entête
entête

Minorités et multilinguisme

Anne-Marie Bertrand

Organisée par l’Enssib, cette table ronde du Salon du livre de Paris fut animée par François Dupuigrenet-Desroussilles, directeur de l’Enssib, qui, en ouverture, en présenta le propos : au départ, il s’agissait d’une question d’ordre pédagogique (pourquoi les language cultural skills sont si importantes dans la formation des bibliothécaires aux États-Unis, alors qu’en France on ne s’est jamais vraiment posé la question) qui s’est élargie à la question du rapport des bibliothèques aux minorités culturelles. Trois bibliothécaires étaient conviés à présenter leur point de vue : Dominique Tabah (bibliothèque municipale de Bobigny), Maryse Oudjaoudi (BM de Grenoble) et Terry Weech (enseignant à l’Université d’Illinois-Urbana Champaign).

Les deux bibliothécaires françaises apportèrent des témoignages voisins. Bobigny comme Grenoble sont des villes de forte immigration où les bibliothèques cherchent à toucher l’ensemble de la population. Les fonds en langues étrangères sont composés non seulement de fiction, mais aussi de documentaires, de livres pratiques et d’albums pour enfants. Les difficultés sont grandes (trouver, acheter, cataloguer les livres) et la coopération impérieuse – avec les associations pour le choix des livres, entre bibliothèques pour le travail technique, notamment de traduction. L’une après l’autre, les deux bibliothécaires insistèrent sur l’objectif de valorisation que sous-tend la constitution de ces fonds : « Faire de la bibliothèque un lieu d’accueil pour tous, c’est aussi valoriser les populations qui y habitent et les langues qui y sont parlées », dit Dominique Tabah, et Maryse Oudjaoudi : « Le bilinguisme est une vraie richesse, une vraie compétence : il faut que ce soit un atout pour les jeunes dans leur parcours scolaire. » La formation des bibliothécaires, le choix de livres en français facile, l’apprentissage du français furent quelques-unes des questions évoquées.

Dans son intervention, Terry Weech commença par évoquer l’arrière-plan politique américain : les États-Unis, pays d’immigration s’il en est, connaissent depuis longtemps la difficulté des questions ethniques. Dans les années 1960, le mouvement afro-américain (comme on ne disait pas à l’époque) se préoccupait plus des droits civiques que de questions linguistiques. La guerre du Vietnam fit/vit arriver une forte immigration asiatique, tandis que l’immigration hispanique ne faisait que s’amplifier : la question des langues fut, dès lors, mise en avant. Pour les bibliothèques, il s’agissait alors de fournir des services aux lecteurs de ces communautés. Aujourd’hui, la terminologie a changé, explique Terry Weech : on parle d’information literacy (accès à l’information), qu’elle concerne les livres, la presse ou Internet. La question est traitée différemment, selon les types de bibliothèques. Dans les bibliothèques universitaires, le premier souci est d’aller vers les étudiants et les enseignants étrangers pour prendre en compte leur culture ; dans les bibliothèques publiques, l’enseignement de l’anglais est un des axes forts ; dans les bibliothèques scolaires, on s’appuie sur un réseau de volontaires, qui donnent du temps et des livres.

La question des minorités culturelles semblait ainsi se dissoudre dans celle des nouveaux immigrants.