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Qu'est-ce qu'un(e) bibliothécaire ?

Anne Kupiec

Qu’est-ce qu’un(e) bibliothécaire 1 ? Pourquoi poser à nouveau cette question ? Elle a été maintes fois formulée et de multiples réponses ont été données.

Il n’y a nulle prétention à apporter, aujourd’hui, une réponse définitive et péremptoire. Il s’agit plutôt de faire l’hypothèse que la quasi-permanence de la question résulterait d’une difficulté à définir le statut de la bibliothèque et, par voie de conséquence, de ceux qui y sont attachés : les bibliothécaires.

Cette difficulté ne résulterait-elle pas de la stratégie de rupture longtemps adoptée par des bibliothécaires dynamiques et de la tentation de la modernité à laquelle ils sont sensibles ?

Une stratégie de rupture

À partir de la fin du XIXe siècle, ces bibliothécaires ont lutté, avec beaucoup de détermination, contre les effets du legs révolutionnaire et la masse des livres issus des dépôts littéraires qui apparaissaient encombrants. Ils ont tenté de distinguer la bibliothèque publique, à la fois des bibliothèques scolaires et de celles des associations philanthropiques. Ils se sont opposés, enfin, à l’Église en considérant la bibliothèque comme un établissement républicain et laïque. C’est donc d’abord contre le passé et des institutions jugées comme concurrentes que ces bibliothécaires ont élaboré le statut de la bibliothèque publique et cherché une reconnaissance qui fut d’abord très limitée. En un mot, la bibliothèque publique s’est bâtie par défaut.

Les bibliothécaires modernistes d’alors, emmenés par Eugène Morel, fondateurs de l’Association des bibliothécaires français (ABF), font également valoir un principe promis à un bel avenir : celui de la communication qui devrait désormais l’emporter sur celui de la conservation.

Comment l’idéal républicain, celui de la IIIe République, inspiré de l’esprit des Lumières – s’affranchir de l’ignorance pour devenir libre – s’est-il incarné dans la bibliothèque ? Certes le principe de communication et la visée encyclopédique ont été considérés comme pertinents. Mais la séparation originaire d’avec l’école n’a pas placé la bibliothèque du côté du savoir ou de la transmission – domaines réservés à l’institution scolaire. Or, à cette période, les transformations du système éducatif (de l’obligation scolaire à la recréation des universités) affectèrent évidemment les modalités de transmission du savoir, mais aussi celles de l’institution du citoyen (Durkheim est très explicite sur ce point). La bibliothèque se situe à l’écart.

Dès lors, les conceptions relatives à la formation nécessaire aux bibliothécaires ne s’articulent-elles pas à celles de la bibliothèque ? Morel présente une réflexion significative : « Nous les voudrions d’instruction supérieure. On a établi là-dessus des équivalences de diplôme ; on exigerait le doctorat ès lettres ou ès sciences. » Mais, ajoute-t-il, « je crains bien que tant de diplômes ne servent qu’à recruter le rebut des diplômés, – diplômés de ce qui ne mène à rien : lettres et histoire. » 2 D’emblée, on le constate, la formation universitaire initiale est critiquée. Charles Sustrac, secrétaire général de l’ABF l’avait affirmé dès 1907 : « Le bibliothécaire n’est pas un savant. » 3 Morel considère, en 1910, que la formation professionnelle devrait se fonder sur la connaissance du livre, les modes de classement et de recherche bibliographique, les bibliothèques et, déjà, sur le rôle social du bibliothécaire 4.

L’inversion des principes de conservation et de communication – justifiée par la volonté d’ouvrir la bibliothèque dans un monde considéré comme nouveau –, la volonté de se tenir sur un terrain spécifique, les conceptions relatives à la formation, inaugurent une longue série de choix qui sont apparus nécessaires pour conforter le statut de la bibliothèque et, partant, l’identité des bibliothécaires.

Ces choix ne sont pas sans effets. Ils conduisent à négliger ce qui caractérisait « l’ancienne bibliothèque » – des collections patrimoniales pour un public choisi – et à faire prévaloir mouvement et dynamisme. Ce qui entraîne notamment un profond renouvellement de l’offre par l’introduction de journaux, de magazines 5, de documents d’information, puis de la musique, de l’image et des nouvelles technologies. Au-delà de la diversité des supports ainsi introduits dans la bibliothèque, apparaît aussi une attention plus grande portée aux publics 6. Les bibliothécaires cherchent en effet à les faire entrer puis rester dans la bibliothèque, c’est l’avènement de ce que l’on appelle l’animation. Au fil des années, la sensibilité des bibliothécaires à la question sociale s’accroît, avertis qu’ils sont des évolutions caractéristiques de la société française.

Les bibliothécaires dévoués à la modernité de la bibliothèque sont ainsi marqués par l’action et leur investissement dans le « faire ».

Définir le(s) métier(s) des bibliothécaires

Dès lors qu’une stratégie de rupture et une prédilection pour le mouvement vers la modernité l’emportent, on comprend qu’il soit malaisé de définir le statut de la bibliothèque et l’identité des bibliothécaires. En effet, celui-là et celle-ci se modifient au fur et à mesure de la transformation de l’offre, de la diversification des modalités d’accueil des publics, voire des exigences des tutelles. Finalement, cette stratégie destinée à asseoir le statut de la bibliothèque et l’identité du bibliothécaire n’a que partiellement atteint son but si l’on prend en compte la longue durée. Il y a une quinzaine d’années déjà, Bernadette Seibel insistait sur la diversité interne de la profession de bibliothécaire 7.

C’est ainsi que les récentes tentatives pour définir le(s) métier(s) des bibliothécaires ont pris appui sur leurs activités mêmes sans pouvoir se fonder sur une définition préalable – bien que les statuts des fonctions publiques donnent quelques indications – qui ne peut être que restrictive et incomplète. Ce qui est particulièrement remarquable, c’est qu’il est quasiment impossible de rendre compte de la diversité des activités du bibliothécaire à l’aide d’un seul verbe, alors qu’un médecin soigne, un mécanicien répare et un professeur transmet. De surcroît, l’examen des activités des bibliothécaires a conduit à évoquer les et non le métier des bibliothèques en raison de leur très grande variété et du recours à des compétences très différenciées.

À ces premiers constats, s’ajoute un paradoxe. En effet, un examen – certes partiel – des activités des bibliothécaires et des compétences qu’ils mettent en œuvre laisse apparaître la faiblesse des compétences spécifiques liées au monde des bibliothèques en regard de l’importance de compétences générales partagées par de nombreux secteurs professionnels 8.

Face à ce qui peut apparaître – au moins aux yeux des bibliothécaires – comme une sorte de brouillage du statut de la bibliothèque et de leur identité, il était tentant, et même nécessaire aux yeux de certains, de « formaliser les fonctions de chaque corps 9 [ce qui a conduit à] mieux se rendre compte que l’on définit une typologie des métiers des bibliothèques » 10, tout en considérant que « la profession est une ». L’objet n’est pas ici de distinguer et de comparer les définitions respectives du « métier » et de la « profession ». Il s’agit simplement de porter l’accent sur la tentative – toujours renouvelée – de fonder l’identité du bibliothécaire en dépit de la variété des compétences, des activités et même des statuts.

À ce stade, une nouvelle interrogation point. L’absence de forte identité des bibliothécaires ne résulte-t-elle pas d’un insuffisant centrage sur des compétences spécifiques ? C’est visiblement l’interrogation d’Alain Gleyze qui, notant leur place mineure, et notamment de celles qui sont jugées fondamentales, invitait à les accroître : « Dans les compétences spécifiques, la “culture du livre, du document et de l’information” et la “culture des bibliothèques et de la documentation” semblent bien constituer les bases fondamentales sur lesquelles doivent se construire des compétences particulières […]. On pourrait aussi envisager une autre compétence spécifique qui serait “culture du patrimoine” et porterait sur la connaissance de domaines voisins comme les archives et les musées. » 11 Dans le domaine des compétences générales, non pas complémentaires, mais fondamentales, Alain Gleyze suggère également de substituer à celle appelée « environnement universitaire et culturel », une autre appellation qui atténue le contenu institutionnel au profit d’une dimension plus traditionnelle que moderne : « environnement intellectuel et culturel ». Ces remarques invitent à mettre davantage l’accent, semble-t-il, sur des institutions de conservation et à en rapprocher la bibliothèque ; elles insistent également sur l’intérêt de la production du savoir.

Parallèlement, des bibliothécaires font valoir, dans les bibliothèques aux collections importantes, l’intérêt d’une connaissance disciplinaire pour mieux renseigner et acquérir. Autrement dit, connaître les fondements, les orientations et les enjeux de telle ou telle discipline, en continuant à en suivre les évolutions.

Il apparaît ainsi que l’intérêt pour la conservation et la production des savoirs enrichirait les principes de communication et, plus généralement, de diffusion qui structurent les bibliothèques. Conservation et production n’ont certes pas disparu du monde des bibliothèques, mais elles y occupent une place plus étroite 12 que préalablement à l’avènement des bibliothécaires modernes.

L’identité des bibliothécaires

Illustration
Page 92 de l’ouvrage de Charles Henri Bach et Yvonne Odon, Petit guide du bibliothécaire, Paris, Éditions Bourrelier, 1952.

À l’évidence, ces questionnements ne sont pas nouveaux. Ainsi, Bertrand Calenge, s’interrogeant sur l’identité des bibliothécaires, a rappelé les typologies déjà utilisées pour les conservateurs 13. Selon Hubert Fondin, on distingue trois types de bibliothécaires : le bibliothécaire de conservation, le bibliothécaire de lecture et le bibliothécaire spécialisé. Pour Michel Melot, la typologie est également ternaire : il s’agit du bibliothécaire-chercheur, du bibliothécaire-ingénieur et du bibliothécaire-gestionnaire. Sans s’arrêter sur les caractéristiques respectives de ces deux propositions, il suffit ici de souligner deux points. D’une part, chaque typologie excède la partition traditionnelle entre bibliothèque de lecture publique et bibliothèque d’étude et de recherche ; d’autre part, la seconde typologie emprunte des formulations qui peuvent être utilisées dans d’autres secteurs professionnels : ingénierie et gestion. Au-delà de l’intérêt propre de chacune de ces typologies, il faut convenir qu’elles donnent de l’identité des bibliothécaires une vision complexe.

Ne peut-on penser que c’est pour tenter de clarifier cette situation identitaire que Bertrand Calenge s’est ainsi exprimé : « Les bibliothécaires (au sens générique) et leurs formateurs désignent comme objet du métier tantôt l’information, tantôt la gestion d’un équipement public […]. Or, les bibliothécaires ne sont pas des spécialistes exclusifs des sciences de l’information […]. Nous proposons donc de raccorder étroitement les bibliothécaires aux collections, et de fonder les métiers des bibliothèques sur un objet clairement identifié : la gestion d’une collection, en tant que fonds et ensemble d’accès documentaire rendus vivants par le service à des publics identifiés. » 14

Il s’agit pour Bertrand Calenge de proposer une réponse aux professionnels des bibliothèques : s’ils « ressentent souvent un malaise quant à la reconnaissance de leur métier (notamment vis-à-vis des universitaires), c’est peut-être en partie parce que l’objet de ce métier n’est pas reconnu comme “science” dans le cadre des sciences humaines et sociales » 15. Il considère que les compétences mises en œuvre par les bibliothécaires relèvent davantage d’un art que d’une science à l’instar de la médecine, les arts – « au sens humaniste du terme » – « manipulent des outils de plus en plus complexes dans une approximation toujours réajustée ». La bibliothéconomie est, selon Bertrand Calenge, le fondement des activités du bibliothécaire à partir duquel peuvent se greffer des compétences disciplinaires (médecine, jeunesse, etc.), des compétences selon les profils de spécialité liées à l’emploi occupé (traitement du document, accueil du public par exemple), et une approche d’un métier-cible (biblio-orienteur, gestionnaire de projet en ingéniérie documentaire…) 16.

Sans vouloir discuter au fond sur la définition de la bibliothéconomie qui apparaît ici davantage comme une technique – d’ingénieur ou de gestionnaire – destinée à mettre en relation collections et publics, on peut être étonné que soient appelées spécialisations la médecine et la jeunesse qui n’ont absolument pas le même statut ; l’une est une discipline scientifique, l’autre une branche de la production éditoriale. Ce rapprochement semble entretenir une confusion que la démonstration de Bertrand Calenge cherchait à supprimer. L’introduction de notions telles que les spécialités de l’emploi et de métiers-cibles, si elle cherche à rendre compte de la richesse des activités des bibliothécaires, ne permet pas de répondre – mais ce n’était pas leur but principal – à la question posée : comment définir l’identité des bibliothécaires et, par voie de conséquence comme le note Bertrand Calenge, quel est son degré de reconnaissance ?

Pour cerner davantage encore la question de l’identité des bibliothécaires, on peut raisonnablement envisager d’interroger l’École nationale supérieure des sciences de l’information et des bibliothèques (Enssib). En effet, en tant que lieu de formation initiale des conservateurs et des bibliothécaires 17, l’école, imagine-t-on, est supposée pouvoir donner une définition régulatrice. Ainsi, on peut lire dans un annuaire récent que les conservateurs « sont chargés de traiter, conserver et communiquer des informations et des documents. […] Si les destinations professionnelles sont diversifiées, les compétences techniques qu’elles mobiblisent reposent sur des savoir-faire comparables. » L’objectif de l’école est d’abord d’apporter une « compétence technique de haut niveau et la capacité à gérer » 18. Le conservateur est finalement présenté comme un ingénieur de l’information 19. Mais dans une brochure destinée aux conservateurs territoriaux 20, on lit : le conservateur est un « gestionnaire d’établissement, un chef de projet (tant culturel que documentaire), un spécialiste de l’informatique documentaire et un spécialiste des nouvelles technologies ». Il est aussi « un médiateur culturel et social » au sens où, en partenariat, il agit en faveur de « la rencontre du public avec la culture et la connaissance » et de « l’accès à tous les publics de la lecture ». D’autres documents le présentent comme un gestionnaire, un concepteur de système documentaire. Que peut-on en conclure ? La variété des définitions dessine une identité assez floue dont se dégagent cependant l’ingénierie et la gestion de l’information.

À ce point, une question taraude. La stratégie de rupture et l’attrait pour la modernité, qui furent sans doute nécessaires, n’ont-ils pas, à la longue, occulté les buts que se fixaient les bibliothécaires modernistes à l’origine ?

En dépit de l’idéal des Lumières, les choix effectués, et notamment la séparation originelle de la bibliothèque d’avec le lieu de transmission de savoir qu’est l’école et le rejet de la bibliothèque pour érudits, ont durablement affecté les bibliothécaires. Selon Bernadette Seibel, les pratiques des bibliothécaires « s’opposent aux pratiques de “distinction” liées à l’excellence et la notoriété que confèrent directement les activités de production intellectuelle (recherche par exemple), ou, par délégation, la rareté de l’héritage du passé ou la cohérence du patrimoine de demain » 21. La direction empruntée par Morel ou Sustrac n’a-t-elle pas également ouvert la voie aux orientations tecnhiques de la formation des bibliothécaires ? Bernadette Seibel montrait aussi, en 1988, que les jeunes générations de bibliothécaires étaient caractérisées par une compétence culturelle générale qui « se distingue de la compétence savante ou spécialisée caractérisée par une posture intellectuelle d’approfondissement » 22.

Ces interrogations relatives à la formation n’ont cessé d’être reformulées au cours du siècle parce qu’elles sont évidemment étroitement liées aux conceptions du statut de la bibliothèque, à l’identité du bibliothécaire et aux représentations que celui-ci se fait de ses activités. À tel point qu’aujourd’hui sont envisagés des outils d’évaluation permanente de la formation dispensée aux futurs membres de la catégorie A des corps de bibliothèques. Il s’agirait, notamment pour le diplôme de conservateur de bibliothèque, « d’un référentiel qui inclut la retranscription des activités et des compétences en modules de formation ». Il reste que la formation actuelle des conservateurs ne rompt pas de manière décisive aves les orientations du passé. Les enseignements consacrés à l’usage de l’informatique dans les bibliothèques, associés à ceux consacrés à l’accès aux documents, représentent quatre dixièmes des enseignements. En revanche, la formation à l’accueil du public – la communication effective en quelque sorte – reste faible, alors même qu’elle serait susceptible de poser des questions de fond relatives au statut de la bibliothèque, à l’identité des bibliothécaires et à leur reconnaissance. Anne-Marie Bertrand le soulignait récemment 23.

Un nouvel investissement intellectuel ?

Le choix de la modernité a conduit la bibliothèque à faire la part belle à des documents d’information, à l’actualité et à l’actualisation des collections, bref au nouveau et à la lecture utile comme on disait dans les années 1930. Le principe de communication 24, toujours renouvelé, a entraîné une forte orientation vers les nouvelles technologies supposées améliorer l’accès aux ressources documentaires. Associé étroitement et logiquement au libre accès, ce principe a renforcé l’analogie entre la bibliothèque et les lieux banals de consommation. Le modèle du « grand magasin », que Morel appelait de ses vœux, semble s’être réalisé. Mais il convient aussi de souligner que ces transformations se sont appuyées sur la notion, plus ou moins largement partagée, de la bibliothèque comme bien commun.

Mais est-il certain que le « nouveau » soit suffisant pour lutter contre l’opinion, former le jugement et conserver l’idéal républicain tel qu’il avait été défini par les bibliothécaires modernes d’antan ? Pour ce faire, la prise en compte de « l’ancien » est sans doute nécessaire. Devrait-il être accompagné d’une sorte d’investissement intellectuel qui ferait du bibliothécaire un passeur qui sait ce dont il parle ?

Peut-on faire l’hypothèse qu’un investissement intellectuel accru renforcerait l’identité du bibliothécaire ? L’on pourrait d’emblée douter de la possibilité de mettre en œuvre cette hypothèse. En effet, cette orientation irait à l’encontre de celle adoptée depuis plusieurs décennies. En outre, d’autres institutions où ce type d’investissement avait sa place, comme l’école, ont constaté un reflux au profit de la « pédagogie » 25.

Pourtant, dans un article récent 26, Yolla Polity se demandait si une large part de l’identité professionnelle des conservateurs étrangers n’était pas fondée sur leur activité de recherche, notamment dans le domaine des sciences de l’information et de la communication. Elle constatait que les travaux des conservateurs français sont bien moins nombreux que ceux de leurs collègues étrangers. On sait d’ailleurs que, pour ce qui est des conservateurs, leur formation à l’Enssib n’inclut plus une filière recherche comme ce fut le cas dans le passé.

Pourtant, la recherche qui exige production et investissement intellectuels est susceptible de donner une légitimité dont les effets structurent l’identité professionnelle. S’il est probable que la légitimité scientifique d’un conservateur de bibliothèque universitaire – et a fortiori de son directeur – soit renforcée par un titre universitaire de troisième cycle – et plus particulièrement d’une thèse –, à la fois dans son établissement, mais surtout auprès des conseils de l’université, ce n’est pas aussi vrai pour le conservateur territorial. Pour celui-ci, sa légitimité ne serait-elle pas accrue si la bibliothèque où il exerce constituait un lieu de recherche appliquée qui, elle aussi, exige une solide formation ?

Par voie de conséquence, si une telle conception devenait partagée et mise en œuvre, il est probable que, dans les années à venir, les bibliothèques constitueraient une part visible dans le champ des sciences de l’information et de la communication, à l’instar de ce qui se passe dans d’autres pays notamment de l’Union européenne, mais aussi vraisemblablement dans les champs de l’histoire du livre, de l’histoire culturelle, de la sociologie de la culture, des politiques publiques par exemple.

On peut également penser que cette visibilité des bibliothèques par la recherche – fondamentale ou appliquée – représenterait aussi un atout significatif tant pour les universités que pour les collectivités territoriales. Cette approche problématique apparaît évidemment nécessaire, d’abord pour comprendre le sens – voire la valeur – des fonctions qu’exerce un bibliothécaire, ensuite pour recourir aux savoir-faire en tant que moyens servant à des finalités dans une perspective d’enseignement, de culture et de développement du savoir et de la connaissance. Dans un tel contexte, l’identité des bibliothécaires ne deviendrait-elle pas plus forte et plus visible ?

Les bibliothécaires, toujours sensibles au nouveau, sont-ils prêts pour ce commencement ?

Novembre 2002