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Jean-Paul Molinari

Pierre Cam

Les Parcours des étudiants

enquête 1994

Paris : La Documentation française, 1998. 175 p. ; 24 cm. (Les Cahiers de l'ove ; 5). isbn 2-11-003947-7. 135 F

par Élisabeth Blanes

La Documentation française publie ici les résultats commentés de l'enquête menée par l'Observatoire de la vie étudiante (OVE) au printemps 1994 auprès d'environ 27 000 étudiants entrés dans le système universitaire entre 1985 et 1993, et choisis dans plus de soixante-dix universités ou instituts nationaux de formation post-baccalauréat.

150 questions portaient sur les thèmes suivants : reconstitution précise du cursus depuis le passage du baccalauréat (inclus) ; conditions de travail scolaire et universitaire ; emploi du temps ; ressources et niveau de vie ; logement et transport ; alimentation et santé ; handicaps ; activités culturelles ; vacances ; origine sociale et géographique, sexe, âge.

Cet ensemble de paramètres permet de décrypter et de comprendre « les parcours des étudiants ». Les résultats montrent que le parcours simple, linéaire et délibéré, est un cas de figure finalement rare. A l'inverse, les résultats mis en tableaux (une cinquantaine) et les commentaires disent que les phénomènes d'inscription différée après l'obtention du bac, d'interruption d'études suivie ou non, de reprise, de retard, d'emprunt de passerelles, de circulation entre les filières, sont massifs. Analysés avec finesse, ils concernent certaines disciplines plutôt que d'autres, certains types d'étudiants plutôt que d'autres.

Les déterminants des parcours

Les conditions d'obtention du bac, l'origine sociale de l'étudiant, la conjoncture économique marquée par le chômage agissent comme des déterminants desdits parcours.

L'âge auquel on obtient le bac représente un signal, pour la famille ou l'étudiant lui-même, sur ses capacités à entreprendre des études supérieures. Une partie au moins de ceux qui obtiennent tardivement le bac repoussent d'un an leur inscription, ou choisissent des filières courtes (institut universitaire de technologie). Les mentions au bac, en même temps qu'elles sont des symboles d'excellence de qualité scolaire, sont des indicateurs de qualité étudiante.

L'origine sociale pèse comme un déterminisme : une logique globale de diminution du nombre d'étudiants originaires des classes populaires est à l'oeuvre, l'origine sociale s'appréciant à partir du sentiment de l'étudiant d'appartenir à une lignée forgeant l'ambition, des diplômes des parents, de leurs revenus. Les vingt-huit ans qui séparent la publication de Les Héritiers de Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron 1 n'ont pas modifié la donne. « La massification de l'université » ne s'identifie pas à sa démocratisation.

En ce qui concerne le chômage ou l'absence de débouchés professionnels, en 1983, seuls 29 % des étudiants ayant obtenu un BTS (brevet de technicien supérieur) poursuivaient leurs études en s'inscrivant dans des ufr (unités de formation et de recherche) ; en 1988, ils sont 60 % à le faire, faute de trouver un emploi. Il demeure que l'aspect professionnalisant des filières courtes n'a pas disparu puisque le choix des étudiants décidant de poursuivre va vers des spécialisations qui correspondent à des emplois identifiables.

Ce phénomène de prolongement des études courtes a engendré la mise en place, dans les universités, de filières construites en regard des compétences acquises dans le cycle court (diplôme universitaire de technologie-DUT, BTS) et de là, peut s'ébaucher une cartographie hétéroclite des filières et des universités. Certaines jettent des passerelles à partir du cycle court, mais sans proposer de diplômes professionnalisant à bac + 4, d'autres se contentent d'ouvrir les portes ; ailleurs, il s'agit moins de passerelles que de « ponts de brousse », disent les auteurs.

L'enquête de 1997, actuellement en exploitation, dira en quoi les parcours se sont modifiés, et où en est le désir marqué d'être là où on n'est pas et de ne pas être là où on est.

  1.  (retour)↑  Pierre Bourdieu, Jean-Claude Passeron, Les Héritiers : les étudiants et la culture, Paris, Éd. de Minuit, 1996, rééd. (Le Sens commun).