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Au siècle de Victor Hugo : la librairie romantique et industrielle en France et en Europe

Revue française d'histoire du livre

sous la dir. de Frédéric Barbier et de Jean-Yves Mollier. – Revue française d’histoire du livre, no 116-117. Genève : Droz ; Bordeaux : Société des bibliophiles de Guyenne, 2003. – 363 p. ; 24 cm. ISBN 2-600-00864-0 : 64,39 €

par Éric Walbecq

S’adressant à un public érudit ou averti, la dernière livraison de la Revue française d’histoire du livre nous offre un panorama riche et passionnant du commerce du livre entre 1830 et 1850. Allant de l’étude des papiers jusqu’aux relations épistolaires entre auteurs, éditeurs ou collaborateurs, ce numéro couvre en dix importants articles tout un pan de l’histoire de l’édition et du livre sur une période riche en événements, tant au niveau de l’édition que de l’histoire littéraire.

Cette livraison, avec ses annexes et ses illustrations, est d’excellente qualité. Éditée sous la direction de Frédéric Barbier et Jean-Yves Mollier, on ne pouvait s’attendre à moins.

Victor Hugo à l’honneur

Victor Hugo y est à l’honneur, avec trois articles à lui consacrés, sans compter l’intéressante étude sur « La réception de Victor Hugo en Hongrie » par Janos Korompay placée dans la partie « Chantiers en cours ». C’est Bertrand Abraham qui ouvre la série d’études sur Hugo dans un long article intitulé « Victor Hugo et les représentations du livre » dans lequel il analyse toutes les représentations du livre dans l’œuvre hugolienne.

Cet article est logiquement suivi d’un « Victor Hugo, livres et livre » par Joëlle Gleize et Guy Rosa, dans lequel est faite une nécessaire et passionnante mise au point sur Hugo et ses éditeurs, Hugo et son public, ou Hugo et ses éditions. Un chapitre est consacré à « Hugo compté » dans lequel on apprend qu’entre 1870 et la mort du poète, ses œuvres atteignirent le tirage faramineux de 1,4 million d’exemplaires !

Marie-Laure Prévost s’attache plus aux manuscrits, et en particulier au passage du manuscrit à l’imprimeur en soulignant, le tout appuyé par un large choix de citations puisées dans la correspondance de Hugo, l’importance que ce dernier apportait aux ultimes corrections d’ordre typographique lors de la composition de ses œuvres. C’est sur ce riche article que se termine à proprement parler le dossier consacré à Hugo (sans oublier de citer le « Dossier iconographique » en fin de volume).

Papetiers et imprimeurs à l’époque romantique

Nous resterons cependant toujours proche de l’écrivain dans le reste de la livraison, puisque cette partie s’ouvre par une étude de Louis André, intitulée « Papetiers et éditeurs dans la librairie romantique » dans laquelle l’auteur décrit l’importance de la Société anonyme des papeteries du Marais et de Sainte-Marie dans le monde éditorial des années 1828-1848.

Nous retrouvons Hugo grâce à ses relations avec Charles André Cornuault et la fondation d’une société pour la publication des œuvres complètes du poète. Des erreurs de gestion feront que cette société, fondée en 1838, sera mise en faillite quelques années plus tard.

L’auteur analyse finement dans la suite de son article l’importance du rôle des papetiers et imprimeurs dans l’édition romantique. Les avancées technologiques permirent à la Société du Marais d’innover en imprimant sur des papiers mécaniques de grande qualité, ouvrant ainsi la large place donnée à l’illustration romantique, qu’il s’agisse de vignettes, lithographies ou autres gravures. La plupart des éditeurs feront alors appel à ses services, il n’est que de citer Les Français peints par eux-mêmes ou l’édition Furne de La Comédie humaine pour se rendre compte et de la qualité de l’impression et de celle des papiers.

Les rapports entre auteurs et éditeurs

Yves Cambefort s’attache, en s’appuyant sur une passionnante correspondance, à mettre au clair les rapports entre Jean-Henri Fabre et son jeune éditeur Charles Delagrave. Jeune en effet, car il a à peine vingt-trois ans à la mort de son associé Tandou, lorsqu’il rachète en 1829 sa firme aux parents de ce dernier. Dès lors, il continuera la publication de livres de vulgarisation, tout en approchant Fabre et cherchant le moyen par lequel il pourrait rentabiliser « son » auteur talentueux afin de se rembourser. Cette collaboration fructueuse s’achèvera par la publication des Souvenirs entomologiques qui furent un des grands succès de la Maison Delagrave.

Dans un article richement illustré, Cornelis Boschma nous dévoile les relations entre Melling et ses éditeurs, Treuttel et Würtz. Melling est l’auteur du célèbre Voyage pittoresque de Constantinople et des rives du Bosphore et avec Cervini du Voyage pittoresque dans les Pyrénées françaises. À partir de la correspondance de Melling (conservée à la Fondation Custodia) et de divers prospectus, l’auteur réussit à reconstituer toute l’histoire de la publication de ces fameux Voyages pittoresques. Frédéric Barbier, quant à lui, nous éclaire sur cinquante ans de pratiques éditoriales chez les Levrault. Les rapports entre auteurs et éditeur sont richement illustrés grâce aux contrats ou à la correspondance, là encore largement exploitée.

Cette riche livraison se termine par les habituels comptes rendus ainsi que par un intéressant article de Jean-Dominique Mellot qui nous raconte, souvent avec humour, la naissance et l’organisation de la gigantesque aventure qu’est le Dictionnaire encyclopédique du livre, à présent connu sous le nom de DEL, preuve s’il en était besoin de son succès et de sa reconnaissance par les historiens du livre. On regrettera malheureusement un nombre important de coquilles, dont le « Victor Hogo » de la table des matières qui n’est pas du meilleur effet…