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Éditorial

Anne-Marie Bertrand

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« En ce début d’année 2005, j’ai fait un vœu. Le catalogage et l’indexation prennent leur place au musée de la bibliothéconomie. » Ainsi commençait l’année 2005 sur biblio-fr.

Le catalogage au musée – les catalogues et les catalogueurs aussi ? Plus qu’une muséification, une patrimonialisation, de ces techniques, on constate plutôt une mutation fondamentale, une transfiguration, grâce aux nouveaux outils disponibles aujourd’hui.

Les nouveaux outils et la nouvelle logique : la normalisation et le réseau comme outils mais aussi comme culture. La « bibliothécarisation » du monde (la « googlisation » du monde ?) a largement répandu les pratiques de recherche documentaire sans diffuser aussi largement les compétences informationnelles. La recherche en langage naturel, en texte intégral, est devenue le modèle incontournable de la recherche. Quelle place alors pour les catalogues ?

Formats, normes, métalangage, métaformat, schémas, enrichissement, récupération, étiquettes, zones, indicateurs, paramétrage, convertisseurs, interopérabilité : tout cet appareillage, très évolutif, produit surtout de l’information secondaire. Or, de plus en plus, les usagers d’information cherchent des documents primaires. Le texte de l’article (de la thèse, de l’encyclopédie, de l’annuaire, du rapport, etc.) et non le signalement de l’article. Accéder vs indexer. Ce déphasage radical entre l’attente des uns et la technicité des autres est-il un problème insoluble ?

Le catalogue est-il condamné à avoir « un caractère quelque peu fruste si ce n’est antédiluvien » (Fabrice Papy), à être un « outil primitif », un « grand dadais » (Dominique Lahary) ? Va-t-on, enfin, inventer le catalogue pertinent, souple, riche, enrichi qu’on nous annonce depuis longtemps ? Ou va-t-on, radicalement, se passer de catalogue ?

Annoncé depuis longtemps ? Pas si on juge à l’aune des deux siècles qui nous séparent de l’abbé Grégoire et de son souci de faire dresser le catalogue général de toutes les possessions placées sous la main de la Nation, pour « savoir ce que nous avons avant de savoir ce que nous garderons ». Car, après tout, le catalogue sert aussi à ordonnancer les collections, classer, acquérir, éliminer. Est-ce que ce ne serait pas là l’ambiguïté du catalogue, aujourd’hui : d’être à la fois outil de stockage (de gestion de la collection) et outil de signalement ?

  1.  (retour)↑  Au moment de boucler ce numéro, nous apprenons avec tristesse la mort de Martine Darrobers, qui fut rédactrice en chef du BBF de 1982 à 1989.
    Sous sa responsabilité, le Bulletin a considérablement évolué, organe de liaison se muant en revue professionnelle. Son intelligence, son exigence, sa curiosité d’esprit ont largement contribué à faire du BBF la revue de qualité qu'il est aujourd’hui. Nous lui devons beaucoup.