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Buch und Bibliothek Medien, Kommunikation, Kultur, année 1999.

Bad Honnef : Bock + Herchen Verlag. - ISSN 0340-0301. Abt annuel (10 numéros) : DM 160/81,80 euros. Au numéro : DM 25/12,78 euros.

par Dominique Arot

La revue allemande Buch und Bibliothek 1, dont le sous-titre est Medien, Kommunikation, Kultur, est l’organe d’information de l’Association des bibliothécaires et des assistants (en abrégé et en allemand : VBA) qui doit prochainement fusionner avec l’autre grande association professionnelle allemande VDB. La revue, qui comporte dix livraisons par an, a fêté en 1999 son 51e anniversaire 2. Si l’on devait la comparer à des périodiques professionnels français, elle pourrait apparaître proche à la fois du Bulletin d’informations de l’ABF pour le contenu et de Documentaliste-Sciences de l’information pour le découpage des rubriques.

D’un format voisin des deux revues mentionnées ci-dessus (mais aussi du BBF), cette revue allemande a adopté il y a quelques années une maquette renouvelée avec couverture en couleur (une photo différente pour chaque numéro) et photos en noir et blanc dans le corps des articles à la typographie fine et élégante. Chaque numéro se divise en trois parties.

Tout d’abord, BuB Journal, ensemble d’informations brèves et de contributions ou de réactions de quelques lignes. Cette partie rend bien sûr compte de la diversité régionale qui, ne l’oublions pas, traduit la réalité fédérale de l’Allemagne. On trouve aussi dans cette rubrique quelques informations sur d’autres bibliothèques de la zone germanophone (Autriche et Suisse).

La deuxième partie, intitulée Bibliothek, est constituée d’articles allant de deux à dix pages selon la logique suivante : on retrouve d’un numéro à l’autre des têtes de chapitres autour desquelles viennent s’articuler les différentes contributions. Il n’existe pas, comme dans le BBF, de numéros thématiques, cependant chaque article trouve sa place dans un cadre préétabli : information en ligne, constructions, praxis (nous parlerions plutôt de bibliothéconomie), politique, étranger, formation, jeunesse, recherche sur la lecture, animation, management, collections. Chacune des rubriques n’est bien sûr pas forcément représentée dans chaque numéro. Les principaux articles font l’objet d’un résumé en anglais en tête du numéro et comportent photo et biographie de l’auteur.

La troisième partie de chaque numéro, intitulée Buch und Medien, est constituée par un ensemble de recensions et de critiques d’ouvrages. Il est à noter que chacune de ces analyses est précédée d’un titre qui donne le ton général de l’impression de lecture.

Ces trois grandes parties sont encadrées par un édito généralement plein d’engagement et d’humour et par une rubrique d’offres d’emplois.

Crises budgétaires et management

Deux préoccupations majeures semblent se dégager de la lecture des livraisons de l’année 1999. La première, ce qui n’a rien de surprenant, touche aux outils nouveaux de la société de l’information et à la modernisation des bibliothèques. La seconde, dont on pressent qu’elle est sans doute plus spécifique, a trait aux difficultés budgétaires des bibliothèques de lecture publique et aux contraintes de gestion qu’elles impliquent. L’éditorial de janvier, évoquant ainsi les difficultés de la région de Nordrhein-Westfalen, met en parallèle bibliothèques et piscines! On ne sera donc pas surpris que de nombreux articles traitent, selon des approches diverses, du management des bibliothèques. Les propos oscillent entre une quasi-fascination pour les méthodes de l’entreprise privée et un remords permanent de les appliquer à un service public fondé sur la notion de libre accès et de gratuité et sans souci de profit. Dans le numéro 6, Otto-Rudolf Rothbart se livre à une analyse rétrospective des critiques d’ouvrages dans BuB en concluant sur une note désenchantée : « À quoi bon critiquer les livres lorsque l’objectif est de faire monter les statistiques? »

C’est cette double attention aux innovations technologiques et aux problèmes de gestion qui a guidé Birgit Röder qui signe dans le numéro 7/8 un article sur la relation des bibliothèques avec les librairies en ligne sur Internet, plein d’intérêt pour tous ceux qui tentent d’analyser le lien entre bibliothèques et économie du livre. L’auteur considère que ces librairies ont leur place à côté des librairies locales dans les achats des bibliothèques.

Le métier de bibliothécaire

Les nombreux articles qui concernent le métier de bibliothécaire se situent à l’intersection de ces deux préoccupations : quel avenir pour les bibliothécaires dans un contexte technique si rapidement renouvelé? Comment gérer de manière efficace et productive des équipes de personnel souvent réduites?

Deux articles particulièrement intéressants abordent ces questions dans le numéro 4, l’un de Heidrun Vogel sur le thème du travail à temps partiel et du télétravail, l’autre de Sabine Stummmeyer qui tente d’analyser l’activité d’accueil et d’information des assistants. En l’espèce, il semble que nos voisins allemands aient pris quelque avance sur nous pour imaginer des conditions innovantes d’exercice du métier. L’article d’Heidrun Vogel explore toutes les formes nouvelles d’activité : semaine de 4 jours, partages de postes, congés sabbatiques, cessation progressive d’activité, télétravail, travail à temps partiel pour les chefs d’établissements.

Même s’il aborde moins sérieusement des sujets voisins, on notera pour le plaisir dans le numéro 1 le long article de Juliane Hagenström sur le thème de la bibliothécaire dans la littérature, suivi d’une substantielle bibliographie, dans un esprit voisin des travaux d’Anne-Marie Chaintreau.

À rattacher au thème récurrent du management et du marketing, l’article abondamment illustré, dans le numéro 3, d’Ilona Munique sur la publicité et les logos sous le titre prometteur de « Seulement une affaire d’image? » qui évoquera pour les lecteurs du BBF les publications de Marielle de Miribel.

Enfin, on signalera, comme une rareté dans une revue généraliste de bibliothécaires, un article fort documenté qui aurait réjoui l’équipe de Michel Sineux et Écouter voir sur une tendance du rock, fort prisée outre-Rhin, le heavy metal, signé par Thomas Porada sous le titre : « Au début était le riff ».

La France vue d’Allemagne?

Au-delà de l’examen de cette thématique du changement technique et organisationnel, la tentation est toujours grande à la lecture d’un périodique professionnel étranger de voir comment sont perçues les bibliothèques françaises, et si seulement on parle d’elles. En 1999, la moisson est bien maigre : il est fait allusion à la communication de Jean-Luc Gautier-Gentès lors du colloque européen de Strasbourg en novembre 1998 sur le thème « Bibliothèques et démocratie », à l’activité de la Bilipo et à la qualité de l’accueil de son personnel et enfin à notre collègue Anne-Marie Bernard qui, selon les auteurs du récit d’un voyage d’études de bibliothécaires allemands à Bordeaux, confirme l’image de la Française d’aujourd’hui : « chic et pleine de tempérament » !

Nul doute que les obstacles linguistiques limitent les relations entre nos deux pays qui ont pourtant beaucoup de richesses et d’expériences professionnelles et culturelles à partager. Peut-être faudra-t-il à l’avenir prendre l’initiative de traductions réciproques plus nombreuses.

  1.  (retour)↑  Cette analyse a été rendue possible grâce au centre de documentation de la Direction du livre et de la lecture et à ses animateurs, Jean-Philippe Lamy et Guillaume Truchon.
  2.  (retour)↑  Un site Web de la revue (http://www.b-u-b.de) existe qui permet de consulter sommaires et résumés des articles, mais hélas pas de texte intégral, et donne le plan des numéros futurs.