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Censures et autocensures

Autour du livre de jeunesse

Véronique Soulé

On a vu récemment resurgir des mouvements d’opinion demandant la suppression d’ouvrages dans les bibliothèques pour la jeunesse. Ces mouvements s’apparentent fort à ceux qu’on avait connus dans les années 1985-1986, contre lesquels la profession s’était mobilisée. Cette campagne de censure, qui n’avait d’ailleurs pas vraiment cessé, semble parfaitement orchestrée : articles de presse, campagnes d’associations familiales catholiques traditionalistes viennent appuyer ou corroborer les méthodes employées par des municipalités d’extrême droite, les pressions utilisées par des élus de ces courants-là, ou encore des mouvements d’idées qui s’expriment de plus en plus ouvertement. Mais si l’histoire semble se répéter, le contexte politique a changé : cette campagne, à la fois insidieuse et médiatisée, influence le public, mais aussi les prescripteurs. Elle conduit même des bibliothécaires démunis à s’interroger sur l’opportunité d’acquérir certains titres qui risquent d’attirer l’opprobre de ces nouveaux censeurs, à s’autocensurer pour ne pas être censurés.

Entre choix et censure

Cet article n’a d’autre but que de lancer quelques pistes de réflexion, en rappelant les récents événements qui ont affecté les bibliothèques et le monde de l’édition pour la jeunesse, et de redire quelques évidences quant à notre fonctionnement de bibliothécaire. Il ne suffit pas de se retrancher derrière le professionnalisme pour trouver le sésame à tous les questionnements. S’il y avait une bonne réponse, on l’aurait trouvée depuis longtemps

Quelle est la frontière entre choix et censure ? Qu’est-ce qui est éthiquement, moralement, littérairement, esthétiquement admis, accepté, sollicité dans les livres pour enfants en général, sur les rayons de nos bibliothèques en particulier ? Chaque époque, chaque tabou dépassé ou transgressé dans les livres reposent la question de la morale, de l’éthique dans les livres de jeunesse, plongent à nouveau les bibliothécaires dans la perplexité et la confusion. Les journées d’Arole 1, organisées en septembre 1997, s’étaient donné pour mission d’apporter quelques éléments de réponse. Elles ont surtout permis de nous faire admettre que ce sont nos propres réticences d’adultes, voire de parents – et non pas de professionnels du livre – qui nous font hésiter à proposer certains livres aux enfants.

« Le discernement entre le bon et le mauvais livre varie selon les époques, l’éthique personnelle des individus, leur idéologie et les représentations qu’ils se font de la lecture et des lecteurs », écrit Marie Kuhlmann, dans Censure et bibliothèques au XXe siècle 2. Et on peut rajouter : quel que soit l’âge du lecteur.

Toute censure – quel que soit son nom – partirait donc d’un bon sentiment concernant les enfants. On juge certains livres nocifs, parce qu’ils aborderaient des sujets trop crûment ; ou au contraire, on défend ces livres mais on en fustige d’autres pour noirceur. De fait, on peut dire qu’aujourd’hui encore on exige, de façon générale, dans les livres, une représentation du monde qui ne nous bouscule pas, qui ne nous heurte pas.

La censure extrême

C’est la censure la plus extrême qui sera d’abord abordée ici, celle des lobbies ou celle qui relève de mouvements idéologiques précis, qu’il est important de (re)connaître pour mieux les combattre. Qui sont ces censeurs ? Quelles sont leurs tactiques et leurs méthodes ? Puis ce sera le tour des prescripteurs qui avouent rarement censurer mais plutôt sélectionner et qui sont aujourd’hui (à nouveau ?) perdus devant la production.

Citrouille, le journal de l’Association des libraires spécialisés jeunesse, a témoigné régulièrement des différentes campagnes de censure menées à la bibliothèque d’Orange d’une part, celles menées par des citoyens, de façon soi-disant spontanée d’autre part.

La publication d’un article dans Santé Magazine 3, en février 1998, signé par Solange Marchal – une élue parisienne qui, en 1986, orchestrait la campagne de censure dans les bibliothèques parisiennes –, n’est certainement pas sans rapport avec l’action menée le même mois, sur le plan national, par l’Association pour les droits de la vie, association familiale catholique intégriste présidée par Christine Boutin. On peut dire que ce sont les deux axes d’une même campagne idéologique : l’un dans un magazine très grand public – qui publiait déjà en 1986 et 1987 des articles signés Élisabeth Tingry : « Ne les laissez pas lire n’importe quoi », « Lectures poisons, les parents se rebiffent » – ; l’autre plus confidentiel, mais certainement tout aussi efficace, s’appuyant sur des méthodes régulièrement utilisées par cette association et ses Relais pour la vie. Les adhérents sont invités à envoyer aux responsables – d’écoles, de bibliothèques, de villes, etc. – des lettres individuelles et circonstanciées, dont le modèle et le contenu sont fournis, dénonçant certains livres, essentiellement ceux publiés par L’École des loisirs.

Les deux campagnes visent à démontrer que la littérature de jeunesse abrite un vaste complot organisé pour pervertir et démoraliser la jeunesse d’aujourd’hui. Les livres incriminés pour leurs thèmes (viol, suicide, mort, drogue) sont quasiment les mêmes, la démonstration efficace – on n’hésite pas à s’appuyer sur des paroles de Françoise Dolto ou de Jules Ferry… –, tout en poussant la démagogie à outrance et en utilisant un vocabulaire excessif 4. Il n’y a aucune analyse de contenu ni littéraire des livres ; les citations, données hors contexte, sont censées procurer la clef du livre. Le récit est réduit à une fonctionnalité simpliste, à une identification immédiate du lecteur, qui conduirait les jeunes au suicide, ou encore à violer les tombes (sic). Aucune distinction d’âges n’est faite entre les lecteurs, enfants et adolescents.

« Ces écrits sont délibérément conçus pour influencer leur vision de la société selon les conceptions d’une minorité douloureusement perturbée dans son mode de vie et socialement puissante », peut-on lire dans le document d’accompagnement des Relais pour la vie, qui n’hésitent pas, pour le bien-fondé de leur démonstration, à amalgamer homosexualité et pédophilie. Naturellement, le mot « censure » n’est pas utilisé ; on préfère s’appuyer sur la loi de 1949, quitte à la réinterpréter.

Cette campagne reprend les arguments développés par Marie-Claude Monchaux dans son ouvrage Écrits pour nuire 5. On peut entre autres y lire : « Tout se passe comme si ces auteurs, ces éditeurs, ces responsables poursuivaient le but d’attiser la lutte, voire la haine des classes ; de démanteler les structures actuelles de la civilisation occidentale contemporaine, de déstabiliser la famille, de discréditer l’ordre social, les mœurs et d’affaiblir les lois, l’armée, la sécurité, la nation ». Elle fut à l’origine de la campagne de censure en 1986, soutenue par la mairie de Montfermeil, et médiatisée par Le Figaro, Le Figaro magazine ou Santé magazine.

Dans les villes gérées par le Front national

On rappellera également la politique culturelle exercée dans les bibliothèques des villes gérées par le Front national. Si certaines de ces villes ont préféré se faire discrètes sur la leur, pour ne pas attirer les caméras (on ne retire pas des livres, on en impose « seulement »), d’autres ont choisi délibérément la culture comme terrain privilégié de combat idéologique.

Ainsi, à Orange, la nouvelle équipe municipale est immédiatement intervenue dans les achats de la bibliothèque, refusant ou imposant certains titres. Michèle Verger, ex-bibliothécaire de jeunesse à Orange, a expliqué l’année de censure qu’elle a subie avant de quitter la bibliothèque. Les consignes imposées étaient les suivantes : n’acheter que des livres d’évasion qui font rêver ; ne plus acheter de livres qui s’apparentent à la culture juive, de contes africains, de livres qui puissent choquer l’ordre moral ; pas d’enfants noirs, d’enfants en révolte, pas de mots grossiers ; pas de romans sur l’amitié entre les peuples, etc. En revanche, on recommandait l’achat des séries Oui-Oui, Langelot, Lieutenant X 6.

Michèle Verger a rendu publiques les pratiques de la municipalité après avoir quitté la bibliothèque d’Orange. La réponse ne s’est pas fait attendre : « Madame Verger est une acharnée d’une littérature qu’on pourrait qualifier de tropicale. Nous avons, nous, une vision du pluralisme moins exclusive. Nous voulons de tout et de toutes les couleurs. Madame Verger avait, elle, des préférences monomaniaques. Il était impossible de dire oui à toutes ses propositions d’achat » 7. Aujourd’hui, la bibliothèque est dirigée par des non-professionnels, comme dans la plupart des autres villes gérées par l’extrême droite. Les choix des collections sont sous le contrôle direct des élus.

C’est dans cette même ville que la mairie est intervenue en 1996 contre la venue de Malika Ferdjoukh dans une classe de lycée. Suite à un papier paru dans la presse locale, et considérant que la littérature jeunesse ne doit pas poser les questions de la xénophobie et du racisme, le maire, Jacques Bompard, a demandé par écrit, en tant que maire, à venir dans la classe. Un « droit de réponse », en quelque sorte pour « protéger l’équilibre » 8.

Dans d’autres villes, des élus municipaux interviennent pour dénoncer ou refuser la venue d’auteurs de littérature de jeunesse dans les établissements scolaires. A La Garde, dans le Var, en novembre 1995, quatre élus du Front national réclament que soit retiré d’une liste de romans en lice pour un prix littéraire décerné par les enfants l’ouvrage Les Enfants aussi de Liliane Korb et Laurence Lefèvre 9. Dans ce roman, deux petites filles échappent aux rafles du Vel’ d’Hiv. « Les massacres du nazisme sont largement dépassés par ceux du communisme », justifient-ils 10. En avril 1998, un tract, distribué à la sortie du catéchisme, dénonce la venue de Hubert Ben Kemoun dans une petite ville de Poitou-Charentes 11.

C’est en novembre 1996 également que Jean-Yves Le Gallou, député français FN au Parlement européen, présente à la presse les résultats de l’enquête « Le pluralisme dans les bibliothèques municipales ». Les militants du FN ont, entre autres, dénombré « les contes européens » et « les contes d’Afrique, d’Asie et d’ailleurs ». On évitera ici de polémiquer sur la méthodologie utilisée 12 et sur ses résultats ; cette enquête a surtout permis au FN de parler de « littérature enfantine orientée ».

Autocensure

Face à toutes ces pressions, de plus en plus précises, il n’est pas toujours facile de trouver la réponse ni, surtout, de ne pas se laisser influencer. Face à un parent qui proteste devant la présence de certains livres sur les rayons, le bibliothécaire peut se trouver désarmé. Mais ce qui est vrai pour les médiateurs l’est aussi pour les auteurs et les éditeurs qui exercent, eux aussi, une sorte d’autocensure.

L’article 2 de la loi du 16 juillet 1949 modifiée le 29 novembre 1954 sur les publications destinées à la jeunesse stipule que « les publications [...] ne doivent comporter aucune illustration, aucun récit, aucune chronique, aucune rubrique, aucune insertion présentant sous un jour favorable le banditisme, le mensonge, le vol, la paresse, la lâcheté, la haine, la débauche ou tous actes qualifiés de crimes ou délits ou de nature à démoraliser l’enfance ou la jeunesse, à inspirer ou entretenir des préjugés ethniques ». La loi vise en premier lieu les bandes dessinées, mais la Commission de surveillance et de contrôle des publications destinées à l’enfance et à l’adolescence (du ministère de l’Intérieur), qui se réunit tous les trimestres, examine tous les nouveaux titres destinés à la jeunesse. Quasiment aucun livre n’a été interdit. « Les éditeurs sont en général suffisamment responsables pour ne pas proposer de titres litigieux, dans des collections destinées à l’enfance ou à l’adolescence », expliquait récemment le président de cette Commission 13. Ce que confirment les éditeurs quand on leur pose la question, mais qui ne les empêche pas de s’interroger sur les livres qu’ils veulent proposer aux enfants. « Deux attitudes sont possibles : l’une, sécuritaire, autoritaire, tente d’isoler le plus possible l’enfant du monde, en faisant silence sur tout ce que la famille réprouve ; l’autre, plus réaliste, tente d’ouvrir progressivement les enfants au monde actuel pour leur apprendre à vivre avec leur temps » 14.

« Avec leurs écrits, les auteurs désirent participer à l’émergence, au sein de leur communauté, d’êtres pensants et libres. Et comment cela se pourrait-il, sans évoquer ces choses qui dérangent, qu’on voudrait nier par leur seul passage sous silence, pour éviter tout malaise, toute remise en cause des équilibres précaires et des ordres établis par leurs aînés ? [...] », rappelle Thierry Lenain 15. Mais ce n’est pas facile. « Entre un adulte qui propose le témoignage constructif de sa pensée et celui qui exhibe ses fantômes et ses fantasmes avec complaisance, la frontière est parfois mince ».

Pour Marie-Aude Murail 16, si un auteur ne dit pas tout aux enfants, c’est parce qu’il n’en a pas envie et non pas parce que cela pourrait être mal reçu : « La censure consciente qu’exercent presque tous les écrivains jeunesse sur leur œuvre porte sur leur vision globale de la vie et du monde. Ce n’est pas un hasard si la littérature enfantine est formidablement tonique [...]. Chacun de nous censure et s’autocensure : pour se protéger, survivre parfois, pour être accepté ou se faire aimer. Mais l’écrivain jeunesse doit repousser les limites du silence – c’est son travail d’écrivain – pour partager avec ses lecteurs, les enfants, ce pays des hommes qui a nom vérité ».

L’embarras des bibliothécaires

Les bibliothécaires, quant à eux, légitiment ou pas une partie de la production éditoriale, par leurs achats, mais aussi par leurs diverses publications. Font-ils pour autant la promotion de l’avant-garde ? On se souvient de leurs réticences devant Max et les maximonstres 17 à sa parution, devant les ouvrages de Harlin Quist ou encore ceux du Sourire qui mord... avant de les encenser. Comment leur conscience morale individuelle se situe-t-elle par rapport à la morale collective ?

Courriers des lecteurs dans les revues professionnelles, débats, colloques sur l’éthique témoignent de l’embarras des bibliothécaires face à certains livres qui leur posent des problèmes moraux ou psychologiques. Ainsi, ces derniers temps, ce sont des livres tels que Petit âne de Serguei Koslov et Vitaly Statzynski ; Fais-moi peur, La Marque du diable de Malika Ferdjoukh ; Léon et Lola de Anna Höglund ; Je m’appelle Adolphe de Pef ; L’Ogresse en pleurs de Valérie Dayre ; Une Absence de Catherine Desprez ; Les Oreilles en pointe J’aime pas mourir, Comme des adieux de Serge Perez 18, qui provoquent des réactions de prescripteurs :

« Le livre pour enfants est-il en train de devenir un exutoire pour certains auteurs [...] ? Le livre pour enfants est-il devenu une sorte de thérapie pour ses auteurs ? [...] Nous avons essayé de sortir du conformisme et de faire découvrir la littérature de jeunesse dans sa diversité aux enfants et aux parents, mais il ne me paraît plus possible de défendre des ouvrages qui heurtent et laissent un profond malaise. [...] On ne peut plus faire confiance à l’auteur, à la première apparence d’un album, à la signature d’un auteur...

Publier en direction des jeunes enfants des ouvrages qui ne leur sont visiblement pas destinés, n’est-ce pas ouvrir la porte à toutes les dérives d’extrême droite ? Ne leur donnons-nous pas des bâtons pour nous battre ? [...] Tout livre peut avoir sa place en bibliothèque, mais à condition de respecter un principe simple : le bon livre, à la bonne place, au bon moment… » 19.

On peut, sans se tromper, avancer que cette position est partagée, peu ou prou, par nombre de bibliothécaires. Un rapide petit sondage fait vite apparaître que souvent les livres « à problèmes » ne sont pas achetés (et sont donc ignorés) ou qu’ils sont relégués dans le bureau du bibliothécaire dans l’attente d’une hypothétique discussion ou bien encore qu’ils sont tout simplement « oubliés » derrière la banque de prêt.

Serge Martin, critique, professeur des écoles et maître-formateur à l’IUFM (institut universitaire de formation des maîtres) de Cergy, dans le Val-d’Oise, est catégorique : « Il nous faut discuter les livres qui nous paraissent mauvais et non pas les ignorer et surtout éviter de les censurer : la démocratie est à ce prix car la diabolisation fait le lit de ses ennemis. S’agissant des " bons ", ils se discutent aussi pour devenir " bons ", sinon ils seraient " bons " de nature, c’est-à-dire par l’imposition ! » 20. Il rappelle, à juste titre, qu’« il n’y pas d’enfance, il y a des enfants, comme il n’y a pas de lecture, mais des lectures : c’est la moindre chose pour que quelque chose comme une émancipation, une liberté, une subjectivité, une parole voient le jour ».

Dans un autre article 21, il continue : « La littérature jeunesse a trop longtemps cru être libérée de toute entrave : la critique, le lectorat et ses médiateurs baignaient dans un heureux hédonisme, un libéral humanisme qui masquaient trop bien les guerres du langage et les autres guerres qui font l’histoire humaine. La société, l’école vivent aujourd’hui, peut-être plus que ces dernières années, des soubresauts considérables ; il est normal que le consensus craque, que la censure douce se fasse plus mordante ». Joëlle Turin, lors de sa très intéressante intervention aux journées d’Arole 22, rappelait, entre autres, qu’on a encore en tête des idées de normalité en littérature de jeunesse, et que donc certains livres nous dérangent. « Pourtant, c’est en renouvelant l’horizon d’attente littéraire des lecteurs que des écrivains permettent à une œuvre d’afficher un caractère novateur ». Rappelons-nous Poil de carotte, L’Enfant, Tom Sawyer ou encore Oliver Twist qui ont créé de nouvelles valeurs, loin du bonheur familial, au profit de l’autonomie et de l’évasion. Ces livres ne nous dérangent pas, tout simplement parce que le temps a fait son travail, que l’œuvre est plus lointaine. Nous sommes plus déroutés par les romans qui fouillent la société contemporaine. « Ces livres ne visent ni à noircir ni à édulcorer une réalité, mais à l’organiser, la transformer, la recréer, la styliser. [...] L’intérêt de ces romans réside plus dans la façon dont les sujets sont développés, dont les personnages évoluent, il est plus dans la confrontation des idées, dans les jeux et les trouvailles de la narration, dans le travail sur la langue et la structure des textes, que dans l’écart ou l’adéquation à notre manière habituelle de penser », termine Joëlle Turin.

Nous arrêterons là pour les citations, mais on lira avec grand intérêt l’intégralité des articles de Serge Martin et de Joëlle Turin. Dans leur sillage, nous répéterons que c’est certainement le rôle des médiateurs de « porter » les livres plus difficiles, auprès des enfants, mais aussi auprès des adultes prescripteurs (parents, enseignants, etc.).

Il est nécessaire de multiplier les rencontres autour des livres, pour confronter les points de vue, mettre les livres en regard, relativiser son propre jugement, développer le regard critique du lecteur afin qu’il puisse exercer son libre arbitre face au livre. Pour citer encore une fois Serge Martin : « Discutons et laissons les enfants lire les livres, même ceux qui "heurtent et laissent un profond malaise", pour relativiser l’importance du livre et attacher toute son importance à sa lecture, à leurs lectures ». La liberté du livre et de la lecture est à ce prix.

Février 1999

  1.  (retour)↑  Questions d’éthique et littérature pour la jeunesse / actes des 10es journées d’Arole (Association romande de littérature pour l’enfance et la jeunesse), septembre 1997, Lausanne, Arole, printemps 1998.
  2.  (retour)↑  Marie Kuhlmann, Nelly Kuntzmann, Hélène Bellour, Censure et bibliothèques au XXe siècle, Paris, Éd. du Cercle de la librairie, 1989.
  3.  (retour)↑  « Des livres qui font mal », interview de Solange Marchal, Santé magazine, février 1998.
  4.  (retour)↑  « On trouve le pire/orthographe bafouée/des parents monstrueux/une pure ignominie/la terrifiante collection Chair de poule/la littérature est empoisonnée/des livres se font insidieusement voire ouvertement les propagateurs de la drogue, suicide, violence, sadisme et, plus récemment, de la pédophilie et du satanisme ».
  5.  (retour)↑  Marie-Claude Monchaux, Écrits pour nuire. Littérature enfantine et subversion, UNI, 1985.
  6.  (retour)↑  Cf. Citrouille, n° 15, mars 1997.
  7.  (retour)↑  Ibid., n° 15, mars 1997.
  8.  (retour)↑  Ibid., n° 15, mars 1997.
  9.  (retour)↑  Liliane Korb ; Laurence Lefèvre, Les Enfants aussi, Paris, Hachette Jeunesse, 1995 (Le Livre de poche ; 528 : Jeunesse).
  10.  (retour)↑  Var Matin, 9 novembre 1995.
  11.  (retour)↑  Cf. Citrouille, n° 20, juin 1998.
  12.  (retour)↑  Pour plus de précisions, cf. Citrouille, n° 15, mars 1997.
  13.  (retour)↑  9e Art : les Cahiers de la bande dessinée, n° 4, janvier 1999, p. 42.
  14.  (retour)↑  Jean Fabre, directeur à L’École des loisirs.
  15.  (retour)↑  Cf. Citrouille, n° 20, juin 1998, p. 5.
  16.  (retour)↑  Continue la lecture, on n’aime pas la récré..., Paris, Calmann-Lévy, 1993. Particulièrement le chapitre : « La vérité... mais pas toute ? », p. 49-94.
  17.  (retour)↑  Maurice Sendak, Max et les maximonstres, Paris, École des loisirs, 1967, rééd. chez le même éditeur en 1988 dans la collection Lutin poche.
  18.  (retour)↑  Serguei Koslov ; Vitaly Statzynski, Petit âne, Moulins, Ipomée, 1995 (Ipomée-Herbes folles) ; Malika Ferdjoukh, Fais-moi peur, Paris, L’École des loisirs, 1995 (Médium) ; La Marque du diable, Paris, L’École des loisirs, 1996 (Médium) ; Anna Höglund, Léon et Lola, Paris, Éd. du Seuil, 1996 ; Pef, Je m’appelle Adolphe, Carouge (Suisse), Éd. de la Nacelle, 1994 ; Valérie Dayre, L’Ogresse en pleurs, Toulouse, Milan, 1996 ; Catherine Desprez, Une Absence, Paris, Gallimard, 1994 (Page blanche) ; Serge Perez, Les Oreilles en pointe, Paris, L’École des loisirs, 1995 (Médium), J’aime pas mourir, Paris, L’École des loisirs, 1996 (Médium), Comme des adieux, Paris, L’École des loisirs, 1997 (Médium).
  19.  (retour)↑  Carole Chaleyssin et ses collègues du secteur jeunesse de la bibliothèque municipale de Bourgoin-Jallieu, CRILJ Nord-Isère, « Courrier des lecteurs », La Revue des livres pour enfants, n° 170, juin 1996.
  20.  (retour)↑  « Courrier des lecteurs », La Revue des livres pour enfants, n° 173, février 1997.
  21.  (retour)↑  Serge Martin, « La Censure chevauchant la morale », Le Français aujourd’hui, n° 121, mars 1998, p. 106-111.
  22.  (retour)↑  Joëlle Turin, « Valeurs et narrations : les romans pour adolescents », Questions d’éthique et littérature pour la jeunesse, op. cit.