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Les fonds anciens de la Bibliothèque universitaire de Nantes

Des ambitions conçues à l'aune du réalisme

Claire Voisin-Thiberge

Refondée en 1961, l’Université de Nantes est une jeune université et l’on imagine mal au premier abord comment sa bibliothèque pourrait détenir des fonds anciens. De plus, la Bibliothèque universitaire de Nantes a été plus souvent montrée du doigt pour ses fonds lacunaires que citée pour l’intérêt de ses collections. Les fonds anciens nantais sont mal connus quand ils ne sont pas tout simplement ignorés. Même certains ouvrages sur la conservation qui font autorité et citent des fonds contenant 5 000 volumes, ne mentionnent pas les 15 000 à 16 000 volumes de Nantes, auxquels il convient d’ajouter les périodiques. L’on peut certainement trouver plusieurs raisons à cette situation et tout d’abord le fait que les priorités étaient ailleurs.

Pourtant, si l’université est jeune, elle n’en a pas moins une histoire, et c’est de cette histoire que proviennent les fonds anciens, en particulier celui de la section Santé, le plus important d’entre eux, tant en volume qu’en qualité.

Le contenu des fonds

Deux sections de la bibliothèque universitaire conservent des ouvrages anciens, les sections Sciences et Santé.

La section Sciences conserve environ cinq cent trente volumes, dont le tiers est formé d’ouvrages de botanique, auxquels il faut ajouter environ une centaine de fascicules de périodiques. Seule l’origine des ouvrages de botanique est bien établie, puisqu’ils portent pour la plupart la marque du laboratoire d’écophytologie de la faculté des sciences de Nantes.

Les fonds de la section Santé remontent pratiquement aux origines de l’École de médecine et de pharmacie de Nantes, seule survivance de la faculté d’Ancien Régime dissoute à la Révolution française. Très vite, une petite bibliothèque 1 s’était constituée et une lettre des enseignants atteste dès 1838 l’existence d’une pièce dévolue à cet usage, pour en souligner du reste l’inconfort et l’inadaptation à son objet. Les premiers fonds semblent provenir de legs des enseignants ou de médecins de la région 2. Par une délibération de 1841, le conseil municipal de Nantes alloue une somme « qui doit être entièrement consacrée à la bibliothèque ». Il offre en même temps « une armoire vitrée pour servir à enfermer les premiers ouvrages que possédera la bibliothèque ». Ces armoires en bois existent encore dans les magasins. Deux professeurs furent nommés responsables de la bibliothèque.

Il fallut cependant attendre la transformation de l’École préparatoire en École de plein exercice, pour qu’une ligne du budget de 1876 soit consacrée à la rémunération du bibliothécaire et une autre à l’achat de livres et aux « abonnements aux journaux ». La « définition du profil de poste », comme on dirait aujourd’hui, ne manque pas de piquant et suscite quelques remous et des échanges assez vifs parmi les enseignants dont les vues divergent. Le premier bibliothécaire fut installé dans ses fonctions en décembre 1876.

Les fonds eux-mêmes comprennent les auteurs qui ont servi traditionnellement à la formation des médecins jusqu’à la première moitié du XIXe siècle. Les grands auteurs classiques, grecs ou latins, les auteurs arabes traduits en latin sont présents, tout comme les pharmacopées qui servaient de référence, ou les traités de matière médicale. Un incunable, une centaine d’ouvrages du XVIe siècle, environ deux cents ouvrages du XVIIe siècle, 1 300 pour le XVIIIe, 6 300 pour le XIXe et 1 800 pour le début du XXe siècle (jusqu’en 1914) constituent l’essentiel de ce fonds, auquel il faut ajouter les périodiques, dont un certain nombre de titres sont particulièrement intéressants sur le plan local.

L’on peut toutefois signaler quelques documents assez rares. C’est ainsi le cas pour la section Sciences, avec les exsicata de Desmazières, Les Plantes cryptogames du Nord de la France et Les Plantes cryptogames de France 3, et les Algues marines du Finistère recueillies par les frères Crouan 4. Les deux premiers titres se trouvent à la bibliothèque de l’Institut de France, mais aucune autre bibliothèque, pas même celle du Muséum, ne signale dans le Sudoc (Système universitaire de documentation) les Algues marines.

L’incunable conservé en section Santé, le De Triplici Vita de Marsile Ficin (1489), dont il existe deux exemplaires à la Bibliothèque interuniversitaire de médecine, n’est pas localisé dans le Sudoc, comme souvent malheureusement les ouvrages les plus anciens.

L’on y trouve aussi plusieurs herbiers originaux et les Algues de l’Ouest de la France de James Lloyd, dont on sait qu’il existe très peu d’exemplaires 5. La section Santé possède aussi quelques manuscrits, une petite quarantaine, souvent des cours de médecine ou de pharmacie du XVIIIe ou du début du XIXe siècle.

Un cas à part : la collection Laënnec

Le fonds le plus original est sans aucun doute celui des manuscrits de René Théophile Hyacinthe Laënnec, découvreur de l’auscultation médiate, remis par Robert Laënnec (dernier possesseur de ce fonds) à la bibliothèque de l’École de plein exercice de médecine et pharmacie de Nantes vers 1909. Pour des raisons purement matérielles, cette collection est aujourd’hui conservée en section Lettres où une salle lui est consacrée. L’on y trouve toutes les éditions du Traité de l’auscultation médiate, ainsi qu’un certain nombre de biographies de Laënnec. L’édition de ces manuscrits et les travaux scientifiques qu’ils peuvent susciter sont réservés à un centre de recherche de l’université de Nantes dirigé par le professeur J. Pigeaud. Ils nécessitent une double, voire triple, compétence de latiniste et/ou helléniste, mais aussi de médecin, et il n’est pas si fréquent de les voir réunies dans une même personne.

Dans une jeune université, il va de soi que la priorité n’était pas de valoriser ces fonds anciens, mais bien de développer les collections, et ce en dépit de l’étroitesse des budgets successifs. La priorité était aussi de faire face à la modernisation des pratiques documentaires, et la section Médecine, dans ces noires années 1980, a largement développé les recherches documentaires informatisées, dont le nombre se montait au début des années 1990 à près de 900 par an. Il n’était évidemment pas question, dans un tel contexte, de mener une politique suivie ni surtout un travail en profondeur sur le fonds ancien, qui pouvait bien continuer à dormir paisiblement au fond de ses magasins obscurs comme il le faisait depuis plusieurs décennies.

Une évaluation de la situation

Pour autant, la direction de la bibliothèque, dès 1989, s’est montrée soucieuse de faire évoluer cet état de fait et de bénéficier des aides qu’apportait alors, pour des actions ponctuelles, la Sous-direction des bibliothèques de l’époque. Par la suite, les projets furent inclus dans les diverses actions envisagées dans le cadre des contrats quadriennaux qui se sont succédé. À cette époque fut dressé un état de la situation, qu’il s’agisse du volume des collections ou de leurs conditions de conservation.

L’objectif n’était pas de lancer de grands travaux, mais, avec les quelques moyens financiers que pouvaient conférer les subventions ministérielles, d’essayer de démarrer des opérations modestes qui ont fait, au bout du compte, avancer un dossier que les moyens dont disposait alors la bibliothèque universitaire, et plus précisément la section Santé, n’auraient pas permis d’entamer.

Après avoir fait le bilan de l’existant (environ 500 mètres linéaires à traiter, soit 15 000 à 16 000 volumes), des propositions ont été élaborées, hiérarchisées en fonction des priorités et surtout des moyens disponibles, notamment en personnel. Je dois préciser ici que mon expérience de travaux dans le fonds ancien de la BM de Toulouse remontait alors à plus de dix ans et qu’il me fut très précieux de pouvoir m’appuyer au départ sur les compétences de mes collègues nantais ou toulousains pour actualiser mes connaissances. Dira-t-on jamais assez de bien du travail en réseau et de l’irremplaçable carnet d’adresses personnel ?

La première opération consistait à évaluer les conditions de conservation des collections. Certains ouvrages portaient encore les traces des bombardements de la Seconde Guerre mondiale. Les analyses effectuées alors par le laboratoire du CRCDG (Centre de recherche sur la conservation des documents graphiques) sur des ouvrages qualifiés de « douteux » sont revenues négatives, à notre grand soulagement. Par la suite, en 1999, d’autres analyses furent demandées à l’occasion du traitement d’une autre partie de la collection. Les conclusions, un peu moins affirmatives, insistaient surtout sur l’importance de maintenir les conditions de conservation pour éviter de rompre un équilibre peut-être délicat. C’est du reste la chance de la section Santé que de disposer de magasins dont la conception – est-ce le fruit du hasard ? – est très pertinente. Aucun des murs, ni les sols ni les plafonds n’ont de contact direct avec l’extérieur, ce qui leur confère, outre une excellente isolation, une grande inertie.

Une fois ces analyses réalisées, nous pouvions entreprendre un dépoussiérage méthodique des collections. Estimant que le travail de dépoussiérage serait moins fastidieux à deux qu’un travail solitaire, le choix fut fait alors de recruter non pas une personne à plein temps, mais deux personnes à mi-temps, en contrat emploi solidarité, pour un an, en 1991-1992.

Une nouvelle campagne fut entreprise dans les mêmes conditions en 1995. L’expérience alors acquise par l’une des personnes ainsi recrutées lui fut profitable puisqu’elle fut par la suite reçue au concours de magasinier spécialisé.

Le recrutement d’un objecteur de conscience en novembre 1998 aurait dû permettre de parvenir au terme de cette opération, mais le service des objecteurs fut alors abrégé et une partie du fonds, essentiellement des brochures et des périodiques, restait à traiter lorsque son contrat prit fin. Depuis, le choix a été fait de confier le soin de terminer ce chantier de longue haleine à des magasiniers, notamment à l’occasion de remplacements de titulaires.

Les catalogues

La quasi-absence de catalogues, du moins pour certaines périodes, rendait problématique l’accès au fonds. Les catalogues disponibles, pour partie sur fiches, pour partie sur registres manuscrits, et même un catalogue imprimé 6, étaient d’une piètre qualité. Leur variété, leur incomplétude en même temps que leurs redondances pourraient à eux seuls faire l’objet d’une étude. Les décrire en détail serait sans intérêt, mais l’on peut préciser pour l’anecdote que le plus rigoureux d’entre eux en ce qui concerne la description bibliographique signale des ouvrages dont la cote, pour le plus grand nombre, a été, depuis, modifiée. Le plus sûr moyen de trouver un ouvrage en magasin était finalement parfois la navigation à l’estime le long des rayonnages… et lorsque les vents étaient favorables, nous rapportions l’ouvrage demandé au lecteur comblé.

C’est en 1992 que fut envisagé dans le cadre de l’Armell (Agence régionale pour les métiers du livre et de la lecture) un projet de cédérom regroupant les catalogues des fonds anciens (antérieurs à 1915) de la région des Pays de la Loire. Le projet concernait principalement les bibliothèques municipales, universitaires et celles des archives départementales. Finalement, pour des raisons financières et des contraintes de temps, le nombre des participants fut limité à une trentaine. Longtemps resté dans les cartons, ce projet refit soudain surface en 1996 et il fallut alors entreprendre, toutes affaires cessantes, un récolement complet du fonds, afin de remettre, pour la rétroconversion, des catalogues ne signalant que des ouvrages réellement présents.

Ce récolement valut aux deux conservateurs de la section, relayés pendant quelques jours par une collègue de la section Lettres qui suivait l’opération pour l’établissement, de s’enfoncer pour deux mois et demi en magasin, mais tout fut achevé dans les délais impartis. Il fallait en même temps compléter les notices par la date d’édition qui n’y figurait pas toujours, tant s’en faut.

S’agissant des ouvrages les plus anciens, nous aurions pu, si nous avions commencé le travail dès 1992 ou 1993, compléter aussi leur signalement par l’adresse précise et exacte des imprimeurs, libraires ou éditeurs, indispensables à l’identification des éditions, voire corriger des graphies fautives, notamment sur les titres en latin. De même, la rétroconversion avait pris en charge les cinq catalogues différents vérifiés qui correspondaient à des fonds physiquement distincts, tels les fonds provenant de la bibliothèque de la Société académique de Loire-Inférieure ou du Conseil supérieur d’hygiène, mais il n’a été procédé à aucun dédoublonnement.

On l’aura compris, les catalogues ainsi rétroconvertis ne peuvent jouer que leur rôle élémentaire : permettre de localiser un document dans la bibliothèque, ce qui est déjà un progrès considérable. Ils ne sont en aucun cas suffisants pour un travail scientifique sur les ouvrages eux-mêmes.

Le cédérom édité par l’Armell mit encore de longs mois avant de voir le jour et il parut en janvier 2000.

La bibliothèque de l’Université de Nantes est peut-être l’un des établissements qui a le plus bénéficié de cette opération, puisque l’une des clauses de la convention prévoyait la livraison d’une bande magnétique contenant les près de 10 000 notices saisies. Cette bande fut chargée en mars 1999 dans le catalogue de la BU.

Certes, la navigation en magasin offrait une certaine poésie, mais nous pouvions désormais enfin répondre efficacement et avec certitude à la demande des lecteurs et des chercheurs. Il faut pourtant souligner qu’en dépit de l’absence quasi totale de catalogues fiables, nous avions communiqué plus de 380 documents entre avril 1997 et octobre 1998.

Acquisition de quelques outils indispensables à la recherche

Parallèlement, en partie grâce à l’attribution d’une subvention du CNL (Centre national du livre) en 1998 et 1999, fut entreprise la constitution d’un fonds d’ouvrages de référence destinés à faciliter l’exploitation du fonds et les recherches en histoire de la médecine. Une nouvelle subvention du CNL en 2001, 2002 et 2003, permit l’acquisition d’ouvrages d’histoire de la médecine.

Si quelques travaux de recherche sont réalisés, il faut surtout mentionner les nombreuses thèses d’histoire de la médecine, notamment de la médecine navale, entreprises sous l’égide du professeur Jean-Pierre Kernéis, ancien doyen de la faculté de médecine. Les listes de ces thèses, dont le plus grand nombre fut réalisé dans les années 1970 et au tout début des années 1980, sont consultables sur le site web de la bibliothèque universitaire 7.

Quelques expositions

Plusieurs expositions, modestes, permirent à la bibliothèque de s’associer à d’autres manifestations nantaises. Ainsi en 1998, dans le cadre de la commémoration de l’édit de Nantes, la notion de tolérance fut célébrée et le sort de deux médecins nantais, en butte à l’intransigeance de la faculté de médecine de Nantes, servit de point de départ à une exposition sur le thème « Médecine et médecins à Nantes à la fin du XVIIIe et au début du XIXe siècle : regards sur l’écrit ». Guillaume-François Laënnec, oncle de R. T. H. Laënnec, et François-Pierre Blin, docteurs en médecine de la faculté de Montpellier, furent en effet contraints de soutenir une nouvelle thèse pour venir exercer leur art à Nantes. L’avenir réserve parfois des surprises et, par un juste retour des choses, ils devinrent les premiers directeurs de l’École de médecine au début du XIXe siècle. Un catalogue, toujours réalisé dans des conditions artisanales, fut alors distribué et le site web de la bibliothèque présente encore les ouvrages alors exposés.

En avril 1999, pour le 124e congrès des sociétés historiques et scientifiques, la bibliothèque proposa une nouvelle exposition : « Le port et la ville : incidences sur la santé publique ». Une visite commentée en a été proposée sur le site web.

Ces deux expositions ont eu notamment deux retombées. Ce fut tout d’abord l’occasion de faire faire un certain nombre de photographies sur le fonds. Il aurait fallu pouvoir entreprendre en même temps un classement et une indexation de ces clichés dus au laboratoire de Photologie de la faculté de médecine. Cela reste à faire… Un autre effet fut qu’elles ont permis d’apprécier plus précisément l’importance de certaines thématiques du fonds. C’est ainsi le cas de la médecine navale comme de toutes les questions relatives à l’hygiène, sur mer comme à terre. Par ailleurs, la botanique et la matière médicale jouaient un rôle important dans la formation traditionnelle des médecins et le fonds en conserve un certain nombre de titres « classiques ».

Comme nous venons de le signaler, le site web a été un outil régulièrement mis à profit comme instrument de diffusion et les pages sur les fonds anciens, régulièrement consultées, ont largement contribué à la connaissance du fonds.

Les périodiques

Le travail de récolement avait mis en lumière qu’une part non négligeable des cotes du fonds ancien concernait en réalité non des ouvrages mais des périodiques, notamment des têtes de collections de titres présents dans les collections courantes. Un regroupement physique fut entrepris et les titres les plus anciens mis en réserve. Les plus fragiles, non reliés, furent mis en boîtes de conservation. C’est au cours de cette réorganisation que germa l’idée d’un catalogue des périodiques anciens nantais 8.

Le microfilmage de la Gazette médicale de Nantes, dont la bibliothèque possède la collection la plus complète en France, fut réalisé par l’atelier de microfilmage de l’Armell dans les locaux de la Bibliothèque nationale de France à Sablé, en 1997. Cela permit de satisfaire les demandes de lecteurs qui avaient été très dépités le jour où avait été interdite la photocopie de collections anciennes, datant pour la majorité du XIXe siècle et dont on peut sans peine imaginer l’état.

En ce qui concerne les périodiques, et beaucoup plus récemment, la Bibliothèque universitaire de Nantes s’est associée au projet de numérisation des publications des sociétés savantes de Bretagne, porté par la Cobb (Agence de coopération des bibliothèques et centres de documentation en Bretagne) et la Bibliothèque nationale de France (BnF) depuis 2003. Elle a notamment proposé de compléter les lacunes de la BnF par une collection qu’elle possédait en double, mais aussi suggéré d’ajouter quelques titres au programme, telle la Gazette médicale de Nantes déjà microfilmée qui représente une mine d’informations qui sont loin d’être exclusivement médicales.

Le traitement des herbiers

Les herbiers ont fait l’objet d’un conditionnement en boîtes de conservation les mettant à l’abri de la poussière, tout en évitant autant que possible d’ouvrir et manipuler les liasses. Ce fut l’occasion de constater que ce que l’on dénommait de façon globale « l’herbier » représentait en réalité six ou sept ensembles dont certains parfaitement identifiables, et parmi lesquels il faut distinguer les Algues de l’Ouest de la France de James Lloyd.

La participation au colloque organisé en octobre 2002 par les archives départementales de Loire-Atlantique, « Aventures botaniques : d’Outremer à la Loire-Atlantique », a permis de présenter et de faire mieux connaître les fonds de botanique tant de la section Sciences que de la section Santé. Les observations alors faites sur les divers herbiers ont permis d’établir d’étroites corrélations, fort intéressantes, avec ceux que conservent le Muséum d’histoire naturelle de Nantes et le Musée botanique d’Angers. En outre, au-delà des collections d’exsicata, le regard porté sur quelques-uns des ouvrages illustrés de ces fonds a notamment permis de mesurer l’évolution de l’illustration scientifique, botanique en l’occurrence, entre le XVIe et le XIXe siècles, époque où le degré de précision ne pouvait plus désormais être remis en cause que par la photographie.

La formation

La formation constitue un élément essentiel de tout travail sur ces collections anciennes. Toutes ces opérations successives se sont donc accompagnées d’une sensibilisation de l’ensemble du personnel aux questions relatives à la conservation et l’on peut raisonnablement espérer que l’on ne verra plus de reliures en cuir restaurées à l’aide de « filmolux » comme ce fut parfois fait par le passé. La formation de plusieurs collègues de toutes les sections de la bibliothèque au catalogage des livres anciens fut un autre volet de ce travail. Sans vouloir effectuer un catalogage aussi approfondi que celui que peuvent faire des bibliothèques qui ont la chance de bénéficier de services spécifiques, il importait de faire prendre conscience de l’intérêt de relever par exemple l’adresse complète de ces ouvrages ou de noter certaines particularités d’exemplaires qui permettraient de reconstituer, au moins virtuellement, certaines bibliothèques du passé et peut-être ainsi mieux comprendre la démarche intellectuelle de ces médecins du XIXe siècle, dont la science puisait encore aux sources des médecins de l’Antiquité.

La collection Laënnec

La collection Laënnec a fait l’objet entre 1996 et 1998 d’une réorganisation complète. Les documents triés et inventoriés systématiquement, la réorganisation de l’exposition selon des normes beaucoup plus rigoureuses et une présentation plus aérée, le microfilmage de certains documents, la restauration de quelques manuscrits, l’emploi systématique de matériaux répondant aux exigences les plus strictes de la conservation sont quelques-uns des aspects du travail alors entrepris par un conservateur de la section Lettres. Depuis peu à la retraite, le professeur Pigeaud entend bien profiter du temps ainsi libéré de l’enseignement pour reprendre la publication des manuscrits qui avait fondé la vocation du Centre de recherches qu’il dirige.

Quelques opportunités

Avant de conclure, il faudrait encore signaler que, sans mener une politique d’acquisitions qui serait sans rapport avec sa vocation comme avec ses ressources, la bibliothèque a cependant eu à cœur de mettre à profit certaines opportunités. Ainsi furent acquis un document imprimé au XVIIe siècle sur parchemin, qui témoigne de l’ intronisation de l’Abbé des pharmaciens, quelques ouvrages de la bibliothèque du premier président de l’Université, le doyen Jean-Pierre Kernéis, lors de la vente publique qui en fut faite en 1999, quelques manuscrits et des biographies de Laënnec ou encore un fonds important et original d’histoire de la comptabilité grâce à la médiation du professeur Le Marchand.

Comment conclure ?

Il ne faudrait pas déduire de mon propos que tout peut se faire sans moyens. Bien au contraire, certaines opérations auraient pu être réalisées dans le calme et la sérénité de façon plus approfondie, si les moyens, particulièrement en personnel, avaient suivi. Tout ce qui a été fait l’a été « en plus » du travail courant, toujours un peu « vite fait ». Il faudra nécessairement revenir sur certaines dispositions dites « provisoires ».

Les résultats restent modestes, mais les ambitions l’étaient. Les conditions de conservation se sont améliorées, et le conditionnement des documents les plus fragiles comme celui des périodiques devrait en permettre le déménagement sans encombre lors de l’ouverture d’un nouveau bâtiment pour la section Santé d’ici quelques années. La recherche en magasin a gagné en efficacité ce qu’elle a perdu en fantaisie, et il ne s’est jamais trouvé un lecteur pour s’en plaindre.

En 1989, la tâche paraissait insurmontable, compte tenu du manque de personnel et de moyens financiers notamment. Elle reste considérable, surtout si l’on souhaite faire de ce fonds une base de travail pour les chercheurs et historiens de la médecine. Mais le souci constant de saisir les occasions lorsqu’elles se présentaient, sans attendre des conditions idéales qui ne viendront de toute façon jamais, permet de dresser aujourd’hui un premier bilan qui n’est pas tout à fait négligeable. Il reste bien sûr quelques frustrations si l’on veut envisager tout ce qui pourrait être fait si l’on en avait les moyens…

Sans être exceptionnel, ce fonds présente cependant un intérêt, et notamment celui d’être issu de plusieurs ensembles cohérents. Leur étude permettrait certainement de mieux comprendre la pensée et la formation médicales au XIXe siècle et de voir se dessiner l’évolution de l’art de guérir en science médicale. L’un des préalables à ce type d’étude passe nécessairement par un catalogage plus soigné permettant peu à peu d’approcher également le contenu des ouvrages et des périodiques qu’il renferme.

Car il est évident qu’il existe un public pour ce fonds : s’il ne constitue pas une priorité du monde médical, qui privilégie à juste titre les découvertes les plus récentes et les progrès thérapeutiques, celui-ci ne s’en désintéresse pas, bien au contraire, comme en témoignent les Rencontres d’histoire de la Santé 9 organisées chaque année au mois de novembre. La rencontre à la fois de ces médecins historiens de la médecine et de quelques littéraires attachés à l’histoire de la médecine et de la pensée médicale m’a confortée dans l’idée que seul un travail multidisciplinaire peut aboutir à des études sérieuses.

Juin 2004

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Florae Nannetensis prodromus… par M. François Bonamy,… Nantes : Brun, 1782. © Photo : Laboratoire de photologie de la faculté de médecine de Nantes

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Gulielmi Pisonis,… de Indiae utriusque re naturali et medica libiri quatuordecim… Georgii Marcgravii tractatus topographicus et meteorologicus Brasiliae… ; Jacobi Bontii Historiae naturalis et medicae Indiae orientalis libris sex… Amstelaedami : apud L. et D. Elzevirios, 1658. In-folio. © Photo : Laboratoire de photologie de la faculté de médecine de Nantes

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The New Dispensatory… The third ed. London : printed for J. Nourse, 1770. Ex-libris ms Laënnec. © Photo : Laboratoire de photologie de la faculté de médecine de Nantes

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Thèse portant le blason de l’ancienne université de Nantes. © Photo : Laboratoire de photologie de la faculté de médecine de Nantes

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Opera Ambrosii Parei… A Docto viro plerisque locis recognita : Et Latinitate donata, Jacobi Guillemeau,… labore & diligentia… Parisiis : Apud Jacobum Du-Puys, 1582. © Photo : Laboratoire de photologie de la faculté de médecine de Nantes

  1.  (retour)↑  « Histoire de la Bibliothèque universitaire », Histoire de l’Université de Nantes : 1460-1993, Université de Nantes, Presses universitaires de Rennes, 2002, p. 337-339.
  2.  (retour)↑  Les archives de l’École de médecine et de pharmacie sont conservées par la section Santé de la bibliothèque universitaire. Elles ont été classées et inventoriées en 1999-2000. L’on y trouve une foule de détails de tous ordres, notamment sur la provenance des fonds et la constitution de la bibliothèque.
  3.  (retour)↑  Jean Baptiste Henri Joseph Desmazières, Plantes cryptogames de France, Lille, 1836-1856 et Plantes cryptogames du Nord de la France, Lille, 1825-1836.
  4.  (retour)↑  Pierre-Louis Crouan, Algues marines du Finistère recueillies et publiées par Crouan, frères. 1. Fucoïdées [2. Floridées. 3. Zoospermées], Brest, 1852.
  5.  (retour)↑  Le musée botanique d’Angers en conserve également un exemplaire et l’un des exemplaires du Muséum national d’histoire naturelle a fait l’objet d’un cadeau diplomatique il y a une vingtaine d’années.
  6.  (retour)↑  Catalogue de la bibliothèque de l’École de plein exercice de médecine et de pharmacie de Nantes, 1904.
  7.  (retour)↑  http://www.bu.univ-nantes.fr/sante/histoire/
  8.  (retour)↑  Histoire de la médecine : périodiques nantais, 2001.
  9.  (retour)↑  Voir sur le site web de la bibliothèque universitaire.