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Nouvelles orientations pour la British Library

Ian Millar

Je suis très heureux d’avoir été invité à apporter ma contribution à ce numéro du Bulletin des bibliothèques de France, et de présenter à ses lecteurs les nouvelles orientations de la British Library, à un moment où les bibliothèques connaissent l’un des plus grands changements de leur histoire. On nous dit que l’information numérique disponible sur Internet est multipliée par deux toutes les 60 minutes. Près de 80 000 utilisateurs nouveaux se connectent chaque jour ; près de 5 000 sites nouveaux sont créés dans le même temps. La migration des services d’information sur le Net aboutit à une augmentation massive des consultations.

Les bibliothécaires se posent un certain nombre de questions sur la nature exacte de la bibliothèque numérique de demain et sur son fonctionnement. À quoi ressemblera-t-elle ? Quelles nouvelles responsabilités entraînera-t-elle ? Comportera- t-elle de gros avantages ? Et si oui, pour qui ? Les coûts d’exploitation seront-ils moins élevés ?

Nous ne le savons pas. En revanche, nous savons que cette évolution sera rapide, plus rapide que toutes celles que nous avons connues dans le passé. On nous dit que, dans quelques années, la grande majorité des revues d’étude et de recherche ne seront disponibles que sur support numérique, et la grande majorité des livres sous forme d’e-books. Plusieurs « bibliothèques numériques » existent déjà à l’état de projets ou de services opérationnels : Fathom, Netlibrary, Ebrary, pour n’en citer que quelques-unes.

Le rôle du bibliothécaire consiste à trouver la bonne information au bon moment ; il est plus que jamais déterminant, à une époque où l’utilisateur est submergé par le flot des informations véhiculées par Internet, et dont la plupart n’ont pas été vérifiées. La recherche d’information doit également être faite efficacement et au moindre coût. Nous avons aussi maintes occasions d’intervenir sur le plan qualitatif – filtrer l’information transmise aux utilisateurs, la synthétiser et, si les délais sont suffisants, l’analyser –, occasions à saisir absolument si nous voulons répondre aux attentes des utilisateurs.

Des bases solides

La British Library, bibliothèque nationale du Royaume-Uni, est aussi une bibliothèque internationale de recherche de réputation mondiale. En tant que bibliothèque nationale, c’est une institution relativement récente, puisque sa création remonte à 1972, date à laquelle un certain nombre de bibliothèques et de services ont été regroupés pour constituer un seul et même organisme.

Les collections ont toutefois une histoire beaucoup plus longue : rassemblées tout au long de deux siècles et demi, constituées de plus de 150 millions de documents représentant toutes les époques de la civilisation de l’écriture et tous les aspects de la pensée humaine, elles augmentent à la vitesse de 9,5 km de rayonnage par an (soit l’équivalent de trois millions de documents) et se sont enrichies dans une proportion telle qu’il n’est possible à aucun pays d’Europe de raconter son histoire de façon exhaustive sans y recourir. Elles comportent la plus importante quantité de documents orientaux qui existe dans le monde, et sans doute aussi la plus grande quantité de documents nord-américains, du moins en dehors du territoire des États-Unis. Pour un grand nombre de personnes, elle est « la » bibliothèque par excellence, dont le public est aussi large qu’éclectique. Chaque année, plus de quatre millions de documents sont consultés par les utilisateurs dans les salles de lecture, plus de quatre autres millions le sont à distance.

Au cours de ces dernières années, l’objectif prioritaire a été la construction de nouveaux bâtiments, à Saint Pancras, à Londres, ainsi que l’installation dans ces locaux. Ceux-ci, désormais totalement opérationnels, sont fréquentés avec assiduité par un grand nombre d’utilisateurs. Les visiteurs ont tout loisir d’admirer les salles d’exposition ; les collections, pour l’essentiel, sont installées dans un environnement à la mesure de leur réputation.

Désormais, le principal défi est de redéfinir le rôle de la British Library et ses modalités dans un contexte particulier : le nombre de demandes et de recherches est en augmentation rapide ; le rythme de publication, tant traditionnelle que numérique, s’accélère ; les industries recherchent de plus en plus d’information dans le contexte de l’économie du savoir ; et le gouvernement britannique encourage les institutions subventionnées, comme la nôtre, à faciliter les moyens d’accès afin de répondre aux besoins d’un public plus large. La présence d’un nouveau directeur général, Lynne Brindley, première bibliothécaire de profession à occuper ce poste, aidera sans aucun doute à explorer de façon plus approfondie les voies nouvelles ouvertes par le troisième millénaire.

Un rêve

Prenant acte du développement rapide du réseau des bibliothèques sur le plan universel, la British Library poursuit un rêve ambitieux : « Rendre accessible à tous l’héritage intellectuel, scientifique et culturel du monde. » Parmi les tâches à entreprendre pour que ce rêve devienne réalité, il faudra :

– développer et promouvoir son rôle dans le soutien des réseaux de bibliothèques sur le plan national et international ;

– présenter les collections dans un contexte plus général, en tenant compte d’autres ressources documentaires et culturelles ;

– utiliser et développer des outils de navigation permettant l’identification et la localisation des documents ;

– promouvoir les collections auprès d’un large public ;

– remodeler les services existants en tenant compte des impératifs numériques et revoir leur répartition.

Internet : la nouvelle donne

Les actions ne peuvent plus reposer sur des comportements, des modes de pensée ou des manières de travailler traditionnels et confortables, même si, dans le passé, ils ont conduit à la réussite. Nous devons aujourd’hui reconsidérer entièrement nos fonctions, en saisissant les opportunités que nous offre le Net. Grâce à ce nouvel outil, il sera possible :

– d’offrir un accès au marché mondial ;

– de satisfaire les centres d’intérêt spécifiques ;

– de présenter en parallèle une gamme complète de services ;

– de faire la distinction entre informations numériques d’origine et informations numérisées ;

– de valoriser l’information par le contrôle, la synthèse et l’analyse.

Le partenariat

La British Library, à elle seule, ne peut prétendre parvenir à collecter l’ensemble des documents publiés à un rythme toujours croissant, à reformuler l’information et à la restituer autrement, ni même à satisfaire la demande de groupes d’utilisateurs de plus en plus diversifiés. L’existence même de cette structure en réseaux ouvre des possibilités nouvelles en matière de partenariat avec le secteur privé et de collaboration étroite avec les autres bibliothèques et institutions publiques. C’est cette action commune qui permettra de mesurer l’évolution de la demande et de répondre plus efficacement aux attentes de plus en plus complexes des utilisateurs.

Privilégier l’utilisateur

La priorité, à mesure que nous affinons notre stratégie, est de satisfaire au mieux les besoins de trois grands groupes d’utilisateurs : les chercheurs et autres personnes en quête d’une information particulière ; le grand public ; le réseau national et international des bibliothèques.

Les chercheurs et autres personnes – professeurs d’université, scientifiques, inventeurs, industriels, experts-conseils, spécialistes des études de marché et « chercheurs amateurs » ou autodidactes – poursuivent un intérêt spécifique ou recueillent des informations sur un thème précis.

Le grand public est constitué de personnes animées par l’intérêt et la curiosité, soucieuses d’acquérir pour le plaisir de nouvelles connaissances par le biais des expositions, des publications et autres manifestations.

Le réseau national et international des bibliothèques comprend les bibliothèques d’université, les bibliothèques publiques locales ou régionales et les bibliothèques subventionnées de Grande-Bretagne, auxquelles s’ajoutent les grandes bibliothèques publiques ou de recherche à travers le monde.

Un point de stratégie essentiel sera d’entreprendre une étude de marché afin de mieux cerner les utilisateurs et de mettre en place des services qui répondent plus précisément à leurs besoins. Nous avons réalisé une consultation sur deux mois (juin et juillet 2001) à propos des orientations nouvelles de la British Library. À mi-parcours, plus de 2 500 réponses étaient arrivées, soit deux fois plus en un mois que nous n’en avions reçu dans le double de temps lors de notre dernière enquête sur le même sujet. Nous notons donc avec satisfaction le soutien considérable dont bénéficient les sept axes majeurs de notre stratégie.

Axe 1 : Développer la mémoire de la nation

Au total, six bibliothèques sont habilitées à recevoir un exemplaire de chaque ouvrage publié au Royaume-Uni par le biais du dépôt légal : la British Library, les bibliothèques nationales d’Écosse et du Pays de Galles, les bibliothèques universitaires d’Oxford, de Cambridge et du Trinity College, à Dublin. En coopérant avec ces instances, nous essaierons de coordonner, et par là même, d’améliorer les acquisitions, le catalogage, la conservation et les mesures de sauvegarde. Nous ne cessons de presser le gouvernement d’étendre l’obligation du dépôt légal à l’édition électronique (afin d’harmoniser notre législation avec celle de la France et d’un certain nombre d’autres pays) et, par ailleurs, d’encourager les éditeurs à effectuer ce type de dépôt de leur plein gré avant même que de nouvelles dispositions légales ne soient en place. Des lacunes risquent fort d’apparaître dans ce domaine. Les chercheurs du futur n’auront pas lieu de nous féliciter si la mémoire numérique de la nation est défaillante. De tous les axes de notre stratégie, c’est ce devoir de mémoire qui suscite le soutien le plus unanime ; et c’est à cette activité que nous associe le plus étroitement le contribuable britannique ; en vérité, c’est la seule qui nous autorise à porter le nom de bibliothèque nationale.

Outre les documents reçus au titre du dépôt légal, la British Library détient des trésors patrimoniaux, notamment des manuscrits, des cartes, des partitions de musique, des articles philatéliques et des enregistrements audio. En collaboration avec d’autres organismes de dépôt, nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour compléter ces collections et éviter que ces trésors inestimables ne soient perdus pour la nation.

Axe 2 : Organiser l’archivage numérique

L’accélération du rythme des publications oblige bien évidemment à augmenter parallèlement la cadence de l’archivage. Comme je l’ai dit plus haut, nous recevrons des documents numériques par le biais du dépôt légal ou du dépôt volontaire, mais aussi en les achetant ou en négociant des droits de reproduction, et en numérisant les documents papier. Dans ce domaine, des politiques d’acquisition et de numérisation sont mises au point, qui prévoient en particulier l’archivage sélectif de sites web d’importance nationale dont les chercheurs de demain pourront tirer certains enseignements. Nous aurons sûrement beaucoup à apprendre des nouvelles dispositions légales en France, relatives à l’archivage officiel de toutes les pages web, initiative dont nous suivrons l’évolution avec grand intérêt.

La sauvegarde des documents numériques est très certainement l’un des principaux défis qui se présentent à nous. Les technologies numériques se prêtent beaucoup moins bien à l’archivage que l’imprimerie de qualité. Nous travaillons sur des méthodes de conservation en collaboration avec d’autres institutions, notamment la Digital Preservation Coalition, un organisme de création récente qui a pour but de définir, sur le plan international, le cahier des charges de cette nouvelle discipline. Pour appuyer la réalisation de collections numériques et de services électroniques, la British Library vient de nommer son premier e-director, Herbert Van de Sompel, qui sera la force vive de notre e-strategy, à savoir la promotion du rôle des supports et des services numériques dans la circulation de l’information.

Axe 3 : Améliorer la répartition des tâches

Pour aider à la mise en place de nouvelles modalités d’acquisition et d’archivage, nous nous sommes interrogés sur l’usage qui était fait de nos collections. Un sondage a permis de constater que les ouvrages le plus souvent consultés étaient de deux catégories : production nationale imprimée et langue anglaise moderne, les langues étrangères arrivant en seconde position. L’usage est un critère déterminant, certes, mais il n’est pas le seul à prendre en compte pour la constitution des collections. Il faut tenir compte des documents peu consultés pour interpréter et replacer dans son contexte la production nationale imprimée.

Toutefois, dans certains secteurs, il serait envisageable de travailler avec d’autres grandes bibliothèques de recherche afin d’améliorer les acquisitions au niveau national et d’éviter que les budgets des bibliothèques, en perte constante de vitesse, ne soient (mal) employés à l’achat de plusieurs exemplaires de ces ouvrages de faible consultation. Des discussions dans ce sens ont été entamées avec des institutions qui estiment avoir une responsabilité paranationale dans certains domaines de l’archivage.

Nous travaillerons en étroite concertation avec le secteur de l’éducation supérieure au Royaume-Uni par le biais d’un groupe de recherche créé à cet effet (Research Libraries Strategy Group), dont la mission de conseil portera sur la constitution des collections et sur les services à mettre en œuvre pour optimiser cette recherche. Grâce à cette mise en commun, nous nous engageons à mettre en place une infrastructure qui permette aux utilisateurs d’identifier et de localiser les documents dont ils ont besoin et d’y accéder plus facilement, quel que soit l’endroit où ils se situent physiquement. Nous devons être bien conscients qu’une telle approche n’entraînera pas une diminution des moyens financiers dont devra disposer la British Library à l’avenir. Bien au contraire, réaliser une répartition efficace des acquisitions entre bibliothèque nationale et bibliothèques de recherche représente un investissement considérable.

Il faut avancer avec prudence sur la voie de cette collaboration, sachant qu’un énorme travail reste à accomplir si nous voulons convaincre, sur le plan intellectuel mais aussi affectif, certains utilisateurs et membres des personnels des institutions concernées, que cette solution est la plus raisonnable. Nous ne manquerons pas de tirer les leçons des expériences et des pratiques réussies ici ou là, notamment en Écosse, où la SCURL (Scottish Confederation of University and Research Library) regroupe toutes les bibliothèques universitaires d’Écosse et deux grandes bibliothèques municipales aux côtés de la bibliothèque nationale. Cette confédération travaille sur un certain nombre de sujets d’intérêt commun et offre à ses membres le cadre indispensable à une action coordonnée. Tandis que les efforts porteront sur l’acquisition et l’archivage des ressources nationales, Re:source, le Council for Museums, Archives and Libraries, s’occupera pour sa part des ressources locales et régionales 1.

Axe 4 : Maintenir l’équilibre entre acquisition et accès

La tradition veut que les collections passent avant tout le reste et que les politiques s’organisent autour d’elles. Et de fait, les orientations qui étaient les nôtres jusqu’à la fin des années 1990 ont visé à respecter cette priorité. Au cours de ces dernières années – et c’est la raison pour laquelle cette démarche a été rendue possible –, nous sommes parvenus à inverser le schéma d’usure budgétaire dont les programmes d’acquisition et de sauvegarde avaient eu à souffrir précédemment. Les collections font de nous ce que nous sommes – une bibliothèque nationale et une bibliothèque de recherche de réputation mondiale – et nous avons la ferme intention de veiller à ce qu’il en soit toujours ainsi.

Toutefois, si nous voulons répondre aux attentes croissantes des utilisateurs en ce qui concerne la simplification des outils de recherche et une circulation plus fluide de l’information, force nous est de consacrer un maximum d’efforts à l’amélioration des modalités d’accès aux collections.

L’équilibre à trouver entre acquisition et accès est un sujet très sensible, qui ne cesse de nourrir le débat. D’un côté, certains disent que l’accès est important mais que, sans collections, il ne sert à rien. D’autres, au contraire, estiment que nous ne pourrons pas rentabiliser les collections (estimées entre 20 et 30 milliards de livres sterling) si nous ne faisons pas tout ce qui est en notre pouvoir pour les rendre plus facilement accessibles. Notre intention est d’améliorer l’accès aux documents que nous détenons par le biais d’une infrastructure en réseau de plus en plus élaborée, propre à faciliter le partage des ressources et la répartition des tâches. À la vérité, notre organisme de tutelle, le ministère de la Culture, de l’Information et des Sports, nous pousse à exploiter les collections au maximum en mettant au point des services susceptibles d’en optimiser l’accès, afin de les mettre à la disposition d’un public aussi large que possible.

Axe 5 : Répondre à la demande des chercheurs

Les chercheurs constituent le public de référence. Beaucoup adoptent de nouvelles méthodes de travail et utilisent désormais couramment Internet pour des échanges informels, d’autres créent des portails ou publient des communications sur le Net. Cependant, ce groupe répond à une définition assez floue et le rythme de cette évolution n’est pas uniforme.

Le chercheur scientifique se sent assez facilement à l’aise avec les nouvelles technologies et la consultation en ligne. Il apprécie le fait d’avoir un accès rapide à l’information et de recevoir immédiatement sur son bureau le document dont il a besoin. En principe, il s’intéresse à des documents récents, dont la publication remonte au plus à quelques années.

En revanche, l’actualité n’a que peu de signification pour le chercheur en sciences humaines. Ce qui l’intéresse, c’est la lecture en continu d’œuvres souvent très denses. Ce mode de travail s’accommode beaucoup moins bien de l’outil numérique que la consultation d’articles de revues spécialisées, qui constituent la base de la communication parmi les chercheurs scientifiques. Pourtant, quelques signes laissent penser que les modalités de la communication tendent à s’harmoniser entre chercheurs scientifiques et chercheurs en sciences humaines, compte tenu de la généralisation prochaine du livre électronique, qui devrait banaliser l’impression à la demande et pousser plus largement les éditeurs à numériser leurs titres.

La diversité des besoins ne passe pas seulement par la comparaison entre « scientifiques » et « littéraires », elle repose aussi sur des différences individuelles. La plupart des chercheurs de profession se donnent le temps et les moyens de définir des stratégies de recherche personnelles, alors que l’autodidacte n’est pas nécessairement dans ce cas. Le « chercheur amateur », c’est-à-dire le lecteur ou la lectrice qui se consacre à l’étude pour occuper sa retraite ou simplement pour satisfaire son esprit curieux, préfère en général avoir accès à une sélection de documents préparés spécialement à son intention et les consulter sur place, dans les salles de lecture d’une bibliothèque publique ou d’un établissement d’enseignement.

La tâche, au moment où nous affinons notre stratégie, est de donner la priorité aux commodités de consultation dont pourront bénéficier les chercheurs professionnels ou amateurs. Dans notre vision du futur, l’éventail de ce que nous pouvons faire est très large. Reste à définir ce que nous devons faire. Par exemple, il apparaît comme indispensable d’instituer une « bibliothèque hybride » dans laquelle figureront aussi bien les collections imprimées que numériques, de façon à ce que l’utilisateur puisse choisir la forme qui lui convient. Nous devrons aider les utilisateurs à naviguer à travers la gamme de plus en plus complexe des ressources imprimées et numériques.

Nous devrons également compléter la présentation des collections telle qu’elle apparaît sur le catalogue en ligne par des informations permettant, dans un souci d’ouverture, un accès plus large et plus aisé à d’autres catalogues, et plus généralement à d’autres bases de données. De nouveaux fichiers et de nouveaux outils – le plus souvent proposés par divers autres systèmes en ligne – seront ajoutés à la gamme de services déjà offerte.

Pour définir des modalités de stratégie, nous devons cibler des publics spécifiques qui tireront le maximum de profit de ce qui leur est offert, et développer des politiques en ce sens. Ces publics guideront nos choix, ce qui permettra de définir les priorités en matière de numérisation, de catalogage et de programmes de conversion rétroactive, de services en ligne, et de bien d’autres choses encore. L’objectif est notamment d’appréhender plus nettement notre mission future en faveur du chercheur scientifique, celui des utilisateurs dont les besoins changent le plus rapidement.

Axe 6 : Répondre à la demande du grand public

Avec le temps, la différence sera de moins en moins grande entre les services offerts aux chercheurs et ceux qui seront proposés au grand public, dans la mesure où il sera possible de réutiliser les mêmes méthodes et les mêmes outils.

Nous avons été surpris et ravis de constater, lorsque nous avons travaillé avec l’université de Keio, au Japon, à la numérisation d’exemplaires rares de la Bible de Gutenberg – essentiellement pour permettre aux chercheurs de les étudier au plus près, sans dommage pour les précieux exemplaires papier encore existants – que cette initiative suscitait un vif intérêt auprès du grand public, qui pouvait sous cette forme les consulter sur Internet. Notre intention est de développer un site susceptible de séduire le grand public en développant des produits attractifs. Nous ferons également connaître les fonds et les collections en fournissant une documentation en ce sens aux chaînes culturelles et aux responsables des programmes scolaires. Des expositions dynamiques seront disponibles sur le Net pour tous ceux qui sont dans l’incapacité de venir les admirer sur place. Tout en mettant l’accent sur la consultation du site en ce qui concerne les actions en direction du grand public, nous ne manquerons pas pour autant d’exploiter le capital que représentent les bâtiments de Saint Pancras en les rendant aussi agréables et accueillants que possible.

Axe 7 : Répondre à la demande du réseau national et international des bibliothèques

Depuis la création de la British Library, les bibliothèques du monde entier ont eu recours à elle. Tout ce que nous faisons aujourd’hui continue de nous être demandé, mais le contexte numérique en réseau fournit à d’autres l’occasion de proposer des services dont la British Library avait jusqu’à présent le monopole.

Prenons, par exemple, la fourniture à distance d’un document (comparable, pour la France, à l’envoi d’un document scientifique ou technique par l’Institut de l’information scientifique et technique). Certains éditeurs proposent des sites payants à des journaux électroniques. Ces informations sont récupérées par le secteur de l’enseignement supérieur et par quelques grosses sociétés commerciales, ce qui supprime la demande auprès de la British Library. Il arrive même que des éditeurs offrent un accès direct à ces journaux sur leur propre site. Un autre outil est le serveur pré-impression, qui offre au lecteur la possibilité d’accéder directement à des articles revus et corrigés par la profession sans l’intervention d’un intermédiaire – qu’il soit éditeur ou bibliothécaire.

Malgré le choix qui s’offre désormais aux utilisateurs, beaucoup considèrent comme essentiel que la British Library maintienne un système centralisé, garant de stabilité et de pérennité. Cependant, nous sommes persuadés qu’un « point de vente » unique peut parfaitement être proposé, même si les collections sont décentralisées. La décentralisation offre en outre l’avantage de permettre une meilleure couverture, et par conséquent, d’améliorer la qualité des services. Notre stratégie quant à la fourniture d’un document à distance est de laisser ouvertes toutes les options, de façon à servir au mieux les intérêts de l’utilisateur à mesure que les modalités de l’édition électronique et ses implications sur les licences et la pré-impression se feront plus claires. Quelle que soit la solution adoptée, décentralisation ou non, la British Library veillera à ce que soit validée une entrée unique, afin que toute information puisse être commandée auprès d’une seule source, même si les divers éléments de cette information doivent ensuite être fournis par des sources différentes.

D’aucuns nous conseillent d’aligner notre développement sur un sentiment d’appartenance à la « coopérative mondiale des bibliothèques », et de cesser de nous focaliser sur notre rôle « national ». Il est important de faire les deux. La nation et les régions qui la constituent offrent des systèmes d’organisation performants et, après tout, nous sommes financés par le contribuable britannique. Nous souhaitons travailler avec les bibliothèques et autres institutions publiques du Royaume-Uni pour faciliter la diffusion des ressources culturelles dont nous disposons ; et aussi participer à l’élaboration d’un programme commun à toutes les bibliothèques, y compris la British Library, visant à permettre aux utilisateurs de bénéficier d’un accès fluide aux services qu’elles proposent. La British Library est bien placée pour tenir un rôle majeur dans l’élaboration d’un réseau international de bibliothèques. Elle a exercé une forte influence sur le développement de la bibliothèque virtuelle et passé des accords bilatéraux et multilatéraux avec un certain nombre de bibliothèques nationales dans le monde. De nouvelles formes de coopération et de partenariat visent à instaurer un meilleur partage des compétences, l’objectif le plus ambitieux étant de mettre au point une répartition raisonnée des acquisitions numériques entre les grandes bibliothèques nationales d’Europe, et de permettre à tous d’accéder ensuite à l’ensemble de ces informations. Pour commencer, nous étudions les modalités d’un partenariat de cet ordre avec trois de ces bibliothèques, l’une d’elles étant la Bibliothèque nationale de France. Nous sommes très impatients de travailler sur des sujets d’intérêt commun avec les bibliothécaires français. Grâce à Internet, nous élargirons notre mission en donnant accès aux ressources d’autres institutions et en affirmant notre présence dans le monde.

Objectifs à atteindre

Pour que la British Library continue, comme par le passé, à remplir pleinement son rôle de bibliothèque nationale et internationale, il est essentiel de poursuivre, avec la même ampleur, les programmes d’acquisition et de sauvegarde. Pouvoir accéder à ces collections de manière efficace est aussi un enjeu important, mais compte tenu des contraintes budgétaires, la British Library doit faire porter ses efforts sur l’accès à des services centrés sur des domaines clairement définis, et travailler en collaboration avec d’autres bibliothèques, afin de mettre en place un réseau de services complémentaires susceptibles de répondre aux besoins des utilisateurs. Pour élargir les modalités d’accès au bénéfice du grand public, la British Library travaillera en concertation avec son ministère de tutelle et les services de l’administration ainsi qu’avec des organismes extérieurs. En ce qui concerne les réseaux de bibliothèques, l’objectif à atteindre dans les toutes prochaines années est la mise en place des composants-clés d’une infrastructure qui puisse effectivement prendre en charge le partage des ressources.

Pour réaliser ces objectifs, la British Library s’est fixé pour les prochaines années un programme détaillé lié à un usage plus intensif des technologies disponibles, à la fois pour augmenter la productivité interne et pour faciliter le développement de modes plus efficaces et plus économiques de partage des ressources. Notre ligne stratégique repose aussi en grande partie sur un partenariat plus étroit entre les bibliothèques et les autres institutions pour lesquelles l’accès à l’information a un sens.

Savoir investir dans une infrastructure est aussi un élément-clé de notre programme. Les personnels devront ajouter à leurs compétences et à leur savoir une bonne compréhension des technologies de l’information et de la communication. À propos des bâtiments, une stratégie sera définie qui conduise jusqu’en 2005, date à laquelle les locaux actuels arriveront à saturation, afin de prendre en compte le besoin d’un espace d’un nouveau genre capable d’accueillir la gamme des services innovants que nous aurons le devoir d’offrir aux lecteurs et au grand public.

La capacité à financer ces nouvelles orientations dépendra du succès des efforts en matière de productivité, de rentabilité, de partenariat dans les secteurs public et privé et de recherche de crédits extérieurs. Nous comptons aussi sur la décision du gouvernement de maintenir en valeur réelle, voire d’augmenter, le montant de la subvention annuelle qui nous est allouée, et d’investir dans des développements nationaux susceptibles d’améliorer la situation des bibliothèques et des services d’information en général. La British Library fera tout ce qui est possible pour obtenir du gouvernement les crédits complémentaires indispensables à la mise en œuvre des moyens et des supports très complexes que nécessite l’obligation de répondre aux besoins des utilisateurs et au programme ambitieux que nous impose notre ministère de tutelle.

Établir une stratégie n’est bien évidemment qu’une première étape.Il reste à étudier dans le détail les moyens d’atteindre ces objectifs, à savoir mettre en œuvre de nouvelles technologies, organiser le partenariat, développer les compétences des personnels, en bref, donner à la British Library les moyens de combler les attentes de ses utilisateurs. En matière de priorité, notre principal critère sera le sentiment que ce qui est fait aura un impact important sur un groupe spécifique d’utilisateurs et correspondra à leurs exigences anticipées ou exprimées. Le but n’est pas de modeler nos responsabilités dans le domaine numérique sur celles que nous avons su assumer dans le domaine imprimé, mais de travailler avec des éditeurs sur de futurs modèles de publication et de saisir toutes les occasions offertes pour « rendre accessible à tous l’héritage intellectuel, scientifique et culturel du monde ».

Nous souhaitons également organiser avec d’autres bibliothèques le partage des ressources, pour en faire le meilleur usage et améliorer globalement la couverture et la facilité d’accès. Le but est de rester l’un des pôles majeurs du savoir pour la communauté des chercheurs et, pour le plus grand nombre, une source de découverte et d’agrément.

Juillet 2001