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23e congrès de l'Association internationale des bibliothèques juridiques

Thierry Boucher

Fondée en 1959, l’International Association of Law Libraries (IALL) 1 comprend actuellement plus de 600 membres répartis dans plus de 50 pays sur cinq continents. Elle regroupe, dans un but de coopération non commerciale, des bibliothèques universitaires de toutes tailles, des bibliothèques nationales, des bibliothèques parlementaires, des bibliothèques ou des centres de documentation de ministères, de tribunaux ou d’entreprises du secteur privé. Toute personne physique ou morale intéressée par l’acquisition et l’utilisation de l’information juridique émanant d’autres instances que celles de son pays d’origine peut y adhérer.

L’IALL a tenu son 23e congrès du 15 au 19 août 2004 à Helsinki (Finlande) et Tallinn (Estonie). Une centaine de participants, de 25 nationalités différentes, a suivi les travaux et les visites.

Une attente linguistique, juridique et documentaire

On constate une attente linguistique, émanant de pays francophones comme le Canada et la Suisse, mais aussi de pays culturellement proches de la France et du français, à l’instar du Brésil ou de l’Italie. La domination exclusive de l’anglais, pour pratique qu’elle soit, n’est pas toujours bien vécue. Nombre de collègues allemands ou scandinaves, tout en maîtrisant parfaitement la première langue internationale, se montrent capables et désireux de s’exprimer en français. Quant aux collègues suisses, ils ont manifesté le souhait de voir les bibliothèques françaises, au moins celles des régions frontalières, participer aux congrès organisés régulièrement dans la Confédération, afin d’y renforcer la présence francophone. En effet, ils ressentent avec amertume le poids des bibliothèques germanophones, y compris lorsque ces manifestations se déroulent en Suisse romande.

On observe également une attente juridique et documentaire. Le droit français, qui a influencé plusieurs pays, continue d’être vu comme une source de réflexion possible, voire souhaitable. Établir un contact avec une bibliothèque juridique française a semblé rassurer non seulement les bibliothécaires ou fonctionnaires originaires de pays francophones ou de droit latin, mais aussi les participants anglo-saxons, qu’ils viennent du Royaume-Uni, des État-Unis ou d’Australie, pour qui notre système juridique, avec lequel ils sont peu familiarisés, présente un réel intérêt. Il convient de remarquer que, dans nombre de pays, et notamment aux États-Unis, les budgets d’acquisition tendent à diminuer. Il devient de plus en plus difficile de couvrir par les achats les besoins en documentation juridique étrangère. Des contacts directs avec des collègues étrangers permettent ainsi non seulement de répondre à certaines questions complexes pour un étranger mais aussi d’échanger gracieusement de la documentation.

Des conférences très spécialisées

Le programme de ce 23e congrès était organisé autour de deux thèmes : « La protection de l’environnement : un défi par-delà les frontières », « Questions juridiques et ressources documentaires en Finlande et en Estonie ».

Une série de conférences très spécialisées a été donnée sur le droit de l’environnement. La haute tenue scientifique de ces présentations correspond aux pratiques professionnelles en vigueur dans beaucoup de bibliothèques juridiques étrangères où, contrairement à d’autres disciplines, les bibliothécaires ont très souvent un diplôme en droit et, pour certains, enseignent à l’université. La présentation de l’état du droit sur des questions précises et concrètes (protection des Pôles, droit maritime) s’est accompagnée de réflexions plus larges (comment le droit peut-il appréhender le futur ? À qui appartient la biodiversité ?).

L’autre série de conférences, complétée par la visite des parlements des deux pays d’accueil, nous a permis de nous familiariser avec les systèmes juridiques finlandais et estonien. Ce fut l’occasion de découvrir une conception de la démocratie et de la transparence politique extrêmement stimulante, hier comme aujourd’hui, notamment en Finlande (droit de vote et éligibilité des femmes au Parlement dès 1906, possibilité de savoir par téléphone ce qu’a voté un député sur un projet de loi).

Ce fut aussi l’occasion de découvrir les efforts que doivent produire des pays à la population peu nombreuse parlant une langue peu usitée pour continuer d’exister culturellement au sein de l’Union européenne. Outre la traduction systématique de la réglementation européenne en finnois et en estonien, la Finlande 2 et l’Estonie 3 traduisent en anglais une partie de leur législation et la rendent accessible en ligne afin de faire connaître leur système juridique. Un remarquable exposé de la directrice de l’Estonian Legal Language Centre a permis de comprendre toutes les difficultés d’une telle entreprise et d’apprécier la rigueur avec laquelle elle est menée (des comparaisons en allemand et en français sont ainsi réalisées chaque fois que cela est possible – faute de compétences linguistiques suffisantes notamment en français – dans le but d’éviter les contresens lors de la traduction des concepts juridiques estoniens en anglais).

Il faut aussi souligner combien nous avons été impressionnés par le jeune âge des intervenants estoniens. En effet, la fin de l’occupation soviétique a été suivie d’un large renouvellement des élites dans ce pays (la moitié des juges exerce depuis moins de dix ans), propulsant à des postes importants de responsabilité de jeunes fonctionnaires dynamiques, parfaitement anglophones et totalement ouverts à l’Europe. En revanche, une part importante des avocats les plus compétents s’est expatriée pour travailler auprès des instances communautaires, au service de la défense de leur culture.

Plusieurs visites étaient également inscrites au programme, notamment de bibliothèques. Outre les bibliothèques nationales des deux pays hôtes, nous avons pu découvrir plusieurs bibliothèques juridiques finlandaises : bibliothèques du Parlement, de la Cour suprême et d’un cabinet d’avocats.

Le prochain congrès est prévu à Florence pour l’été 2005.