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L'intégration européenne

Le 33e congrès de Liber

Élisabeth Lemau

La 33e conférence générale annuelle de la Ligue des bibliothèques européennes de recherche (Liber) a eu lieu à la Bibliothèque nationale de Russie à Saint-Pétersbourg du 29 juin au 2 juillet 2004. 205 participants de tous les pays de l’Europe, ainsi que des États-Unis et du Canada, étaient présents pour écouter des présentations  1 faites par 38 collègues. Le thème en était « L’intégration européenne : partenariats nouveaux au-delà des frontières anciennes » : une conférence très dense où de nombreux sujets furent abordés.

Comme chaque année, le congrès a été précédé d’une pré-conférence organisée cette fois par Sparc Europe. Les intervenants ont fait le point sur l’avancement du libre accès à l’information scientifique et technique en Europe.

La conférence générale a commencé par une introduction sur l’importance de l’information pour tous, particulièrement en l’Europe du 3e millénaire. Six sessions différentes se sont succédé sur des thématiques telles que l’intégration de services de recherche et d’enseignement dans les bibliothèques, les collaborations indispensables pour la mise en place de l’open access, la sauvegarde de l’héritage culturel européen, la gestion et le coût des collections papier versus numérique, les partenariats entre les bibliothèques et les archives, les bibliothèques et le droit.

La formation des utilisateurs

En ce qui concerne la place de la formation des utilisateurs, les bibliothécaires et les professionnels de l’information ont été, depuis 1970, les ardents défenseurs de cette mission et ont mis en place des cours et des programmes pour l’accomplir. Nous avons pu voir comment trois institutions différentes d’Estonie, de Finlande et de Belgique abordent cette question, particulièrement dans le nouveau contexte du numérique et des cours en ligne. Les trois interventions ont souligné l’importance du partenariat entre les bibliothécaires et les enseignants.

Anne-Kaarina Kariamo montra comment les enseignants de l’Université technologique d’Helsinki ont construit leurs cours en ligne pour les différents niveaux d’enseignement, de façon collective, avec des modules d’enseignement à distance sur le web.

À l’Université libre de Louvain, une enquête a été lancée par le Conseil consultatif pour la bibliothèque et l’éducation, auprès de 126 personnes, sur les relations entre l’enseignement et la bibliothèque numérique. L’enquête a permis d’aboutir à plusieurs recommandations :

– établir une division claire mais dynamique des tâches entre les bibliothécaires et les enseignants ;

– intégrer l’environnement électronique ;

– produire ou acquérir des outils d’enseignement modulaires et intégrés ;

– introduire des parcours individuels dans les cursus pour le développement de la formation à l’information.

De la même façon que la plupart des bibliothèques traditionnelles sont devenues des centres d’étude naturels, la bibliothèque numérique doit se développer dans un environnement où les directeurs, les enseignants et les bibliothécaires travaillent ensemble à offrir des ressources numériques et des services diversifiés, et à orienter les utilisateurs à l’intérieur et à l’extérieur des campus.

La sauvegarde du patrimoine culturel européen

Dans la session consacrée à la sauvegarde du patrimoine culturel européen, deux expériences ont été décrites, celle de la Bibliothèque royale conjointement avec la Bibliothèque universitaire d’Arhus au Danemark et celle des Archives nationales des Pays-Bas.

Au Danemark, le ministère de la Culture a entamé en 2002 une réflexion sur la sauvegarde du patrimoine culturel national dans les archives, les musées et les bibliothèques, sous deux formes : le patrimoine matériel et le patrimoine numérique. Pour la Bibliothèque royale et la Bibliothèque universitaire d’Arhus, l’exposé a porté principalement sur les recommandations concernant la sauvegarde du matériel numérique (dont Internet) ainsi que du matériel audiovisuel et télévisuel. Ce groupe de travail a recommandé une combinaison de trois méthodes de moissonnage pour Internet. Pour les programmes nationaux de radio et de télévision, leur cession à titre de dépôt a été recommandée, conjointement avec la révision de la loi sur le dépôt légal.

La gestion des collections à long terme

La gestion d’une collection à long terme et l’analyse économique des coûts comparés de stockage des périodiques électroniques et imprimés ont été présentées au travers de trois expériences : celles de l’Université de Princeton et de l’Université de Harvard aux États-Unis, celle de la Bibliothèque royale de La Haye aux Pays-Bas.

Eileen Fenton a exposé les résultats d’une enquête réalisée dans 11 bibliothèques universitaires américaines – de taille, de tutelle et de niveau d’intégration des ressources électroniques différents – sur les coûts hors souscription (coûts de personnel, de reliure, dépenses en capital pour l’espace de conservation) des périodiques imprimés et électroniques, en vue d’aider à la décision dans le processus de transition vers le format électronique. Ont été collectées les données relatives aux coûts de sélection, d’acquisition, de catalogage et de mise à disposition. L’analyse a démontré que les coûts sur un cycle de vie, y compris la préservation et le maintien des possibilités d’accès à long terme, sont substantiellement inférieurs dans le cas du format électronique.

La transition vers le format électronique permet probablement une baisse des coûts hors souscription et donc des engagements financiers à long terme des bibliothèques. D’un autre côté, on ne prend en compte aujourd’hui, dans la sphère électronique, aucun coût lié à l’archivage à long terme du contenu des périodiques car il n’existe pas encore de solution d’archivage en place de ces documents.

Dans le même domaine de la conservation des données électroniques, Stephen Chapman (Bibliothèque de Harvard) a comparé les coûts de stockage des imprimés et des matériaux photographiques du dépôt de Harvard avec ceux du stockage numérique d’OCLC. Il a souligné qu’il n’existe pas de solution unique, que les coûts ne sont pas figés et dépendent de nombreux facteurs et que les technologies continuent à évoluer.

Erik Oltmans, directeur du e-dépôt de la Bibliothèque nationale des Pays-Bas, a présenté deux stratégies de conservation électronique, la migration et l’émulation, qui ont des cycles de vie et des modèles économiques différents. L’émulation, qui nécessite des investissements initiaux élevés et qui s’applique aux très grandes collections, est, selon lui, plus rentable à long terme.

Varia

Le rapprochement entre les bibliothèques et les archives a été présenté dans le cadre de trois expériences nationales au Pays de Galles, au Canada et en Suède. Au Canada, les deux institutions ont fusionné en 2004, au terme d’un processus qui a duré deux ans. Ingrid Parent a présenté les raisons, les faits les plus marquants et les défis de cette fusion qui satisfait les besoins des chercheurs et du public.

Sur le thème des bibliothèques et du droit, les interventions ont montré que les bibliothèques sont confrontées à de nombreux problèmes légaux pour le développement des collections, l’accès à l’information, la mise en place de la directive européenne sur le copyright. Isabelle Giannattasio (Bibliothèque nationale de France) estime que les problèmes légaux n’ont pas été transformés par l’arrivée du numérique, mais qu’ils ne peuvent plus être ignorés. Ulf Göranson (Bibliothèque universitaire d’Uppsala en Suède), avocat devenu bibliothécaire, conseille aux bibliothécaires de se renseigner auprès des professionnels du droit pour ne pas faire d’erreurs coûteuses, avec le développement du numérique et les négociations nécessaires avec les fournisseurs. Le rassemblement des bibliothèques en consortiums, dans de nombreux pays, présente des difficultés relatives au droit privé et au droit public, comme le droit d’auteur ou le rôle des bibliothèques face au droit constitutionnel sur la liberté d’expression et d’information.

La conférence s’est terminée par la session locale consacrée à la situation des bibliothèques de Russie, avant la tenue de l’assemblée générale annuelle de Liber. Plusieurs programmes de visites des bibliothèques de Saint-Pétersbourg ont été proposés aux participants.

La 33e conférence générale de Liber a permis des échanges nombreux et fructueux entre les participants dans le cadre magnifique de la ville de Saint-Pétersbourg.

  1.  (retour)↑  Les présentations PowerPoint de la plupart des interventions sont disponibles sur le site de l’Enssib.