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Creating Knowledge

Information Literacy

Sylvie Chevillotte

La question de la formation à l’usage de l’information des étudiants de l’enseignement supérieur est un enjeu majeur dans la plupart des pays et notamment dans les pays du nord de l’Europe. NORDINFOlit rassemble au sein du Conseil nordique pour l’information scientifique (NORDINFO) différents acteurs – essentiellement bibliothécaires – concernés par ce sujet 1.

À Akureyri, les 25 et 26 septembre 2003, l’Islande accueillait le congrès « Creating Knowledge 3 : Information Literacy, Bridging the Gap between Teaching and Learning, Promoting the Educational Role of the Librarian ». Quelle pédagogie pour les formations à la maîtrise de l’information ? Quelle organisation et quelle place pour ces formations au sein des universités ? Quelles sont les relations entre les nouvelles technologies de l’information et de la communication et les formations documentaires ? Quel type d’évaluation proposer ? Et enfin, en lien avec toutes les questions précédentes, quelles recherches mener dans ce domaine ?

Les conférences et ateliers de ces deux journées de congrès ont tenté de répondre à l’ensemble de ces questions, et ont également ouvert de nombreuses pistes de réflexion 2. Il est impossible de rendre compte ici de la richesse et de la variété des interventions. Je soulignerai donc quelques points qui m’ont semblé essentiels.

La notion d’Information Literacy ou compétences informationnelles

L’exposé d’ouverture de Patricia Breivik, présidente du Forum national sur l’Information Literacy américain, a situé la question de la formation à la maîtrise de l’information des étudiants dans le contexte beaucoup plus large des compétences informationnelles (Information Literacy, dans les pays anglo-saxons). Cette notion, adoptée aux États-Unis dès 1989, est une notion clé de la société de l’information. Le défi du XXIe siècle sera d’amener l’ensemble des citoyens à maîtriser les flots d’informations accessibles grâce à Internet, notamment, et le défi de l’Information Literacy peut être comparé à celui de l’alphabétisation au siècle dernier. Ce défi concerne l’ensemble des citoyens quel que soit leur âge et est en lien étroit avec la formation tout au long de la vie.

L’information majeure de cet exposé concernait la tenue de la Conférence de Prague, coorganisée par l’Unesco, le National Forum on Information Literacy et la NCLIS (National Commission on Libraries and Information Science). Cette conférence réunissant vingt-trois pays doit donner lieu à un rapport soulignant l’importance des compétences informationnelles. Ce document devrait avoir un impact très important sur les différents gouvernements et augmenter la place et la visibilité des formations à la maîtrise de l’information 3.

Quelle(s) pédagogie(s) pour l’éducation à la maîtrise de l’information ?

Plusieurs interventions ont insisté sur la nécessité d’adapter les méthodes pédagogiques aux besoins et aux profils des étudiants. Sharon Markless, de l’Institute of Learning and Teaching de King’s College à Londres, a constaté que les bibliothécaires proposent trop souvent des cours en fonction de leur propre mode d’apprentissage et utilisent un mode pédagogique transmissif au lieu de s’appuyer sur les méthodes de résolution de problèmes. Jassica Heinström, de l’université d’Abo, en Finlande, a présenté les résultats de sa thèse en sciences de l’information, s’appuyant sur une enquête auprès de plus de 300 étudiants sur leurs modes de recherche 4. Cette enquête insiste sur le fait que les étudiants mènent des recherches documentaires en fonction de leurs personnalités, et qu’il conviendrait donc d’en tenir compte en ne proposant pas un modèle pédagogique unique.

Évaluation(s)

En écho aux questions soulevées par Paul Thirion lors des troisièmes rencontres Formist en juin 2003 4, plusieurs orateurs ont traité de l’évaluation. L’évaluation des formations a été proposée en atelier par Sheila Webber (université de Sheffield, Grande-Bretagne), à partir d’exemples précis et de définitions des différents types d’évaluations. Ralph Catts (université de New England, Australie) a traité du même sujet. Pour lui, les évaluations sont liées aux référentiels ou « standards » et il a donc insisté sur les différences entre les nouveaux standards australiens et les standards américains.

En conclusion, je souhaite souligner l’excellente organisation de ce congrès qui a pu en un laps de temps très court aborder de façon relativement approfondie l’ensemble des questions clés dans le domaine, et cela, dans une atmosphère à la fois conviviale et studieuse.

  1.  (retour)↑  Cette institution dont le rôle est de promouvoir la coopération entre pays nordiques dans le domaine de l’information scientifique et technique dépend du conseil des ministres nordiques. Les cinq pays représentés sont le Danemark, la Finlande, l’Islande, la Norvège et la Suède. Dans NORDINFOlit, s’ajoutent les Iles Féroé. En ligne : http://www.nordinfo.helsinki.fi (consulté le 14 novembre 2003).
  2.  (retour)↑  Le programme du congrès et les présentations sont consultables en ligne : http://vefir.unak.is/CKIII/ (consulté le 14 novembre 2003).Compte rendu détaillé sur Formist : http://formist.enssib.fr rubrique Publications en IST, Actes et comptes rendus de colloques.
  3.  (retour)↑  On trouvera des informations sur les suites de la conférence de Prague sur le site de la NCLIS : http://www.nclis.gov/libinter/internat.cfm (consulté le 14 novembre 2003). La « Déclaration de Prague », traduite par Paulette Bernhardt, ancien professeur à l’EBSI à Montréal, est accessible sur le même site.
  4.  (retour)↑  Voir BBF, no 6, 2003, p. 87-89.