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Quelles manifestations culturelles pour les publics handicapés ?

Aline Le Seven

La bibliothèque de l’Alcazar à Marseille, ouverte depuis mars 2004 et dotée d’un service spécifique pour les publics handicapés, accueillait le 8 octobre 2004 une rencontre professionnelle intitulée « Bibliothèques : quelles manifestations culturelles pour les publics handicapés ? ».

Cette journée était proposée par la Bibliothèque publique d’information (BPI) et la Direction du livre et de la lecture, avec le concours de la ville de Marseille et le soutien de l’Agence régionale du livre Provence-Alpes-Côte d’Azur. Elle faisait suite aux journées d’étude organisées à la Bibliothèque municipale de Montpellier en décembre 2001 et à la Médiathèque de l’agglomération troyenne en juin 2003 sur l’accessibilité des bibliothèques aux personnes handicapées.

L’objectif était d’aborder, à travers la relation d’expériences précises menées dans le domaine des handicaps visuel, auditif et mental, la question de la participation des publics handicapés aux animations mises en place par les bibliothèques publiques. Les interventions étaient traduites en langue des signes.

Marc-André Wagner, directeur adjoint du livre et de la lecture, après avoir rappelé que l’année 2003 avait été proclamée année européenne des personnes handicapées, a présenté les deux axes forts du ministère (architecture et accueil, accessibilité des collections) et les différentes mesures destinées à les accompagner (production d’ouvrages adaptés, amélioration de leur diffusion, soutien au développement de lieux d’accueil spécifiques, comme à Montpellier, Toulouse, Bordeaux, Marseille). Il a été assigné à la BPI en ce domaine une mission de recherche. Le ministère de la Culture et de la Communication a élaboré une « Charte d’accueil des personnes handicapées dans les établissements culturels  1 », guide pratique qui rappelle les différents principes d’accessibilité à l’art et la culture et formule des recommandations pour leur application.

François Larbre, directeur des bibliothèques de Marseille, a expliqué comment la volonté d’adapter les différents services de la bibliothèque de l’Alcazar à tous les types de handicap dans l’ensemble du bâtiment a entraîné l’obligation d’aller au-delà des normes préconisées, avec l’aide d’une architecte spécialisée.

Des expositions qui utilisent l’ensemble des possibilités sensorielles

Hoëlle Corvest (Cité des sciences et de l’industrie de la Villette) apporta diverses pistes pour proposer en bibliothèque des expositions qui utilisent l’ensemble des possibilités sensorielles, dans le contexte de la prégnance toute visuelle du XXIe siècle : petites expositions itinérantes conçues par la Cité des sciences, choix de thèmes qui intéressent les personnes handicapées… et les autres.

Faire jouer les différents registres sensoriels, mettre sur pied une muséographie nouvelle axée sur la plurisensorialité, telle est la démarche de Françoise Reynette, de l’association Artesens  2, dont le but est d’offrir un éveil à l’art par le biais des sens avec des expositions s’adressant simultanément à tout public, enfants, adultes, voyants et non-voyants : c’est le cas en particulier de la nouvelle exposition Touches et notes de lumière, créée avec la participation d’Aurore Berthout, plasticienne et poète aveugle.

Les ateliers d’art plastique destinés à des enfants et des adolescents à acuité visuelle réduite, menés par l’institut Arc-en-Ciel et présentés par Brigitte Dupuis, ont permis un réel cheminement vers l’abstraction, une forte valorisation grâce à des participations à des manifestations artistiques et, pour certains, la découverte d’une réelle aptitude à peindre.

Les enjeux de l’écoute musicale et du handicap mental furent ensuite abordés par Gael Payet. Conseiller pédagogique au sein de l’association MESH  3 (Musique et éveil culturel pour les personnes en situation de handicap), il joue le rôle de relais entre les familles et les différentes écoles de musique membres du réseau fédéré au sein du projet pilote « Musique et handicap en Val-d’Oise », initié depuis trois ans. Il a souligné les caractéristiques de l’écoute de la personne handicapée mentale, en particulier sa difficulté à traduire une demande en terme d’écoute musicale. Aller à la discothèque de prêt est pour elle une démarche importante d’intégration citoyenne, et également un enjeu pour le personnel de la discothèque : la rencontre avec des personnes différentes nécessite un réel projet d’écoute, surtout pour inscrire celui-ci dans la durée.

L’accès des personnes sourdes à l’information fut illustré par la présentation du dispositif Websourd  4. Le collectif, regroupé en société coopérative d’intérêt collectif, a cherché à générer des ressources financières afin de gérer un portail bilingue traduit en langue des signes. La mairie de Toulouse a mis en place ce système qui favorise les démarches administratives grâce à leur traduction en langue des signes.

Un service destiné aux personnes déficientes visuelles

L’équipe du service Lire autrement  5 de la bibliothèque de l’Alcazar a proposé la visite de cet espace, qui s’adresse à tous les publics, mais en priorité aux personnes déficientes visuelles. Il propose trois cabines équipées pour consulter les catalogues et Internet, une machine à lire, une bibliothèque sonore avec un fonds d’environ 1 800 textes lus sur CD et cassettes audio et un centre de documentation sur le handicap. Cette visite a été complétée par l’intervention de Claude Massit-Pena, bibliothécaire responsable du service, qui présenta l’équipe et les actions de Lire autrement, ainsi que les problématiques actuelles du service.

Une interprétation de La Marseillaise en langue des signes par les choristes Chérif Blein et Frédéric Paris, résultat d’un atelier pour jeunes sourds et prévue pour l’inauguration de la bibliothèque de l’Alcazar, a conclu de manière émouvante l’ensemble des interventions de la journée.

Quelques idées-forces ont émergé des débats : la prise en compte des spécificités des difficultés des personnes handicapées enrichit les différentes approches, qu’il s’agisse de faire redécouvrir aux voyants le plaisir de toucher, de rendre un ensemble de services plus confortable à la communauté des usagers, de choisir des thèmes qui intéressent les personnes handicapées comme l’ensemble des publics.

La nécessité de l’embauche de personnes handicapées a été fortement soulignée, comme celle de la formation des personnels.

Enfin, le travail nécessaire en réseau a été particulièrement mis en exergue, afin que les différentes initiatives puissent atteindre les publics auxquels elles sont destinées.