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JSTOR-Journal Storage

Florence Cyrot-Mele

Trois universités anglo-saxonnes ont mis en commun leurs collections pour créer la première bibliothèque universitaire virtuelle d’archives de périodiques académiques, sur le site http://www.jstor.org

Un programme multidisciplinaire

JSTOR (Journal Storage) se charge de numériser les archives d'une sélection de 117 revues, grâce à des financements provenant de fondations, dont la fondation Andrew W. Mellon, de les indexer et de les mettre à la disposition des abonnés sur le site Web. S’il existe d’autres bibliothèques virtuelles de périodiques par discipline, comme Math Sciences Net en mathématiques par exemple, JSTOR est le premier programme multidisciplinaire de ce type (cf encadré)

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Disciplines couvertes

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L’idée de ce projet est née de la constatation suivante : les bibliothèques disposent rarement de l’intégralité des archives des périodiques auxquels elles ont souscrit des abonnements. Ceci ne facilite pas la tâche des chercheurs qui doivent souvent s’adresser à plusieurs bibliothèques avant de pouvoir obtenir l’exemplaire dont ils ont besoin. Par exemple, la bibliothèque de l’université de Paris X-Nanterre ne propose pas les exemplaires d’Econometrica de l’année 1967. Pour les numéros de cette année-là, les chercheurs doivent s’adresser à la bibliothèque universitaire de Cujas. L’acquisition d’archives nécessite des ressources financières importantes, mais aussi la disponibilité de locaux de grandes superficies, denrée rare dans les universités qui manquent souvent d’espace.

Depuis que les périodiques existent en version électronique, les éditeurs proposent un abonnement global, papier et électronique, dont le prix est supérieur à l’abonnement à la version papier uniquement. Comme les bibliothèques souhaitent généralement maintenir le papier tout en proposant à leurs lecteurs la version électronique, les bibliothécaires se trouvent confrontés à une augmentation des dépenses liées aux abonnements. Or, elles doivent très fréquemment faire face à des restrictions budgétaires imposées par les universités : les bibliothèques sont donc dans l’obligation de modifier leur politique d’acquisition et ont tendance à privilégier les revues au détriment des ouvrages, ce qui entraîne un appauvrissement général des collections.

Des archives numériques élargies

JSTOR ne se propose pas de résoudre tous ces problèmes, mais il permet aux bibliothèques d’élargir considérablement leurs archives numériques, tout en fournissant à leurs abonnés un service d’une qualité très supérieure : le lecteur, d'un clic, peut imprimer un article depuis son ordinateur (connecté au réseau de l’université participant à JSTOR), sans avoir à se déplacer à la bibliothèque universitaire, commander les articles, les photocopier, etc. Le gain de temps pour l’utilisateur est très important : obtenir une sélection d'une quinzaine d'articles en économie dans une bibliothèque universitaire parisienne nécessite environ trois semaines. Avec JSTOR, on peut compter quinze minutes, ce qui augmente considérablement le temps que les chercheurs peuvent consacrer à la lecture de revues, et donc leur « consommation » de ces publications. En outre, la qualité de l'édition est excellente (pas de pages manquantes ni détériorées, etc.), l’interface est la même pour toutes les revues et tous les articles sont indexés, ce qui est rarement le cas dans les bibliothèques actuellement.

Pour l'éditeur de périodiques, l'intérêt consiste à faire numériser ses archives gratuitement, et à assurer sa visibilité dans un outil incontournable. Des accords de licence sont établis avec les éditeurs : il n'y a pas de versement de royalties, mais JSTOR tient à la disposition des éditeurs, gratuitement, l'accès à leurs archives numérisées et des statistiques d’utilisation de leurs revues. En outre, JSTOR peut fournir certains fichiers, ou coopérer avec les éditeurs pour faciliter l’accès numérique à ses abonnés traditionnels. Il s'engage à numériser les archives antérieures à un moving wall de deux à cinq ans, pour éviter la cannibalisation des abonnements actuels, et toute perte de revenu pour les éditeurs.

Actuellement, ont été numérisées les archives de 124 titres, soit un total de 5 millions de pages. Après scannérisation, chaque article est numérisé en fichier image (TIFF), puis, après le passage d’un logiciel de reconnaissance optique de caractères, en fichier texte (ASCII). Certaines données sont ressaisies, comme le titre, l’auteur, l’abstract. Ce processus de numérisation a lieu sur deux sites : l’université de Princeton, et l’université de Michigan.

Un consortium

JSTOR, qui se considère plus comme un consortium de bibliothèques que comme un simple fournisseur de bases de données, préfère donc utiliser les expressions d e « participation » et « participant » plutôt qu’« abonnement » et « abonné ».

La participation varie de 12000 à 53000 dollars américains par an, suivant la taille de l’établissement qui y souscrit (une classification a été établie). 570 institutions américaines, et 141 institutions internationales sont abonnées, dont en France, l'École normale supérieure, et le GENES (Groupement des écoles nationales d'économie et de la statistique).

JSTOR est souvent confronté au problème des numéros manquants au format papier, aussi bien chez les éditeurs que dans les bibliothèques qui fournissent les collections à numériser. Pour garantir l’intégralité des collections en ligne, JSTOR a donc lancé un appel à toutes les institutions en publiant la liste des exemplaires recherchés, et instauré un système de rémunération par volume prêté ou donné.

Lorsque le projet a commencé en 1995, aucun éditeur sélectionné ne proposait encore d’abonnement en ligne. Pour l’instant, en raison du moving wall qui garantit à l’éditeur que le processus de numérisation ne concerne pas les publications des deux à cinq dernières années, JSTOR n’a pas encore reçu de documents numériques. Cependant, pour Heidi McGregor, directeur des relations avec les éditeurs, cela se fera très prochainement.

Les projets de développement pour l’année 2000 concernent une nouvelle collection de sept titres intitulée « General Science » qui couvrira environ 800 années de publication, certains exemplaires remontant au XVIIe siècle. Par la suite, JSTOR envisage de développer son contenu actuel en ajoutant des disciplines non encore couvertes comme les études latino-américaines, et d’ajouter de nouveaux titres aux disciplines existantes.