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Anne-Marie Bertrand

Les Publics des bibliothèques

Paris : Centre national de la fonction publique territoriale, 1999. – 77 p. ; 24 cm. – (Culture). ISBN 2-84143-154-1 : 75 F/ 11,43 euros

par Jean-Loup Lerebours

« L'objectif premier de cet ouvrage est d'offrir une aide précieuse aux candidats aux concours de la filière culturelle de la fonction publique territoriale (catégories A et B) ; en outre, il servira de manuel de référence aux personnels déjà en poste et aux élus souhaitant développer l'action éducative et culturelle dans leur collectivité ». Ce texte, qui figure en quatrième page de couverture, pourrait n'être qu'une annonce « publicitaire ». Il n'en est rien, grâce à la longue expérience et au talent de l'auteur, Anne-Marie Bertrand, qui, après avoir dirigé les bibliothèques municipales de Roubaix et de Nantes, puis le service Études et recherche de la Bibliothèque publique d'information, est aujourd'hui chargée de mission à la Direction du livre et de la lecture du ministère de la Culture et de la Communication pour l'évaluation des bibliothèques des collectivités territoriales.

Les soixante-dix-sept pages très denses – réparties en cinq chapitres intitulés « Les publics de la culture », « Les bibliothèques entre séduction et médiation », « Les publics des bibliothèques », « Usages et usagers », « Du public en général et en particulier » – constituent, de la façon la plus actualisée qui soit, une synthèse très vivante de ce que l'on sait aujourd'hui en France de ces publics. En effet, nous bénéficions ici des premiers résultats de l'enquête « L'expérience et l'image des bibliothèques municipales », réalisée par la SOFRES en 1997 auprès d'un échantillon représentatif de la population française âgée de quinze ans et plus, enquête toujours en cours d'exploitation.

Permanence et changement

Cet ouvrage, édité par le CNFPT (Centre national de la fonction publique territoriale) dans la collection « Culture », est d'autant plus appréciable que le temps n'est pas si lointain où les bibliothécaires préféraient apporter plus de soin et d'attention à leurs collections qu'à leurs lecteurs.

Le plan choisi permet à l'auteur, en bon docteur en histoire qu'elle est désormais, de faire sans cesse le va-et-vient entre l'état d'hier et celui d'aujourd'hui, entre ce qui change vraiment et ce qui est plus permanent qu'il n'y paraît, entre ce qui est analysé et ce qui reste problématique, et c'est ce qui fait tout le sel de ce livre. Citons par exemple : « Globalement, le lectorat de livres présente les mêmes caractéristiques principales que les publics de la culture : les plus gros lecteurs sont, comme les pratiquants les plus intensifs des autres activités culturelles, les jeunes, les diplômés, les cadres supérieurs et professions intellectuelles et les urbains », et quelques lignes plus bas : « Le lectorat a changé sur trois points : il s'est féminisé, il a vieilli et il s'est affaibli surtout sur ses points forts ».

Bibliothèques et usagers

La complexité des relations entre les bibliothèques et leurs usagers est un thème étudié tout au long de l'ouvrage. Les publics sont très diversifiés puisqu'en fait, la bibliothèque municipale, service public, s'efforce d'être au service de tous, sans exclusive, et que, pour cela, elle est en permanence obligée de varier, d'adapter ses collections, tout comme ses services.

Comme on ne sait ce qui est premier, de l'œuf ou de la poule, il est difficile de faire la part entre la « ferveur démocratique » des bibliothécaires ou des élus dont ils dépendent, et la simple adaptation à l'évolution sociologique dans le fait que le nombre des usagers inscrits dans les bibliothèques soit passé de 1 182 000 en 1971 à 6 449 000 en 1996. Les professionnels élaborent et perfectionnent sans cesse toute une panoplie de moyens pour séduire les publics, pour les fidéliser, leur permettre de s'approprier la bibliothèque et ses ressources, mais toutes ces actions sont-elles équilibrées, cohérentes ?

Une analyse très fouillée, donc. Exprimons cependant deux regrets – mais peut-être l'auteur était-il limité par l'éditeur. D'abord, c'est que l'attention que les bibliothèques portent aux publics handicapés n'ait pas été évoquée alors que, dans la dernière partie, figurent des développements particuliers consacrés aux jeunes, à la lecture en prison, aux publics des nouvelles technologies, à ceux de l'action culturelle. Par ailleurs, de la même manière que l'auteur commence par très judicieusement situer les publics de la bibliothèque au sein de ceux de la culture pour bien cerner identités et différences, il aurait été intéressant de faire quelques comparaisons avec des situations à l'étranger, ne serait-ce, par exemple, que pour analyser les différences de « plafond » de fréquentation et, ce qui peut les expliquer, le taux d'inscrits en France restant en 1996 à 18,1 % de la population comme en 1991.

Mais peu importe. En l'état, cet ouvrage, complété par une bibliographie comprenant vingt-huit références, constitue une mine d'informations et de réflexions où tous ceux qui se préoccupent du développement des bibliothèques territoriales et de leurs publics pourront puiser avec profit.