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Formation à la maîtrise de l'information et mutualisation des connaissances

Rencontres nationales des Urfist

Juliette Doury-Bonnet

À l’occasion des vingt ans des Unités régionales de formation à l’information scientifique et technique (Urfist), le ministère de l’Éducation nationale et le réseau des Urfist ont organisé une journée d’étude dans les locaux de l’ancienne Manufacture des tabacs à Toulouse, le 19 novembre 2002.

L’université de Toulouse I s’est dotée des outils et des compétences et a développé les pratiques de formation méthodologique dès le premier cycle universitaire : son président, Bernard Belloc, a ouvert la séance avec conviction en insistant sur la synergie réseau-compétences-besoins au sein de l’établissement et sur l’importance stratégique de la gestion de l’information à l’université. Une étape reste à franchir : intégrer les résultats des travaux des Urfist dans la formation des enseignants chercheurs.

Marie-Dominique Heusse, directrice du service commun de documentation (SCD) de Toulouse I et du service interuniversitaire de coopération documentaire (SICD), a mis l’accent avec véhémence sur l’hétérogénéité de la formation des étudiants à la méthodologie documentaire dans les universités, au niveau national et européen.

Jean-Émile Tosello-Bancal, de la sous-direction des bibliothèques et de la documentation (SDBD) du ministère de l’Éducation nationale, est revenu sur les étapes de la formation depuis vingt ans. Il a insisté sur la « mutualisation » des compétences et des connaissances et sur la nécessaire évaluation des formations proposées. Il a privilégié trois logiques : service (en analysant les besoins des différents publics, étudiants, bibliothécaires et enseignants), proximité et réseau.

Analyse des ressources

Ghislaine Chartron (Urfist de Paris), a introduit la première séquence, « De l’utilité des sites pédagogiques sur Internet : analyse des ressources pour la formation » qui a consisté en une présentation de cinq sites, pour la plupart en cours de réalisation, issus de la réforme d’avril 1997 concernant la « méthodologie du travail universitaire » dans les enseignements de premier cycle universitaire.

Claire Panijel (Urfist de Paris) a présenté Cerise 1 (Conseils aux étudiants pour une recherche d’information spécialisée efficace), guide en ligne d’initiation méthodologique à la recherche d’information, destiné plus particulièrement aux étudiants de premier cycle en lettres et sciences humaines. Le public (300 connexions par jour) est constitué d’étudiants (50 %) et d’enseignants ou de bibliothécaires assurant des formations méthodologiques (50 %). C. Panijel, comme tous les intervenants qui lui ont succédé, a insisté sur la lourdeur de la mise à jour et de l’entretien du réseau. Lise Herzhaft (Urfist de Lyon) a évoqué la genèse du Jurisguide 2 destiné à orienter le travail des étudiants dans le dédale des sources du droit. Conçu en réseau, le Jurisguide fait partie des projets pédagogiques sélectionnés par le serveur Formist 3, réseau francophone pour la formation à l’usage de l’information dans l’enseignement supérieur, mis en place à l’initiative du ministère de l’Éducation nationale. Elle a mis l’accent sur les difficultés d’organisation et de réalisation rencontrées par le groupe de travail pour l’élaboration d’un tel guide. Christophe Boudry (Urfist de Paris) a décrit Bioguide 4, dispositif d’autoformation à l’information scientifique et technique en biologie, mis en place à l’intention des enseignants chercheurs et des étudiants en troisième cycle pour qui il devient très difficile de s’orienter, en raison de l’augmentation du nombre des sources. Vingt et un visiteurs par jour en moyenne ont été comptabilisés sur la page d’accueil depuis janvier 2000, et 81 sur le module « Savoir interroger Medline Pubmed », l’une des principales bases de données bibliographiques dans le domaine biomédical. Annie Léon est intervenue pour présenter le projet de guide en sciences économiques coordonné par l’Urfist de Paris, qui reprendra en l’adaptant la maquette du Jurisguide et s’adressera à un public d’étudiants en économie et gestion, friands de « prêt à consommer ». Elle a lancé un appel aux bonnes volontés en particulier du côté des enseignants, car il n’y a pas encore assez de participants pour mettre le site en ligne ! Enfin, Gabriel Gallezot (Urfist de Nice) a exposé le projet Chimist, en insistant comme ses prédécesseurs, sur le caractère hétérogène et foisonnant des sources d’information sur le web et sur la nécessaire « mutualisation » des connaissances et des compétences.

Un débat s’est engagé avec la salle sur le thème de la lourdeur des guides en ligne, tant pour les concepteurs que pour les usagers. Ghislaine Chartron a pointé un problème de fond : comment former des gens qui ne veulent pas être formés, qui ont une « culture Google » ? Mais comme l’a fait remarquer Jean-Max Noyer (Paris VII), élaborer des guides, puis des guides de guides, prouve que l’on est encore dans la logique de l’univers papier.

La formation des usagers en Europe

Jacques Reibel (Urfist de Strasbourg) a introduit la deuxième séquence : « La formation des usagers à l’heure européenne ». Angela Joyce (université de Bristol) a présenté la salle de formation virtuelle (Resource Discovery Network virtual training suite 5) dans laquelle 54 didacticiels de formation à la recherche d’information par discipline sont mis à la disposition des étudiants, enseignants et chercheurs de l’enseignement supérieur ou professionnel. Puis Véronique Hadengue-Dezael (Haute école de gestion de Genève) a exposé le projet CALIS, Computer Assisted Learning for Information Searching 6, issu d’un partenariat helvético-québécois, dont la première tranche s’achèvera en 2003 et la seconde en 2007. L’objectif est de rattraper un certain retard en matière d’e-learning en créant un campus virtuel. Il s’agira d’un tronc commun adaptable aux différentes disciplines (économie, dentisterie, information documentaire) et destiné aux étudiants et professionnels des disciplines traitées.

L’après-midi s’est ouverte par la présentation d’une pré-enquête du ministère de l’Éducation nationale portant sur les formations à la maîtrise de l’information mises en place par les enseignants du supérieur, c’est-à-dire sur des formations moins bien connues que celles assurées par les SCD ou les filières information et communication ou documentation. Le rapporteur, Mathieu Stoll (SDBD), a été assez violemment pris à parti par un auditeur qui considérait que l’enquête, qui serait diffusée en décembre 2002, n’était pas représentative puisqu’elle ne portait que sur huit universités…

Mutualiser les formations

La séance suivante, introduite par Christine Girard (Urfist de Bordeaux), avait pour thème « Comment mutualiser les formations ». Bruno Deshoullières (université de Poitiers) a présenté un site pilote en cours d’évaluation, IPinfo (Intranet pédagogique pour la formation à l’information scientifique et technique 7), qui permet l’accompagnement des enseignants et des étudiants dans la gestion de projets d’étude. IPinfo, logiciel libre et gratuit, gère des droits, des espaces de travail et des services, selon le statut de l’utilisateur. Il offre aux étudiants une base de données de références bibliographiques personnalisée. C’est un système d’information qui autorise la publication des travaux des étudiants sous la forme de pages web. Il proposera aux étudiants une aide méthodologique dans la conduite du processus de recherche des informations.

Alexandre Serres et Marie-Laure Malingre (Urfist Bretagne-Pays de la Loire) ont ensuite évoqué le projet Metafor, « fichier ressources » en ligne destiné aux formateurs en maîtrise de l’information. Metafor ouvrira fin 2003 sur le site de l’Urfist de Rennes 8.

Élisabeth Lacombe, Jo Link-Pezet et Olivier Ertzscheid (Urfist de Toulouse) sont intervenus enfin pour décrire FoRSIC 9, un outil coopératif de gestion des connaissances au service de l’aide à la formation à la recherche documentaire, dont les objectifs sont de créer un référentiel professionnel et pédagogique des formateurs, de gérer collectivement leurs compétences et les ressources pédagogiques qu’ils créent ou qu’ils utilisent, de faire l’inventaire de leurs sources d’information préférées, de mettre en place l’accès à des formations et à des ressources ouvertes aux étudiants de manière ouverte et adaptée. L’ouverture nationale de FoRSIC est envisagée.

Concluant la journée, Jean-Émile Tosello-Bancal s’est félicité d’un tel foisonnement. Il n’a pas caché la redondance de certains projets, même si les logiques peuvent être différentes, et s’est interrogé sur leur pérennisation et leur articulation. Il a remarqué que les étudiants étaient un peu absents de leur conception. Il a rappelé la nécessaire évaluation des besoins des formateurs et a insisté sur la difficulté à mener les enquêtes. Il a reconnu que l’on manquait de recul, à part sur certains produits comme Cerise, déjà bien expérimenté.

Après un échange entre les intervenants de la journée et le public, ces rencontres 10 se sont achevées par un goûter d’anniversaire.