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Images numériques

Quels formats, quelles caractéristiques, pour quels usages ?

Juliette Doury-Bonnet

Le secteur audiovisuel de l’Association des professionnels de l’information et de la documentation (ADBS) a organisé le 6 octobre 2003 une journée d’étude sur les images numériques. Jean-Yves de Lépinay, directeur des programmes au Forum des images où avait lieu cette manifestation, a ouvert la séance du matin en introduisant la problématique de la relation entre les usages de l’image et leur format.

Les bases techniques

Bernard Hidoine, de l’INRIA (Institut national de recherche en informatique et automatique), a défini les bases techniques de l’image numérique, qu’elle soit fixe, animée ou audiovisuelle, selon trois axes : l’échantillonnage, la quantification et la compression 1.

Échantillonner une image, c’est la découper en pixels. Il y a trois notions à prendre en compte :

– la taille (nombre d’échantillons dans une image) exprimée en pixels. Elle doit être choisie en fonction de l’usage : trop petite, elle laisse apparaître les pixels, trop grande, elle alourdit les traitements de stockage et de transmission ;

– la résolution (correspondance entre la taille de l’image et sa dimension physique) exprimée en points par pouce (ppp) ou dots per inch (dpi). La résolution idéale pour une photo imprimée format A4 est de 250 à 300 dpi ;

– la définition (évaluation du « piqué » global) exprimée en cycles par millimètres.

Il est possible de rééchantillonner une image en ôtant ou en rajoutant des pixels.

La quantification consiste à donner une valeur numérique aux échantillons. La couleur d’un pixel est codée à partir des trois couleurs élémentaires : rouge, vert, bleu (RVB). Chaque composante RVB est quantifiée sur 8 bits. Chaque pixel contient l’adresse d’une entrée dans une palette de couleurs. Pour une même couleur, les valeurs RVB sont différentes selon les périphériques (appareil photo, scanneur, imprimante, etc.).

La compression des données peut s’effectuer sans perte ou avec perte (prenant ainsi en compte les limites de la perception humaine).

Bernard Hidoine a énuméré les différents formats d’images :

– compression sans perte : GIF (Graphics Interchange Format), très utilisé sur le web pour les images animées, et PNG (Portable Network Graphics), recommandé par le W3C ;

– sans compression : TIFF (Tagged Image File Format) ;

– compression avec perte : JTIF-JPEG (File Interchange Format, norme Joint Photographic Experts Group), JPEG 2000 (nouveau format).

Le format natif (RAW) permet l’enregistrement de l’intégralité des informations recueillies. La taille d’un fichier natif est inférieure à celle du fichier TIFF correspondant.

Les formats propriétaires (RAW, GIF, TIFF) nécessitent des logiciels spécifiques.

Pourquoi ne pas intégrer les métadonnées au fichier ? Cette technique est utilisée notamment pour les images (IPTC, International Press and Telecommunications Council, métadonnées relatives à la sémantique de l’image ou EXIF, EXchangeable Image File, métadonnées relatives à la prise de vue), les fichiers sons MP3 (champs ID3), les objets multimédias (MPEG-7).

Le cahier des charges

Gwendal Auffret, du Forum des images, a fourni des éléments préalables à l’établissement d’un cahier des charges pour la numérisation d’un fonds d’images animées. « Numériser, ce n’est pas économiser, c’est dépenser de l’argent : l’investissement est souvent colossal et les retombées difficilement calculables. » La question des droits (support, usage, nombre d’utilisateurs, lieu de diffusion, etc.) s’impose tout d’abord. Ainsi que celle des apports du numérique dans le cas précis de l’établissement. Les missions, les publics et les usages (qui déterminent le choix des formats), la concurrence doivent être définis clairement afin d’éviter les mauvaises surprises. Gwendal Auffret a insisté sur les contraintes financières induites par la numérisation : la formation du personnel, la communication pour valoriser l’opération, le renouvellement d’un matériel sophistiqué…

En ce qui concerne la prise de vues et l’acquisition d’images fixes pour alimenter des banques d’images, Lisette Calderan, de l’INRIA, a conseillé de préciser quelques points aux photographes, qu’ils soient professionnels ou non (chercheurs, etc.), lors de la commande : la taille et le format du fichier souhaité, le traitement de l’image (tri des photos ratées, nom et date du fichier, légendage, profil de couleur, retouches).

Témoignages

L’après-midi était consacrée à des témoignages. Thierry Rolland a exposé les choix de Pathé Archives qui tiennent compte de deux missions complémentaires : la conservation et la commercialisation des archives de Pathé journal (disparu vers 1976) constituées à 90 % de films 35 mm. Un projet de numérisation est mené depuis 1999 et fait appel à la société Acayama.

Jean-Gabriel Lopez, consultant indépendant spécialisé dans le patrimoine numérique, a donné quelques pistes concernant la numérisation des fonds photographiques. En tenant compte des problèmes de place et de durée de conservation, il a préconisé de conserver les originaux et de numériser à la demande.

Une table ronde a réuni des gestionnaires de fonds d’images qui ont exposé les spécificités de leur service 2.

Jean-Yves de Lépinay a proposé une synthèse de la journée. Il s’est interrogé sur les incidences du passage au numérique sur les métiers de la documentation. En effet, les supports techniques traités ont un impact très fort. Le développement d’un outil commun pourrait générer des liens entre les structures et entre les supports. Dans la chaîne documentaire, la position du documentaliste évolue : on observe un rapprochement entre la documentation et la production. De nombreux problèmes se posent : la récupération des métadonnées, l’alourdissement de la phase d’acquisition qui nécessite tri et retouches, la pérennité des supports et l’obsolescence des standards et des normes, l’indexation…

  1.  (retour)↑  Son intervention est consultable sur le site de l’ADBS, de même que celles de Gwendal Auffret et de Lisette Calderan.
  2.  (retour)↑  Claire Lissalde (Institut de recherche pour le développement), Danièle Portaz (Vivendi Universal Education France), Isabelle Roy (McCann Governance pour la médiathèque Gaz de France), Olivier Michaut et Christophe Vantyghem (Centre de ressources et d’informations sur les multimédias pour l’enseignement supérieur).