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Le patrimoine des bibliothèques publiques en Île-de-France

Juliette Doury-Bonnet

En collaboration avec la Direction régionale des affaires culturelles (Drac) d’Île-de-France, Médiadix a organisé une journée d’étude sur le patrimoine des bibliothèques publiques franciliennes, le 29 septembre 2003. Compte tenu du thème du mois du patrimoine écrit, Musiques et patrimoines, et des spécificités des fonds de plusieurs bibliothèques de la région, l’après-midi fut consacrée au patrimoine musical. L’amphithéâtre Annie Béthery n’accueillit malheureusement qu’un public très clairsemé, peut-être parce que, comme l’a souligné Christophe Pavlidès, directeur de Médiadix, le patrimoine n’est pas un sujet central dans une région qui ne compte qu’une bibliothèque municipale classée, celle de Versailles. D’ailleurs, une seule action de formation est actuellement offerte par Médiadix sur la question : « La conservation, un enjeu pour toutes les bibliothèques ».

Politiques du patrimoine

Catherine Counot, du service Livre et lecture de la Drac, a rappelé les conclusions de l’enquête de 1988 de l’AC2L (ancienne agence de coopération de l’Île-de-France), Patrimoine des bibliothèques municipales d’Île-de-France. Le patrimoine écrit était alors peu connu, peu valorisé et mal catalogué. Depuis, des actions ont eu lieu. Catherine Counot a annoncé une politique plus active dès 2004, en conformité avec les priorités définies par le ministre de la Culture le 25 septembre 2003. La Drac souhaite lancer une nouvelle enquête, réunir les professionnels pour définir les priorités, réfléchir sur les formations à offrir. Elle dispose de crédits Frab (Fonds régionaux d’acquisition pour les bibliothèques) pour des acquisitions importantes.

Gérard Cohen, chargé de mission à la Direction du livre et de la lecture (DLL), est revenu sur la notion récente de « patrimoine écrit » qui, dépassant le cadre obsolète des « imprimés de 1450 à 1811 », s’étend désormais à l’ensemble des documents ayant une valeur historique.

Si la Bibliothèque nationale de France (BnF) possède la moitié des collections patrimoniales françaises, Dominique Coq, chef du département des politiques documentaires et patrimoniales de la DLL, a évoqué la richesse et la variété des fonds des bibliothèques municipales françaises, dont témoignent les dix volumes du Patrimoine des bibliothèques de France (Payot, 1995). Il a insisté sur la nécessité de les faire connaître aux élus et de leur en faire comprendre la valeur. Ce n’est pas seulement une question de moyens financiers et humains mais aussi d’image de la ville. « Le balancier a peut-être un peu trop penché en faveur de la lecture publique », a-il reconnu. Les aides existent : Dominique Coq a rappelé le rôle des Drac, du Bureau du patrimoine, des agences de coopération, de l’Inspection générale des bibliothèques et des bibliothèques municipales à vocation régionale (BMVR) comme têtes de réseau. Il a souligné l’importance de la liste de diffusion Patrimoine-bibliothèques 1 pour « faire remonter les informations ». Le rôle de l’État devrait être de coordonner des actions souvent disparates, peu connues même des professionnels, et qui « depuis vingt ans, avec la décentralisation, sont devenues opaques », comme l’a dit Gérard Cohen. D’où l’intérêt de portails d’accès sur Internet.

Dominique Coq a abordé la question des moyens. Dans le cadre du « plan d’action pour le patrimoine écrit » (Pape) mis en chantier par le ministère de la Culture, 120 000 euros seront dégagés pour faire un état des lieux. Les régions devront signaler leurs besoins et « les crédits seront accordés et modulés selon leur volonté et leur dynamisme ». La même somme est prévue pour financer des « acquisitions patrimoniales d’intérêt national ». Gérard Cohen a rappelé les pistes déjà élaborées et a insisté sur la formation que nécessite la nouvelle impulsion de l’État en faveur de la politique patrimoniale.

Une initiative en réseau en Seine-et-Marne

La région Île-de-France n’a plus d’agence de coopération, mais possède des associations départementales de coopération et des bibliothèques départementales de prêt (BDP) qui peuvent servir de relais pour l’état des lieux. Dominique Coq l’a répété : « L’échelon départemental paraît le meilleur dans cette région. »

En Seine-et-Marne, dix établissements ouverts au public possèdent des fonds anciens estimés à 200 000 volumes. Anne Marzin, directrice de la BM de Meaux, a présenté Esaupe 77 (Entente pour la sauvegarde du patrimoine écrit en Seine-et-Marne) 2. Créée en 1989 et subventionnée par la Drac et le Conseil général, cette association regroupe les BM de Coulommiers, Fontainebleau, Lagny-sur-Marne, Meaux, Melun, Nemours, Provins et la bibliothèque diocésaine de Meaux. Domiciliée aux Archives départementales, soutenue par la BDP et le Centre technique du livre de la BnF à Bussy-Saint-Georges, elle a réalisé un catalogue collectif des ouvrages publiés de 1774 à 1815 conservés dans les bibliothèques de Seine-et-Marne, La mémoire retrouvée (1989), et un catalogue collectif des fonds locaux, Pages de terroir en trois tomes (1995, 1997, 2003), dont les deux premiers sont consultables sur son site Internet. Elle a mené des opérations de microfilmage de périodiques régionaux et une campagne de restauration de livres anciens précieux.

Bibliothèques et patrimoine musical

Le fonds musical de la BM de Versailles a pour origine la Bibliothèque de la musique du roi créée par Louis XIV et s’est enrichi de la collection de la Maison royale de Saint-Louis à Saint-Cyr, de dons de compositeurs versaillais et du fonds du théâtre des Variétés de Versailles. Il se compose de 361 partitions manuscrites, 1 245 partitions imprimées et de 3 000 fascicules des XIXe et XXe siècles. Marie-Françoise Rose et Karine Eyroi ont présenté les deux programmes en cours. Le premier concerne la numérisation du fonds de manuscrits musicaux des XVIIe et XVIIIe siècles 3 qui avait fait l’objet d’un catalogue en 1995 et qui est à la base du renouveau de la musique baroque en France. Le second projet s’attache aux manuscrits copiés par Philidor, bibliothécaire de Louis XIV, et par son atelier. Il est mené en partenariat avec la BnF qui possède une partie de ces manuscrits et dont la BM de Versailles sera un des pôles associés pour la musique. L’objectif est de reconstituer virtuellement l’ensemble de cette collection séparée par l’histoire dans une base unique qui devrait voir le jour vers 2004-2005.

Gilles Pierret a rappelé l’histoire de la Médiathèque musicale de Paris (MMP) 4 qu’il dirige. Dès l’origine, l’établissement avait une mission de conservation, en particulier des microsillons. Depuis 2001, il est pôle associé de la BnF pour le signalement des 78-tours. Mais la conservation et la diffusion du patrimoine sonore posent problème. Gilles Pierret a mis l’accent sur l’inertie des BM qui n’ont pas conscience de la valeur patrimoniale des documents sonores, sur le lobbying actuel des grandes compagnies, arc-boutées sur la question des droits d’auteur. Il a constaté que le public de chercheurs du centre d’archives sonores souffrait de « l’image lecture publique » de la MMP, bien qu’elle constitue la troisième collection française, après Radio France et la BnF. La convention passée avec la BnF devrait permettre une valorisation et une légitimation des ressources, grâce au catalogue collectif de France (CCFr).

Marie-Claude Méplan, du Bureau du patrimoine et de la mémoire de la Direction de la musique, de la danse, du théâtre et des spectacles, a retracé le contexte et les étapes de l’opération « Recensement et mise en valeur du patrimoine musical régional », lancé en 1990 5. Vingt-sept catalogues ont déjà été publiés. Dans ce même cadre, la BnF établit le catalogue de ses manuscrits avant 1800. L’intervenante a souligné les difficultés institutionnelles et politiques rencontrées et dénoncé le manque de soutien de la BnF pour la diffusion du programme. Lorenzo Brondetta, chargé de mission à l’Association régionale d’information et d’actions musicales (Ariam) Île-de-France 6, a fait état des problèmes rencontrés sur le terrain lors de l’inventaire et de la diplomatie qu’il a parfois fallu déployer « pour faire ouvrir les placards ». Deux ouvrages édités par l’Ariam ont vu le jour : le tome 1 du Catalogue des fonds musicaux anciens en Île-de-France (2001) et le Pré-inventaire des fonds musicaux en Île-de-France (2002).

En conclusion, Christophe Pavlidès a appelé à un travail de sensibilisation et Catherine Counot à une politique volontariste…