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Editorial

Bertrand Calenge

Après un essor remarquable dans les années 70 et 80, les bibliothèques pour enfants sont devenues sinon négligées du moins hors des priorités affichées. Sans doute les réponses aux besoins socio-économiques de la population, ou les efforts d'adaptation aux nouvelles technologies ont-ils dévoré l'énergie nécessaire pour soutenir fortement l'inventivité dont les sections pour enfants avaient su faire preuve...

Si nul ne doute que les enfants ont leur place, et toute leur place, dans une bibliothèque de lecture publique, y ont-ils encore une place spécifique ? La segmentation des publics est à la fois dangereuse et nécessaire. Dangereuse lorsqu'elle conduit à isoler une fraction de la population et avec elle les médiateurs qui la servent, mais nécessaire puisqu'elle oblige à réfléchir à l'obligation d'un service public actif. Or les tensions de la société apparaissent avec une acuité particulière lorsqu'on ne considère plus les enfants comme une « catégorie sociale » (tels les entrepreneurs, les demandeurs d'emploi ou les étudiants, toutes catégories définies par une activité particulière) : les enfants, ce sont en somme toutes ces catégories rassemblées dans ce qui est l'humanité « en état d'enfance » pour reprendre l'expression de Françoise Dolto.

Si les soubresauts de la société ont fait mentir le slogan volontariste selon lequel un enfant qui lit est un futur adulte lecteur, il n'est pas inutile de rappeler qu'il n'y a pas d'adultes citoyens autonomes s'ils ne se sont pas approprié les outils de cette liberté lorsqu'ils étaient enfants. Et les outils adaptés aux enfants ne manquent pas : le constat que la littérature jeunesse peine à être reconnue comme champ de recherche à part entière n'enlève rien à la richesse de création offerte au jeune lecteur.

Qu'attendons-nous des bibliothèques pour enfants dans ce cadre ? Rien d'autre que ce que l'on espère aussi des littératures pour la jeunesse : qu'elles continuent d'exister, d'inventer, d'aider les enfants à devenir adultes.

La ministre de la Culture vient de demander à Danielle Taesch un rapport sur l'accès des jeunes à la culture écrite : espérons qu'il offrira des pistes concrètes sur les réseaux possibles, les formations professionnelles nécessaires, la diffusion accrue de la littérature de jeunesse, à partir des nombreuses réflexions qui ont cours en ce moment et que cette livraison du Bulletin des Bibliothèques de France vous propose.