idée que le métier d’étudiant est associé à « l’affiliation intellectuelle », à une vision du savoir et à son acquisition.

Évaluation des formateurs par les étudiants

Elle fait apparaître un taux de satisfaction élevé (sept étudiants sur dix). Les questions permettent d’affiner le rapport formateur/formé en termes d’indices de satisfaction/insatisfaction. Les insatisfaits reprochent essentiellement un caractère trop scolaire ou encore le fait que le formateur colle trop au livret.

L’étudiant satisfait apprécie le formateur qui s’implique, l’écoute, sait susciter son intérêt et entretenir sa curiosité.

La culture de l’évaluation tant de l’étudiant par le formateur que celle de l’UE et des formateurs par l’étudiant fait partie intégrante de l’apprentissage du métier d’étudiant et de l’affiliation au monde universitaire.

Conclusion

Si oser rêver sa vie pour pouvoir vivre ses rêves nécessite de tirer leçon du réel, d’être pragmatique, cette unité d’enseignement a pour vocation de partager avec les étudiants le plaisir d’être universitaire. Et si d’aventure ils y prenaient goût ?

Former des citoyens engagés professionnellement et humainement dans notre société, n’est-ce pas un enjeu capital de l’espace européen de demain ?

Des éléments de réponse à ces questions apparaissent nécessairement si la formation va bien de la recherche documentaire à la construction de projet. Une suite logique à ce cursus serait une nouvelle unité d’enseignement : De la réalisation du projet de formation à l’insertion professionnelle.

Septembre 2005

  1.  (retour)↑  Cet article a été écrit avec la collaboration de Jocelyne Colleoni, bibliothécaire adjointe spécialisée à la bibliothèque universitaire et Pierre-Olivier Wessels, conseiller d’orientation psychologue au SCUIO.
  2.  (retour)↑  Cet article a été écrit avec la collaboration de Jocelyne Colleoni, bibliothécaire adjointe spécialisée à la bibliothèque universitaire et Pierre-Olivier Wessels, conseiller d’orientation psychologue au SCUIO.
  3.  (retour)↑  Dominique Gilles, Josette Saulnier-Cazals et Marie-José Vuillermet-Cortot, Socrate, le retour…pour accompagner la réussite universitaire et professionnelle des étudiants, Sainte-Foy (Québec), Éditions Septembre, 1994.
  4.  (retour)↑  Alain Coulon, Le métier d’étudiant : l’entrée dans la vie universitaire, PUF, 1997 (réédité en 2005 chez Economica).Alain Coulon considère le métier d’étudiant comme un véritable métier, qui s’apprend au travers de l’affiliation au monde universitaire.
  5.  (retour)↑  Alain Coulon, « Penser, classer et catégoriser : l’efficacité de l’enseignement de méthodologie documentaire à l’université », Espace universitaire, no 15, oct. 1996, disponible en ligne :http://www.ccr.jussieu.fr/urfist/coulon.htm
  6.  (retour)↑  Pour plus de détails, voir à l’adresse suivante :http://www.univ-lr.fr/siteppp