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Conserver, valoriser la presse régionale

Isabelle Duquenne

Organisée le 7 mai 2004 par la médiathèque de Roubaix et la direction régionale des affaires culturelles (Drac) du Nord-Pas-de-Calais à l’occasion de l’exposition « Un siècle de presse roubaisienne (1829-1914) », la journée d’étude « Conserver, valoriser la presse régionale » proposait un programme dense, qui, des usages de la presse historique aux expériences françaises et étrangères de sauvegarde et de valorisation, en passant par la coopération entre bibliothèques pour une conservation partagée des périodiques, réunissait un large public de professionnels soucieux de préserver un patrimoine fragile tout en répondant aux besoins d’un lectorat exigeant.

Le saut technologique

La presse, outil de recherche remarquable pour les historiens, est aussi un captivant objet d’histoire 1 qui suscite à la fois l’engouement des chercheurs et des curieux. La fragilité du papier ancien ou moderne, les dimensions des périodiques, les conditions matérielles de rangement en magasin, les manipulations répétées mettent ces collections en péril. Longtemps, les bibliothèques ont considéré le microfilm comme le support de conservation et de consultation par excellence. Les perspectives ouvertes par la numérisation posent la question de l’accessibilité d’une manière renouvelée. Une phase intermédiaire, marquée par la prudence et l’attente, a vu la coexistence du microfilm de conservation et de l’image numérique document de substitution, avec tous les coûts induits par cette pratique.

Jean-Marie Arnoult, inspecteur des bibliothèques, a suscité d’emblée le débat en prônant le « saut technologique », c’est-à-dire le transfert de support directement au format numérique. La numérisation apporte la maîtrise du processus (pas de dégradation de la couleur comme pour les diapositives) et offre des déclinaisons pour les usagers (zoom, indexation, impression). Face à cette évolution technologique et à la stratégie des fabricants qui se retirent d’un secteur de moins en moins rentable (fabrication, conservation, entretien des appareils de lecture), le microfilm serait en voie d’extinction programmée.

Reconnaissant l’apport de la numérisation, Isabelle Rollet (Bibliothèque nationale de France) rappela que la question du support n’était pas encore tranchée, citant à l’appui les choix des collègues finnois ou anglo-saxons (microfilm en 35 mm comme base d’une numérisation ultérieure). « Point de vue de pays riches », selon Jean-Marie Arnoult qui replaça le débat sur le plan économique en rappelant que le microfilm est une étape onéreuse.

Les programmes régionaux

Un tour de table des programmes menés en région – opérations patrimoniales ou conservation partagée des périodiques – a permis d’en détailler les enjeux et les étapes. Des financements croisés (Drac, collectivités territoriales) et des partenaires engagés sur un objectif commun sont un gage de réussite 2. Une structure de coopération est utile pour la phase de repérage des collections, de définition des priorités et la mise en synergie des partenaires.

En 1997, Bernard Coisy (Médiathèque de Lorient) se lance dans un projet de sauvegarde et de valorisation de périodiques anciens avec trois établissements régionaux. Un microfilm de conservation sert à l’établissement d’un support de consultation numérique. Le logiciel de visualisation des images offre des accès titre, date et numéro de page, mais les attentes du public se portent également sur l’indexation aux noms de lieux et de personnes. L’enrichissement des accès – c’est tout l’intérêt de la numérisation – reste le point à développer.

Les plans de conservation partagée (base Hermine en Bretagne, projet du Sicod 3 en Aquitaine ou de l’Accolad 4 en Franche-Comté) partent de principes simples : résoudre des problèmes de gestion interne (stockage, coûts de maintenance), valoriser les collections des centres spécialisés et rendre un meilleur service au public. Comme le souligne Annick Coisy (Service commun de la documentation de Bretagne Sud), la conservation partagée a débouché sur une politique d’élimination et d’acquisition concertée, mais elle regrette que « la conservation de la presse moderne ne soit pas la priorité des financeurs, même si certains titres constituent le patrimoine de demain ».

Le « tout numérique » représente une révolution culturelle pour les bibliothèques. Le Pape (Plan d’action pour le patrimoine écrit) 5 lancé fin 2003 vient à point nommé pour assister les bibliothèques dans leurs campagnes de sauvegarde et de valorisation de la presse régionale. La réalisation de ces projets ambitieux présuppose des choix politiques, économiques, d’organisation et de formation des personnels qui ne sont pas du seul ressort des bibliothèques, mais qui relèvent également de l’État et des collectivités territoriales.

  1.  (retour)↑  Jean-Paul Visse, La presse du Nord et du Pas-de-Calais au temps de l’Écho du Nord (1819-1944), Villeneuve-d’Ascq : Presses universitaires du Septentrion, 2004.
  2.  (retour)↑  Jean-Paul Visse, journaliste et maître de conférences à l’Université catholique de Lille, a émis l’idée d’une collaboration entre journaux et bibliothèques, ce qui ouvre un intéressant débat sur les projets public/privé.
  3.  (retour)↑  Service interétablissements de coopération documentaire des universités de Bordeaux.
  4.  (retour)↑  Association comtoise pour la lecture, l’audiovisuel et la documentation.
  5.  (retour)↑  Voir dans ce numéro l’article de Gérard Cohen et Michel Yvon (Ndlr).