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Les enjeux de la traduction en Europe

Annie Le Saux

Qu’en est-il des aides à la traduction au niveau européen ? La rencontre organisée le 24 mars au Salon du livre de Paris par la Direction du livre et de la lecture et le Relais Culture Europe 1 a cherché à faire le point sur les enjeux de la traduction en Europe et les possibilités offertes par l’Union européenne dans le secteur du livre et de la traduction.

La survie des langues européennes

Avant d’en venir aux actions de la Communauté européenne en faveur de la traduction, Catherine Lalumière, vice-présidente du Parlement européen, a démontré, si besoin en était, l’utilité et la nécessité d’aider la traduction, dans cet espace multiculturel qu’est l’Europe.

Les traductions, en effet, offrent un élargissement du lectorat, qui bénéficie aux auteurs et aux ouvrages écrits dans les langues européennes dites « petites » – nationales ou régionales –, et offrent également, pour les langues européennes dites « grandes », une alternative à la suprématie de l’anglo-saxon.

Prenons l’exemple de la France. Les échanges d’idées et les contacts entre chercheurs passent par la traduction de leurs travaux dans d’autres langues, faute de quoi ils écriront de plus en plus directement en anglais, ou courront le risque d’être coupés de la communauté scientifique internationale. Il faut donc que les scientifiques prennent activement la défense de la traduction pour pouvoir continuer à écrire en français. La survie de la langue française, comme de bien d’autres langues européennes, en dépend.

Au sein même de la Communauté européenne, continue Catherine Lalumière, « les traductions sont vitales, elles sont consubstantielles à la construction européenne », et on la croit volontiers, surtout quand elle énonce les chiffres suivants : l’Europe emploie 2 000 traducteurs – pour onze langues et bientôt plus de vingt –, dont 500 rien que pour le Parlement, sans compter les interprètes, ni les nouveaux membres, dont l’arrivée se traduira par 35 traducteurs et autant d’interprètes supplémentaires.

Les aides de l’Europe

Passant à l’industrie du livre – première industrie culturelle et premier exportateur dans le domaine culturel, même si, trop souvent, le terme de culture est associé à l’audiovisuel – et exprimant, après le secteur public, le point de vue du secteur privé, Anne Bergmann-Tahon, directrice adjointe de la Fédération des éditeurs européens, souhaite – ou, plus exactement souhaiterait – de l’Europe une aide financière plus importante envers les éditeurs et les traducteurs, une véritable politique européenne en faveur de la lecture, le maintien d’une TVA réduite pour le livre – l’Europe s’est engagée actuellement dans la révision de la TVA –, et une formation professionnelle pour les éditeurs, notamment pour ceux de l’Europe centrale et orientale qui, issus pour la plupart d’entre eux de l’« underground », connaissent mal les arcanes du métier.

Or l’aide envers le livre, au niveau européen, ne semble pas être une priorité, et l’Europe n’échappe pas à cette tension qui oppose ceux qui veulent le traiter comme une marchandise soumise au commerce et ceux, dont Catherine Lalumière défend les convictions, qui considèrent que le livre est autre chose et mérite des aides spécifiques.

Le fait que seul le programme Culture 2000 (2000-2004) mentionne le livre traduit bien un contexte européen peu favorable. Et encore, le livre n’a-t-il eu une place dans ce programme qu’in extremis, précise Antonios Kosmopoulos, chef de l’Unité culture et programme cadre de Culture 2000, qui, confronté aux reproches des différents acteurs de la chaîne du livre, leur fait vivement remarquer que s’ils avaient essayé de mieux se faire entendre et de faire preuve d’un peu de pugnacité, la situation n’aurait peut-être pas été aussi « délicate ». Une séance de rattrapage leur est fixée dans deux ans, lors de la discussion du prochain programme cadre.

Mais ce manque d’implication de la profession suffit-il à lui seul à expliquer que l’on soit passé du programme Ariane (1997-1999), qui accordait au livre une très forte visibilité, puisqu’il était entièrement consacré au soutien au livre, à la lecture et à la traduction, à Culture 2000, qui accorde 167 millions d’euros sur 5 ans pour toutes les activités culturelles européennes ?

Moyens limités, demandes énormes, seuls quelques projets peuvent être soutenus par la Communauté européenne. Dans le domaine de la traduction, Antonios Kosmopoulos distingue deux axes dans l’action de l’Europe : le financement de traductions – environ 300 titres par an – et celui de collèges de traducteurs, que, décidément fort désireux de stimuler les différentes personnes concernées, il aimerait voir se structurer un peu mieux et avoir des projets plus ambitieux. Ce dont a dû prendre acte Claude Bleton, représentant du Réseau européen des collèges internationaux de traducteurs (RECIT), qui a surtout insisté sur l’utilité des rencontres entre auteurs de tous pays et sur la qualité des traductions, qui ne peut se maintenir qu’au travers de programmes de formation.

Pour terminer sur une note plus optimiste, Jean-Pierre Dalbéra, chef de la mission de la recherche et de la technologie au ministère de la Culture et de la Communication, a donné des exemples de la présence active de l’Europe, si ce n’est directement dans le secteur consacré à la culture, du moins indirectement dans celui de la Recherche et du Développement par le volet affecté à la culture numérique : parmi ces exemples, le projet Debora (Digital accEss to Books Of the RenAissance) réservé à la numérisation d’ouvrages fragiles et le programme Minerva 2, réseau ministériel pour la valorisation des activités de numérisation.

Rappelons aussi, comme l’a fait Marc-André Wagner en introduisant cette table ronde, l’aide à la traduction apportée, au niveau français, par le Centre national du livre 3.