entête
entête

Laurence Santantonios

Tant qu'il y aura des livres

essai

Paris : Bartillat, 2005. – 240 p. ; 20 cm.
ISBN 2-84100-339-6 : 18 €

par Thierry Ermakoff

Ainsi va la vie de l’édition. Quel que soit l’ouvrage qui nous tombe sous la main, nous ne nous lassons pas de lire et relire les aventures de nos héros : la librairie (indépendante), l’édition (de création), la bibliothèque. Nous percevons bien qu’ils sont malmenés, nous ne sommes pas certains qu’ils survivront à la fin de l’histoire. Mais les accompagner un bout de chemin reste un plaisir d’initié.

L’éphémère et le durable

À cet égard, le livre de Laurence Santantonios cumule les avantages, sans éviter certains inconvénients. Il est divisé en deux parties : l’éphémère et le durable, et ces deux parties en elles-mêmes sont l’illustration de la contradiction dans laquelle se débat l’édition : d’une part un métier de la nouveauté, avec ses 52 231 titres pour l’année 2004, ses livres pilonnés dont on ne connaît le nombre que par recoupement (et que Laurence Santantonios évalue à 104 millions de volumes par an) ; une concentration éditoriale de plus en plus accélérée, soumise à la loi de la distribution ; et un circuit parallèle (soldeurs). Et, d’autre part, les foyers de création, ou, comme dit Laurence Santantonios, de résistance, où de petits éditeurs (Viviane Hamy, Le Dilettante, Cheyne) atteignent pour certains titres des records de vente, où de bonnes bibliothèques ont de vraies politiques d’acquisition, où de vraies librairies promeuvent des coups de cœur grâce à de jolies étiquettes, et où de vrais écrivains (ceux dont Malraux disait : « Il y a des écrivains qui appartiennent à la littérature, et ceux qui appartiennent à l’histoire de la littérature », pour citer Hugues Pradier, directeur de la « Pléiade ») écrivent avec leur jus de cerveau.

Tout, ou presque, y est, dans cet ouvrage : la chaîne du livre en son entier, l’analyse, les chiffres pour la conforter, les propos pertinents de François Taillandier, ceux de Christian Thorel, la foi de l’auteur dont on sent bien de quel côté penche le cœur. On reconnaît Calligrammes, Georges Perros, Le Temps qu’il fait, Emmanuel Bove. On est entre amis. On est bien, rien de grave ne peut nous arriver.

L’optimisme de la volonté

Il manque deux chapitres à ce livre : un sur la critique, et surtout sur la critique ascenseur, et un autre sur le devenir des médias prescripteurs, et, particulièrement, sur la presse écrite, dont on connaît les bouleversements, qui ne sont pas sans conséquences (comme, par exemple la publicité du livre à la télévision) sur la diffusion, la vente et l’existence même d’une édition de qualité.

Et en refermant ce volume, il nous reste une sensation étrange : comme s’il lui manquait le sentiment d’une urgence ; ou, plus exactement, l’ouvrage porte en lui un optimisme de la volonté, plus que le pessimisme de la raison, qui fait, par exemple, que la concentration (de l’édition) est traitée dans la première partie (« l’éphémère »), alors que tout indique que c’est loin d’être le cas : à preuve, par exemple, le rachat des Librairies du savoir (Privat) par Bertelsmann.

Les modifications des structures éditoriales, des librairies pendant ces cinq dernières années ont été telles que l’inquiétude peut être fondée. Et si nous savons bien combien le rôle et l’implication des bibliothèques (« salvatrices bibliothèques ») sont indispensables, nous savons aussi combien ils sont insuffisants.