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Françoise Hecquard

Marielle de Miribel

Devenir bibliothécaire-formateur

organiser, animer, évaluer

Paris : Éd. du Cercle de la librairie, 2003. – 380 p. ; 24 cm. – (Collection Bibliothèques). ISBN 2-7654-0873-4 : 40 €

par Jean-Claude Utard

La formation professionnelle a un rôle de plus en plus crucial dans la société actuelle. On ne compte plus aujourd’hui les diplômes et cursus universitaires à vocation professionnalisante et, surtout, la formation continue voit son importance croître de manière considérable : le diplôme de départ, sanction d’une formation initiale, n’a plus qu’une durée de vie limitée. Il doit être complété, tout au long de la vie, par de multiples formations, rendues nécessaires par les très rapides mutations que la société et l’ensemble des activités et des métiers connaissent.

Mettre en mots l’expérience acquise

Le monde des bibliothèques, au croisement de nombreux bouleversements (culturels, sociaux et techniques), est particulièrement concerné par ce sujet et de nombreux bibliothécaires ont désormais un rôle, à temps complet ou à temps partiel, de formateur, tant auprès de leurs collègues qu’auprès des usagers.

C’est à ce public que s’adressent les deux auteurs de ce livre, Françoise Hecquard, qui a enseigné à Médiadix et animé le centre de formation ABF des Yvelines, et Marielle de Miribel, ingénieur pédagogique à Médiadix. Cet ouvrage essaie donc « de mettre en mots l’expérience acquise » de ces deux praticiennes, « dans le but d’aider à développer chez les collègues bibliothécaires qui en ont besoin les compétences nécessaires à cette nouvelle forme de leurs activités professionnelles ».

Le propos est très pragmatique et la structure du livre l’est aussi puisqu’elle offre, par sa présentation qui mêle des apports théoriques et des fiches pratiques, les possibilités tant d’une lecture continue que d’une lecture ponctuelle, adaptée par exemple à une question que se poserait tel formateur.

Après un bref panorama de l’organisation de la formation professionnelle destinée aux bibliothécaires français, une première partie présente les apports théoriques essentiels pour comprendre les enjeux, le contexte et les acteurs de la formation. Cette partie commence par un ensemble de « questions à se poser » destinées à distinguer le formateur de l’enseignant, à rappeler qu’il existe un contrat triangulaire entre le commanditaire d’une formation, le formateur et les stagiaires et qu’il importe que chaque aspect de ce contrat soit clair et repose sur un consensus maximum, et, enfin, qu’il existe diverses formes de savoir. Ce chapitre se clôt sur la notion de compétence, largement utilisée de nos jours et définie ici comme l’interaction entre plusieurs types de savoirs utilisables dans des situations données, des contextes précis. Cet aspect contextuel de mise en pratique est important car il signale que la véritable compétence ne se mesurera que dans la pratique professionnelle, pas dans la salle de formation.

Dynamique de groupe et analyse transactionnelle

Partant de ces questions, les deux auteurs vont ensuite étudier le rôle et les compétences du formateur, envisager les motivations et les besoins de l’ensemble des publics à former (bénévoles de bibliothèque départementale de prêt, étudiants d’Institut universitaire de technologie, collègues, publics des bibliothèques universitaires, etc.), avant de conclure par un chapitre sur les « difficultés de la communication interpersonnelle ». Cet ensemble de chapitres est très inspiré des théories de la dynamique de groupe et de l’analyse transactionnelle. Même si les notions données sont un peu succinctes, elles ont pour but de prévenir le formateur débutant des illusions qu’il pourrait se faire : la communication passe aussi et d’abord par le non-verbal, une part infime de ce qui est dit peut être retenue, la formation doit aussi se fonder sur les signes de reconnaissance qu’on donne au stagiaire, etc.

Ces notions vont en fait trouver leur plein emploi dans la seconde partie de l’ouvrage qui est constituée de toute une série de fiches, regroupées par familles et introduites par de brèves présentations. Par exemple, l’animation d’une formation comprend six aspects : l’ouverture de la formation, avec ses « rituels », l’attitude du formateur, les méthodes pédagogiques, les supports de cours, l’utilisation des nouvelles technologies en formation présentielle et la gestion de la dynamique de groupe. Cette dernière question reprend les outils définis précédemment et s’articule autour de cinq fiches : la première veut aider le formateur à « établir une typologie des stagiaires pour adapter au mieux sa pédagogie ». Elle donne donc quelques conseils généraux pour adapter son attitude selon l’âge, le sexe, l’origine professionnelle, le statut, etc., des stagiaires. D’autres fiches abordent la gestion des résistances des stagiaires, les réponses qu’on peut apporter aux objections de ces derniers ou, dans la partie organisation d’une formation, la notion de « bon moment » (qui rappelle les rythmes physiologiques d’une journée de formation et le besoin de pauses…) ou l’aménagement d’une salle de formation.

Une note d’humour, quelques idées de méthodes créatives, des exemples de questionnaires d’évaluation, enfin des orientations bibliographiques et une liste de sites Internet complètent l’ouvrage.

Comme on le voit, ce livre se veut un manuel très pratique, destiné à rassurer et à armer le formateur-bibliothécaire, à lui donner, clefs en main, les éléments de base, parfois simples conseils de bon sens, parfois outils pédagogiques pour mener une formation de la préparation à l’évaluation, en passant par la première prise de contact avec les stagiaires ou les vertus du… silence !

À un moment où nombre de centres de formation se plaignent des difficultés à recruter de nouveaux formateurs, il faut espérer que cet ouvrage encouragera les futures vocations.