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Archives, bibliothèques, musées

Constituer et diffuser un patrimoine numérique commun

Florence Poncé

Les 25 et 26 novembre 1999 s'est tenue à Paris la troisième édition des journées d'information sur les programmes européens, organisées par la Fédération française de coopération entre bibliothèques et la Bibliothèque publique d'information, avec le soutien de la Direction du livre et de la lecture. Conçues depuis deux ans sur le principe de la coopération entre les professionnels des archives, des bibliothèques et des musées 1, c'est-à-dire des « institutions de mémoire », responsables de la conservation et de la transmission du patrimoine culturel ou, selon l'expression anglo-saxonne, de l'héritage culturel, elles avaient pour thème : « Archives, bibliothèques, musées : constituer et diffuser un patrimoine numérique commun ».

Cette coopération, qui est une direction de travail clairement affirmée dans l'actuel Programme cadre de recherche et de démonstration, le 5e PCRD, à l'intérieur du programme « User friendly information society » 2, est également présente dans le nouveau programme unique de la Direction générale de la culture et de l'éducation « Culture 2000 » 3.

Ces journées d'information remportent un succès croissant, en terme de nombre (plus de 120 personnes ont participé aux débats) et en terme d'ouverture, tous les métiers du patrimoine étant représentés dans la salle, y compris des représentants d'entreprises de numérisation 4.

L'Europe et la culture

Un certain nombre d'informations concrètes ont été apportées sur les programmes européens existants – et les financements qui leur sont liés – tout en resituant ces interventions dans un cadre plus large, celui de la place de la culture dans la construction européenne.

L'intervention d'Hélène Herschel, du Département des affaires internationales du ministère de la Culture et de la Communication, a en effet dessiné les limites des interventions culturelles de l'Union, notamment au niveau des processus de décision (ou de codécision). Le blocage sur le vote du budget de « Culture 2000 » n'était pas encore levé fin novembre 1999, mais l'on sait désormais que le Parlement n'a pas pu obtenir le budget de 250 millions d'euros qu'il réclamait : avec 167 millions d'euros, le seuil des 4‰ pour le budget européen de la culture, objectif modeste, est loin d'être atteint.

Les points de contact nationaux, le Relais-Culture-Europe 5 et le Centre français du commerce extérieur 6, dûment mandatés par la Commission pour transmettre l'information sur les programmes, apportaient un autre éclairage sur les mécanismes de la Commission et surtout des informations concrètes sur le montage des dossiers. Bernard Smith, chef de l'unité « Cultural Heritage Applications » au sein de la DG XIII, a personnellement présenté le programme de la société de l'information et apporté des précisions sur certaines possibilités, à côté des actions à coûts partagés ou des mesures d'accompagnement, comme les mesures take-up 7.

Les projets

Des porteurs de projets, ayant obtenu dans le passé un soutien financier de la Commission européenne, ont également apporté leur expérience.

TRENDS (1997-1999) 8. George Tsakarissianos, de la Lambrakis Research Foundation (Grèce), a présenté le projet TRENDS (TRaining Educators through Networks and Distributed Systems) qui visait à former les enseignants à l'utilisation des technologies de l'information dans six pays (Grèce, Italie, Espagne, Portugal, France et Royaume-Uni). Il a eu la franchise de détailler les problèmes les plus concrets dans l'établissement et le développement de ce réseau.

Hyper Museum (1998-2001). Michel Micheli, du Consorzio Civitá, a présenté Hyper Museum, un projet de musée commun virtuel, qui sera accessible sur la Toile. Y participent plusieurs partenaires en Italie, au Royaume-Uni et en France. Cela inclut un travail de numérisation des collections, d'organisation par thèmes et des recherches pour développer l'interactivité avec l'utilisateur final (étudiants, touristes, guides…).

Reynard. Élisabeth Freyre, de la Bibliothèque nationale de France, a présenté Reynard, un projet de service européen pilote de mise en réseau de sites Internet, qui devrait débuter en 2000. Ce service multilingue reprend les acquis de programmes antérieurs comme Aquarelle ou Canal/LS.

« L'histoire par l'image ». Enfin, la Réunion des musées nationaux a présenté le projet « L'histoire par l'image » qui associe plusieurs partenaires français (Direction des musées de France et Direction des archives de France au sein du ministère de la Culture et de la Communication, du ministère de l'Éducation nationale, de la Recherche et de la Technologie). Ce projet consiste en l'élaboration d'un site pédagogique qui favorise une nouvelle utilisation des documents patrimoniaux dans l'enseignement de l'histoire, en associant l'histoire par l'image et l'histoire de l'image. Il pourrait acquérir à l'avenir une dimension européenne.

La numérisation du patrimoine en France et au Royaume-Uni

Jean-Pierre Dalbéra, de la Mission de la recherche et de la technologie (MRT) du ministère de la Culture et de la Communication, a présenté la stratégie française dans ce domaine, dans le cadre du programme d'entrée dans la société de l'information (PAGSI).Il a notamment expliqué la procédure des appels à projets de la MRT. Il faut relever que les budgets consacrés à la numérisation du patrimoine sont en progression rapide depuis trois ans. Un certain nombre de réalisations sont consultables en ligne sur le site du Ministère 9.

Ce dispositif a été amené à évoluer en fonction des expériences déjà menées. Par exemple, un des obstacles étant le traitement préalable des collections, le dernier appel à projets (novembre 1999) inclut ces travaux préparatoires dans le financement. Autre exemple, la numérisation in situ est désormais possible pour des grands formats ou des documents difficiles à déplacer.

On peut relever que l'organisation française, marquée par le regroupement des bibliothèques publiques, des archives et des musées dans une même structure, – le ministère de la Culture et de la Communication –, que ce soit au niveau de l'administration centrale ou au niveau des régions dans les Directions régionales des affaires culturelles (Drac), favorise d'une certaine façon la coopération entre les institutions de mémoire.

La coopération au niveau local

La table ronde sur la numérisation du patrimoine culturel, animée par Philippe Avenier, du Bureau informatique et multimédia de la Direction des musées de France, a donné des exemples de coopération au niveau local. Par exemple, Chantal Valentin, conseiller Livre, lecture et archives à la Drac Champagne-Ardenne, a présenté les projets communs de numérisation des fonds de l'abbaye de Clairvaux.

Le panorama du Royaume-Uni, dressé par Ronald Milne, directeur du Research Support Libraries Programme, était bien différent ! La situation est caractérisée par la pluralité des organismes, à la fois selon les régions et selon les types d'équipement culturel (musées, archives…). Il n'existe pas à ce jour d'organisme unique : un Museum, Libraries and Archives Council doit être mis en place prochainement, qui réunira la Museums and Galleries Commission et la Libraries and Information Commission, mais il aura un rôle consultatif et peu de moyens financiers.

Cette pluralité se retrouve au niveau des organes de financement de la numérisation du patrimoine, depuis le Research Support Libraries Programme jusqu'au Lottery Fund. Le RSLP, financé par les Higher Education Founding Councils, fonctionne par appels à projets. Son budget est de trente millions de livres sur trois ans. Y participent les bibliothèques nationales, certaines archives et certaines bibliothèques universitaires. Le Heritage Lottery Fund, financé par la Loterie nationale, rassemble environ vingt millions de livres pour soutenir les bibliothèques et les archives ; sur cette somme, deux à trois millions de livres sont consacrés chaque année à la numérisation du patrimoine culturel. Le New Opportunity Fund, autre fond dérivé de la loterie nationale, créé en 1998, consacre également depuis le printemps 1999 une part de son budget à la numérisation du patrimoine. Le programme de coopération et de partenariat de la British Library représente également une source de financement possible. Enfin, le People Network 10 a également pour objectif l'aide à la création de contenus multimédias, outre celui de connecter à Internet 4 000 bibliothèques d'ici 2002 11.

Ronald Milne a également présenté, à titre d'exemple, plusieurs projets en cours, comme le SCAN (Scottish Cultural Access Network). Financé par la Millenium Commission, il a pour objectif de constituer une base de ressources numériques sur l'histoire et la culture de l'Écosse, à partir des collections des musées, des archives et des universités.

La clôture de ces journées a été assurée par Valérie Martino, du Relais-Culture-Europe, Christine Montagut, du Centre français du commerce extérieur, et Souad Hubert, de la Bibliothèque publique d'information. L'assistance s'est accordée sur l'utilité de ce type de rencontres interprofessionnelles, et rendez-vous a été pris pour une quatrième édition : les prochaines journées d'information sur les programmes européens auront lieu les 9 et 10 novembre prochains.