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L'Autoformation à la Bibliothèque publique d'information

Régine Daval

Anne Jay

Anne Volkoff

À la réouverture de la Bibliothèque publique d’information, en l’an 2000, la nouvelle configuration de la bibliothèque s’est attachée à offrir et à mettre en valeur de nouveaux services vers des publics plus diversifiés.

Parallèlement à l’offre multimédia, la bibliothèque propose aujourd’hui des espaces dédiés à l’Autoformation (niveau 2), à la Presse (niveau 2), aux Références (niveau 1), et au Son et à la Vidéo (niveau 3).

Créé en 1977, l’espace Langues fut le précurseur de ces espaces. Il était un lieu d’autoformation en langues et un espace d’information sur les langues. Il proposait des méthodes audio, vidéo et, à partir de 1994, des méthodes sur cédéroms adaptées au travail en autonomie. En 1997, 60 cabines d’apprentissage permettaient d’apprendre 135 langues et dialectes. D’après les statistiques journalières, les demandes portaient surtout sur le français langue étrangère (FLE) et l’anglais, mais les langues rares trouvaient aussi leur public.

Créé en 1986, l’espace Logiciels a d’abord été alimenté par des dépôts d’éditeurs, puis par des acquisitions propres à la BPI. En 1997, il proposait sur 16 micro-ordinateurs plus d’une cinquantaine de didacticiels d’autoformation essentiellement en bureautique et publication assistée par ordinateur (PAO), mais aussi dans tous les domaines de la connaissance (orthographe, mathématiques…).

Le succès de ces deux espaces et la volonté politique de créer un lieu de formation et d’information intégré à la bibliothèque, où l’on peut venir s’initier, se recycler, se perfectionner dans de nombreux domaines ont été l’élément moteur de ce projet.

L'espace Autoformation

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Entrée de l’espace autoformation : zone de choix, catalogues et réservation des postes informatiques. © BPI

Pour assurer une bonne visibilité, l’espace Autoformation a été situé à l’entrée du niveau 2 de la bibliothèque. L’espace est clairement délimité par une cloison transparente, ce qui permet de respecter la notion de travail individuel, sans pour autant en faire un lieu fermé, isolé du reste de la bibliothèque.

L’accès aux postes d’autoformation est soumis à réservation (sur place et immédiate), pour une séance de travail d’une heure, renouvelable dans la mesure des places disponibles. La réservation se fait au bureau d’accueil ou sur les postes Opac.

Les utilisateurs choisissent les documents analogiques à l’aide du catalogue ou des classeurs papier, puis effectuent leur demande au bureau d’accueil.

En ce qui concerne les documents informatiques, les utilisateurs les plus autonomes réservent une place directement sur les postes Opac. Le choix se fait depuis le poste de travail attribué à partir de la liste thématique (recherche par thèmes ou par mots-clefs) proposée par la base de données MmédiaView (EI-Audiovisuel) qui gère l’ensemble des applications. Cette liste permet d’accéder à une notice abrégée, une fiche descriptive et à l’application elle-même. L’accès aux applications est limité par le nombre d’accès simultanés acquis par la BPI.

La maintenance audiovisuelle et informatique est assurée par des techniciens et des informaticiens. Le personnel du bureau d’accueil est cependant capable de résoudre une grande partie des petits problèmes techniques.

La politique documentaire

L’espace Autoformation (cf. encadré)

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Aménagement de l’espace Autoformation

propose au lecteur de travailler seul avec des documents lui permettant d’apprendre et de progresser de façon autonome. Ils doivent donc répondre à des critères précis.

Les méthodes de langue (audio ou vidéo), ensembles pédagogiques multimédias d’apprentissage, doivent comprendre :

– la traduction des textes, des exercices et des explications si possible vers la langue maternelle de l’apprenant ;

– la correction des exercices avec des explications dans un langage simple destiné à un large public ;

– l’enregistrement AAC (audio, actif, comparatif) pour les cassettes audio ;

– une grande diversité de méthodes pour un même niveau afin de pouvoir répondre aux différents besoins et motivations des utilisateurs.

Les didacticiels doivent permettre une autonomie d’utilisation complète du lecteur grâce à :

– une interface simple et claire (menu explicite, icônes significatives) ;

– une aide contextuelle accessible en permanence, la possibilité de retour en arrière, de retour au sommaire ou d’arrêt de la consultation à tout moment sans perdre l’état du travail ;

– un contenu intellectuel et didactique de qualité, bien structuré avec une possibilité de parcours conseillé mais aussi de navigation libre ;

– une conception pédagogique adaptée à des adultes, éventuellement ludique ;

– une partie importante d’exercices avec leurs corrections ;

– un module d’évaluation pour tester les connaissances.

L’offre documentaire est très différente selon les domaines. Si les produits sont relativement nombreux pour l’apprentissage des langues étrangères y compris le français langue étrangère, ils sont aussi de qualité inégale et ne répondent pas tous aux critères souhaités. Pour les domaines autres que les langues, l’offre éditoriale n’est pas très abondante en particulier pour les adultes. La situation est cependant différente selon les secteurs.

Dans le secteur Bureautique, dactylographie, comptabilité et plus largement dans les domaines nécessitant le maniement d’un ordinateur, les produits sont nombreux, certains de grande qualité et très efficaces.

Dans le secteur Remise à niveau dans les matières fondamentales (français, maths), mis à part un éditeur spécialisé dans les produits de remise à niveau pour adultes en difficulté, les produits sont très rares, on ne trouve pas de véritable logiciel de dictée comportant les corrections grammaticales.

Dans les domaines plus techniques, il existe quelques titres très pratiques, comme le code de la route, ou des documents sur le secourisme.

Dans le Secteur scolaire et parascolaire, les produits sont nombreux mais de qualité très inégale et ont malheureusement souvent des interfaces un peu enfantines. Ce sont plutôt des logiciels d’accompagnement scolaire, reposant pour la plupart sur le modèle classique professeur/élève ou des exercices de révision du cours.

Les collections

Dans l’espace Autoformation, de nombreuses langues sont présentes : du chinois, du latin, du peul, de l’anglais ou du français langue étrangère, en tout 143 langues et dialectes de l’afrikaans au zoulou. La collection comprend 1 171 titres, dont 730 méthodes audio, 55 méthodes vidéo, 6 méthodes DVD, 148 films, 175 documents sonores, 73 cédéroms et quelques sites Internet.

Les méthodes de langue consistent en :

– des cours complets et progressifs avec dialogues, vocabulaire, grammaire, exercices, prononciation, éléments de civilisation, évaluations ;

– des cours abordant un point précis de la langue, comme l’expression écrite et orale, la compréhension écrite et orale, la phonétique, la grammaire ;

– des cours accélérés permettant d’apprendre les notions de base pour un voyage ;

– des cours spécialisés traitant de la vie professionnelle et nécessitant un niveau de langue intermédiaire à avancé sur les communications téléphoniques, la correspondance, l’entreprise, le commerce, l’hôtellerie et le tourisme, l’informatique…

Ces méthodes sont complétées par :

– des films (courts-métrages en version originale facilitant la compréhension orale) ;

– des documents sonores ou documents authentiques ;

– la réception par câble de : CNN (américain), BBC prime et BBC world (anglais), ZDF (allemand), RTM (arabe), CCTV (chinois), TVEI (espagnol), Euronews et LCI (français), RAI uno (italien) et TRPI (portugais).

Les autres domaines représentés vont de l’anatomie à Excel en passant par le code de la route…

La collection comprend 147 titres de cédéroms pour 323 accès simultanés, 3 titres de logiciels (Access, Excel et Word) et 54 sites Internet présélectionnés.

Le graphique 1

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Graphique 1. Didacticiels Autoformation – Nombre de titres par thème MmédiaView

montre la répartition de l’offre de didacticiels (sauf en langues) par thèmes MmédiaView : certains cédéroms ou sites Internet sont classés sous deux thèmes pour en faciliter l’accès par le public. Le tableau 1

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Tableau 1. Offre pour les principaux thèmes

détaille l’offre pour les principaux thèmes.

Cette collection est constituée à partir de l’offre du marché et ajustée en fonction des statistiques d’utilisation. Le principe est de privilégier la diversité des approches. Parmi les didacticiels de bureautique en particulier, deux éditeurs proposent des produits d’efficacité égale, mais l’un privilégie une démarche didactique rigoureuse et l’autre une navigation beaucoup plus libre.

L’appréciation du public

Les statistiques de réservation permettent de mesurer la fréquentation quotidienne de l’autoformation, la part relative de chaque type de documents (analogique et informatique) et de montrer les variations saisonnières (en moyenne 850 personnes par jour). Le graphique 2

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Graphique 2. Réservations Autoformation – Moyenne mensuelle

(Réservations par mois) résume l’ensemble des informations de fréquentation.

Le public vient toujours nombreux à l’autoformation surtout les jours où la file d’attente d’entrée à la BPI est moindre.

La base de données MmédiaView gère les statistiques de consultation et de diffusion. Nous disposons, pour chaque titre de cédérom, de trois données :

– le nombre de diffusions qui permet de mesurer la demande des utilisateurs ;

– le nombre de refus de diffusion qui, comparé au nombre de diffusions, donne une idée de l’adéquation de la collection à cette demande ;

– le temps moyen de diffusion qui permet de mesurer l’usage de la collection par les utilisateurs et la qualité des produits proposés.

Statistiques par thème

Le temps moyen de diffusion des titres de l’espace est de 15 minutes 24 secondes (cf. le graphique 3

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Graphique 3. 2001 – Autoformation – Cédéroms tous domaines – Temps moyen de diffusion (minutes)

: Temps moyen de diffusion).

Les thèmes les mieux consultés, ceux dont les titres sont consultés souvent et longtemps, sont le code de la route, la bureautique (didacticiels et logiciels), la dactylographie, le français et l’anglais.

Statistiques par document

Le croisement entre les trois données statistiques par document donne des indications intéressantes sur les dix premiers titres de chaque liste :

– une liste des best of de la collection (titres les plus consultés), à savoir 8 titres d’informatique et de bureautique et 2 titres de management ;

– une indication sur la demande des lecteurs (nombre de diffusions), qui comprend 4 titres de bureautique, 3 titres de dactylographie, 3 titres sur le code de la route, 1 titre de dictées ;

– une idée plus précise des lacunes de la collection par titres (nombre de refus), qui concernent 3 titres de dactylographie, 3 titres d’informatique (initiation et programmation), 2 titres d’expression écrite, 1 titre de solfège et 1 titre de culture générale.

Les 50 best of de la collection

Parmi ces 50 titres (cf. le tableau 2)

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Tableau 2. Meilleurs temps de diffusion des didacticiels et des cédéroms de langues

, 19 titres sont des cédéroms de langue.

L’analyse de la liste des didacticiels relève 14 titres de bureautique, 6 titres de management finance, 3 titres d’informatique, 3 titres d’Internet…

En bureautique, les produits d’Edu-Performance Canada, très didactiques, ont un grand succès auprès du public tout comme le didacticiel Excel de ENI, plus souple d’utilisation. En ce qui concerne l’initiation à l’informatique pour débutant, le cédérom édité par le Centre national d’éducation à distance (Cned), Des clics et déclics, correspond manifestement aussi à une attente du public.

Parmi les 19 titres de langues, on trouve 9 titres pour l’anglais, 6 titres pour le français, 2 titres pour le russe…

Pour le français langue étrangère, la demande porte surtout sur des cédéroms de niveau faux débutant à intermédiaire.

Statistiques des documents audio/vidéo de langues (cf. le graphique 4

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Graphique 4. Documents analogiques - Langues les plus consultées (plus de 500 demandes)

 : Langues les plus consultées)

La demande pour les documents analogiques reste très forte du fait de la relative pauvreté des titres de cédéroms proposés.

Les demandes en français langue étrangère (57 % du total) ont plus que doublé en deux ans. Ce chiffre s’explique par une fréquentation très importante des apprenants des pays de l’Est (Russes, Polonais…) et par les visites « découverte » de l’espace (lieu, fonctionnement, conseils personnalisés sur les méthodes de français langue étrangère).

Pour l’anglais (21 %), la démarche d’apprentissage est différente : les apprenants viennent se recycler (30 %), se perfectionner (30 %), préparer un examen (Test of English as a Foreign Language ou TOEFL 1, Test of English for International Communication, ou TOEIC 2) ou se spécialiser (30 %).

L’augmentation importante de la demande pour le français langue étrangère entraîne un bouleversement dans la consultation des autres langues : une baisse en pourcentage de l’espagnol, l’allemand, l’italien, le chinois, l’arabe, le russe et le portugais, et surtout une baisse sensible de la consultation des langues « rares » – 10,33 % en 2000 et 6,44 % en 2001.

Le public de l’espace Autoformation

Le public de l’espace Autoformation est un public d’habitués ; il fréquente l’espace 2 à 3 fois par semaine. C’est un public d’adultes, très diversifié en âge, nationalité, catégorie socioprofessionnelle, besoins et habitudes.

Quelles sont ses motivations ? Il vient par intérêt personnel (culture personnelle, curiosité, goût pour les langues, pour l’informatique) ou par intérêt professionnel (travail, recherche d’emploi, recyclage).

Beaucoup viennent à la BPI, parce qu’il s’agit du seul lieu à Paris où l’on peut se former gratuitement dans un grand nombre de domaines de la connaissance. De plus, les heures d’ouverture très larges (ouverture jusqu’à 22 heures tous les jours sauf le mardi) permettent de concilier vie familiale et vie professionnelle avec la nécessité de se former ou de se recycler.

Cet espace laisse une grande liberté (choix des horaires, choix d’une méthode ou d’un didacticiel adapté à ses besoins et à sa façon de travailler, absence d’inscription et de contrôle).

Certains viennent compléter des cours, se préparer à un examen (Bac, TOEFL, TOEIC, Diplôme d’accès aux études universitaires – DAEU) ou à un entretien d’embauche, se perfectionner en dactylographie, mais aussi trouver une langue rare, s’exercer ou vérifier leur orthographe, s’initier à Internet pour apprendre à communiquer avec leurs enfants ou petits-enfants au loin…

Des personnes d’origine étrangère (arabe ou asiatique) viennent y renouer avec la langue de leurs parents, ou des Français avec la langue parlée en Corse ou en Bretagne.

Le succès rencontré par un tel espace témoigne des besoins et des motivations du public en matière d’autoformation. Des séances de présentation et d’aide à l’utilisation des documents sont organisées le matin pour des publics spécifiques. Un travail en lien avec des organismes de formation sera mis en place progressivement.

Février 2002

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Espace autoformation : cabines audio / vidéo et bureau d’information. © BPI

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Espace autoformation : cabines analogiques (audio / vidéo). © BPI