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La bibliothèque nationale et universitaire de Sarajevo

et les bibliothèques bosniaques

Bernard Gauthier

C’est en août 1992 qu’a eu lieu la destruction de la Bibliothèque nationale et universitaire de Sarajevo, fondée en 1945 et installée dans le bâtiment de l’ancien hôtel de ville datant de l’époque austro-hongroise. Cet établissement possédait environ un million de volumes, dont 150 000 livres rares et manuscrits, ainsi que des collections irremplaçables de périodiques bosniaques (33 000 titres).

La bibliothèque a brûlé pendant trois jours, du 25 au 28 août, après avoir été prise pour cible par les extrémistes serbes assiégeant la ville. Des employés de la bibliothèque et des volontaires sont parvenus à sauver un certain nombre de livres précieux, malgré les tirs des snipers, qui ont mortellement touché une bibliothécaire. Seuls 10 % des collections ont échappé à cette destruction ; les catalogues imprimés et sur fiches, les systèmes informatiques ont également disparu.

Une dévastation systématique du patrimoine bosniaque

Ainsi, un ensemble inestimable de documents témoignant du patrimoine et de l’histoire commune des différentes communautés bosniaques a été anéanti. Si la destruction de la Bibliothèque nationale et universitaire de Sarajevo évoque des tragédies anciennes, comme celle d’Alexandrie, ou les ravages des guerres mondiales, elle est aussi devenue le symbole de la dévastation systématique du patrimoine bosniaque.

Car cet anéantissement n’est que l’élément le plus spectaculaire de ce que l’on a pu dénommer un « mémoricide », caractérisant la politique désormais trop fameuse du « nettoyage ethnique » qui s’est accompagnée, dans tout le pays, d’une politique délibérée d’élimination du patrimoine écrit et architectural témoignant de la vie commune antérieure, et des droits des populations chassées : destruction d’institutions culturelles, d’édifices religieux (près d’un millier de mosquées, de nombreuses églises catholiques), destruction de quartiers et de villages entiers, de cadastres et d’archives. Les principaux responsables de cette politique ont été inculpés de génocide et crimes contre l’humanité par le Tribunal pénal international de La Haye.

Bien des institutions de mémoire et de culture ont été dévastées ou endommagées : parmi les cas les plus dramatiques, citons celui de l’Institut oriental de Sarajevo, qui possédait des milliers de manuscrits arabes, persans, aljamiado (bosniaque en écriture arabe), et d’innombrables documents de la période ottomane : ces collections ont entièrement disparu, et cette perte est irremplaçable.

D’autres établissements de Sarajevo ont moins souffert, comme le Musée national, qui a sauvegardé l’essentiel de son importante bibliothèque (200 000 livres, parmi lesquels la célèbre Haggadah, manuscrit hébraïque enluminé du XIVe siècle). C’est également le cas de la bibliothèque Gazi Husrev-Bey, la plus ancienne du pays, fondée en 1537 par un gouverneur ottoman, et qui conserve de nombreux manuscrits et documents concernant l’histoire de la Bosnie-Herzégovine. A Mostar, les archives et le musée d’Herzégovine, et les différentes bibliothèques (archevêché, université) ont été ravagés. Près de 40 % du patrimoine écrit de la Bosnie-Herzégovine aurait disparu durant la guerre.

Les accords de paix de Dayton ont inclus une annexe sur la question du patrimoine, reconnaissant ainsi son importance centrale. C’est dans ce contexte que le destin tragique de la Bibliothèque nationale de Sarajevo prend toute sa signification, posant des interrogations essentielles sur les notions de mémoire, d’identité, de culture et de pluralisme ; interrogations qui ne sont pas propres à la « tragédie balkanique », mais dont malheureusement la portée ne paraît pas toujours être bien perçue, à l’heure où livres et bibliothèques sont menacés par une recrudescence des fanatismes.

L’incendie de la Bibliothèque nationale de Sarajevo et le drame de l’ensemble de la Bosnie-Herzégovine a assurément suscité une grande émotion, et un certain mouvement de solidarité parmi les professionnels des bibliothèques. Ainsi l’IFLA, après avoir reçu un appel des bibliothécaires de Sarajevo, a organisé à leur profit une collecte internationale, qui a permis de recueillir près de 5 000 dollars. Cependant, les résolutions prudentes de l’IFLA et de l’American Library Association, se bornant en 1993 à regretter « la perte de l’accès à l’information des peuples de l’ancienne Yougoslavie» (sic), ont suscité une certaine gêne, voire l’indignation de professionnels engagés dans des actions de solidarité, à l’instar d’Andreas Riedlmayer, historien et bibliothécaire à l’université d’Havard, qui a rappelé que la destruction volontaire de bibliothèques et d’archives constituait une violation des lois et conventions internationales.

Les actions internationales pour la restauration

Malgré un siège de quatre années – le plus long dans l’histoire de ce siècle –, malgré les privations, les bombardements, le décès de proches, le personnel de la Bibliothèque nationale de Sarajevo, réduit à une quarantaine de personnes contre plus de cent avant la guerre, a poursuivi son travail dans des conditions matérielles très difficiles et dans des locaux de fortune très exigus (345 m2), sous la direction d’E. Kujundzic. Ce dernier s’est efforcé de mettre en œuvre la réorganisation du dépôt légal, l’établissement d’une bibliographie nationale, ainsi que le traitement des documents sauvés, répartis dans divers dépôts 1.

La fin des hostilités et les accords de Dayton n’ont pas mis un terme à ces difficultés : d’abord en raison de la situation générale de la Bosnie, où l’instabilité politique, la division persistante, l’impunité des criminels de guerre empêchent la mise en place de mécanismes de reconstruction durables.

Ainsi, les salaires sont faibles et versés avec une grande irrégularité. Mais ils représentent déjà une sorte de privilège pour les actuels soixante-trois employés de la bibliothèque, dans un pays où 70 % de la population active est au chômage.

Plus spécifiquement, la bibliothèque ne dispose toujours pas de locaux adéquats ni bien sûr de salle de lecture – des lecteurs viennent parfois consulter dans les couloirs. En juillet 1996, le gouvernement bosniaque a attribué à la bibliothèque, en tant qu’institution universitaire, un bâtiment de 4 000 m2 appartenant à l’ancienne caserne « Maréchal Tito », qui abrite également les facultés de Sarajevo dont les édifices ont été détruits. Malheureusement, les travaux nécessaires à la réhabilitation de ce bâtiment – dont l’état général semble assez correct – ont pris un certain retard, pour des raisons qui tiennent à la désorganisation politique et administrative du pays, et aussi à la multiplicité des urgences de la reconstruction (écoles, hôpitaux, bâtiments publics). Le rez-de-chaussée doit être aménagé pour la rentrée 1997, avec des bureaux, des magasins, une salle de lecture ; ces travaux sont financés par la Banque mondiale et le fonds Unesco pour la restauration.

Le bâtiment choisi devrait constituer un local provisoire pour une dizaine d’années, l’édification d’une nouvelle bibliothèque moderne et plus fonctionnelle étant envisagée ultérieurement. L’ancien hôtel de ville austro-hongrois, dévasté en 1992, ne sera probablement pas réaffecté à la bibliothèque, même si celle-ci devrait y conserver une petite annexe ; cet édifice, dont l’importance politique et symbolique est considérable, fait actuellement l’objet de lents travaux de consolidation et de restauration, au coût très important, financés par le gouvernement autrichien et l’Union européenne.

Le programme de l’Unesco

L’Unesco est à l’origine d’un programme pour la restauration de la bibliothèque, qui doit permettre à tout le moins d’amorcer la renaissance de ses fonctions. Il existe par ailleurs sous la responsabilité du directeur de l’Unesco un groupe d’experts qui travaille aux questions du patrimoine monumental.

Le programme en faveur de la bibliothèque a lancé un appel à financement auprès des contributeurs, qui n’a reçu malheureusement que peu d’échos pour la Bibliothèque nationale de Sarajevo, et encore moins pour les autres bibliothèques de Bosnie-Herzégovine. La somme collectée pour le programme de l’Unesco s’élève à 500 000 dollars, et correspond à trois donations principales : une donation Unesco sur fonds propres de 210 000 dollars ; une donation de la Turquie de 100 000 dollars ; une donation de la France de 130 000 dollars ; à quoi il faut ajouter environ 60 000 dollars de donations privées.

La donation française fait suite à une promesse du précédent ministre de la Culture, Philippe Douste-Blazy, de verser un million de francs pour la Bibliothèque nationale de Sarajevo. Cette promesse a été partiellement – aux deux tiers environ – honorée, mais par le ministère des Affaires étrangères ; il a été convenu que la différence de montant serait compensée par un don d’ouvrages français pour une valeur équivalente (qui n’a pas eu lieu). On ne peut que regretter que la totalité de l’aide financière promise pour la restauration de la bibliothèque n’ait pas été débloquée, d’autant plus qu’il s’agit d’une des rares contributions françaises à la reconstruction, et que la présence culturelle française à Sarajevo est faible. Il faut espérer que si le complément en don d’ouvrages a bien lieu, il soit précisément adapté au profil de la bibliothèque (fonds de référence, de recherche et universitaire).

La moitié des fonds de l’Unesco a été dépensée entre 1993 et 1996 : missions d’experts, soutien à des publications, achat de livres de médecine, fourniture d’un équipement informatique (onze ordinateurs, lecteurs de cédéroms avec bases bibliographiques nationales). Mais la question du choix du futur programme – qui serait croate ou slovène –, et le manque de personnel formé retardent la mise en route de l’informatisation. La bibliothèque doit récupérer les données informatiques de l’ancien catalogue central de l’ex-Yougoslavie, conservées à l’Institut national d’information de Maribor, en Slovénie ; c’était un système récent, dont les données ne remontent pas au-delà des années 1990. Dans l’immédiat, un petit financement a été versé qui donne à la bibliothèque quelques moyens pour terminer l’identification et le catalogage des 150 000 documents sauvés et permettre leur consultation.

Établir une bibliographie rétrospective

L’une des priorités est l’établissement d’une bibliographie rétrospective de Bosniaca, qui permette la recherche de doubles des ouvrages détruits en 1992 et conservés dans d’autres bibliothèques, et ultérieurement leur reproduction pour reconstituer, au moins partiellement, le fonds détruit. Ces ouvrages peuvent se trouver dans d’autres établissements de l’ex-Yougoslavie (surtout les livres édités après 1945), mais aussi dans les collections de la Bibliothèque nationale de Vienne (en particulier pour la période avant 1918), des bibliothèques de Berlin, d’Istanbul, d’Europe centrale, de certaines bibliothèques d’Italie du Nord…

Quelques initiatives ont eu lieu, de manière plus ou moins coordonnée : une réunion à Prague en 1994 a décidé le principe d’un programme de microfilmage, sans conséquence pratique ; des groupes de travail existent dans certaines institutions (Berlin et Istanbul). Aux États-Unis, un travail important a été accompli, notamment par la bibliothèque de l’université de Yale, qui a rassemblé 100 000 données bibliographiques extraites de la base OCLC.

Des stages de bibliothécaires bosniaques ont été organisés pour amorcer cette recherche à Londres, Berlin, Paris (au service ex-yougoslave de la Bibliothèque nationale de France en 1996). Une coordination au niveau international serait souhaitable ; il faudrait également que la bibliothèque de Sarajevo puisse acquérir l’équipement lui permettant de bénéficier de ce programme de sauvegarde, et d’assurer sa vocation patrimoniale : lecteurs de microfilms, matériel de microfilmage et de restauration, de numérisation…

Des dons d’ouvrages

La solidarité des professionnels des bibliothèques à l’égard de Sarajevo s’est surtout manifestée par des dons d’ouvrages : ainsi à Maribor, en Slovénie, l’ancien directeur de la Bibliothèque de Sarajevo, B. Pistalo, a organisé une collecte qui a permis de rassembler près de 30 000 ouvrages. La bibliothèque a reçu des dons importants en provenance de Zagreb, Rijeka, Berlin ; l’ambassade américaine à Vienne a envoyé 3 000 ouvrages, en particulier des ouvrages de médecine en langue anglaise.

Le domaine francophone est représenté par un envoi de 3 000 ouvrages qu’a organisé l’Association pour la renaissance de la Bibliothèque nationale de Sarajevo (ARBNS). L’ensemble de ces envois doit représenter environ 80 000 ouvrages. Mais en raison de la situation actuelle de la bibliothèque, ceux-ci sont entreposés pour la plupart dans des locaux de fortune et en attente d’être triés.

En ce qui concerne le don promis par le ministère de la Culture français (pour une valeur de 300 000 F environ), il semble qu’il ait été envisagé de prélever ces ouvrages sur les collections du Centre international de prêt de la Bibliothèque nationale de France, récemment supprimé. Dans les faits, une grande part des collections de ce dernier (130 000 livres) a été redistribuée auprès de nombreuses bibliothèques étrangères francophones ou manifestant un intérêt pour la culture française. La Direction du Développement scientifique et des réseaux, qui pilotait l’opération, avait jugé, de sa propre initiative, comme une priorité un envoi à la Bibliothèque nationale de Sarajevo.

Mais en raison de la situation actuelle de la Bibliothèque nationale de Sarajevo, il a été préféré un don de 800 ouvrages environ, répartis entre d’autres bibliothèques de Bosnie-Herzégovine situées dans les villes de Tuzla, Mostar, Gorazde, Travnik, ainsi qu’à Banja Luka sur le territoire « de l’entité serbe » ; ce don ne peut donc être considéré comme le complément de l’aide française promise.

La bibliothèque de Sarajevo a également reçu des aides en matériel, d’origines diverses : 9 000 mètres linéaires d’étagères offerts par la Deutsche Bibliothek, qui a également promis une aide dans le domaine de la restauration ; un photocopieur financé par l’ARBNS, trois ordinateurs envoyés par divers donateurs, une camionnette offerte par une association italienne.

A l’image de l’ensemble du pays, la bibliothèque manque dramatiquement de cadres formés, souvent partis en exil à l’étranger. Il faudrait une présence accrue de la communauté bibliothéconomique à Sarajevo et en Bosnie-Herzégovine, par la venue de professionnels et de formateurs, par des aides techniques et scientifiques. Par ailleurs, la division persistante du pays fragilise l’établissement, en remettant en cause son caractère national, qui pourrait s’effacer au profit d’une fonction plus universitaire. Malgré ces difficultés, les bibliothécaires de Sarajevo veulent croire en l’avenir, et imaginent une bibliothèque moderne, ouverte par les nouvelles technologies sur l’Europe et le monde, dans une ville qui fut durant quatre années coupée de l’extérieur.

Les autres bibliothèques

Si le niveau de destruction est variable, des traits communs se dégagent avec évidence : l’absence de financement pour les abonnements et les achats de livres ; le manque de professionnels par suite de l’exode des cadres ; le manque de matériel et d’équipement. L’information qui suit est très parcellaire et incomplète, centrée sur Sarajevo. On peut dire que de très nombreuses bibliothèques, de toutes sortes, ont été ravagées, voire totalement anéanties.

Les bibliothèques universitaires et spécialisées

A l’université de Sarajevo, les bibliothèques de certaines facultés ont été totalement détruites : faculté d’agronomie, faculté forestière, faculté d’électrotechnique, faculté des transports, faculté de culture physique, ainsi que des établissements plus autonomes comme l’Institut des eaux et forêts, l’Institut technologique du bois, l’École médicale. D’autres facultés ont moins souffert et préservé des fonds importants ; c’est le cas à la bibliothèque de la faculté des lettres et de philosophie, qui se trouvait pourtant à proximité de la ligne de front : une salle de lecture a été réouverte en septembre 1997.

Le sort tragique de la bibliothèque de l’Institut oriental a déjà été évoqué ; malgré ses épreuves, il a poursuivi une politique dynamique de publications. Il a reçu quelques dons d’ouvrages en provenance notamment de la Turquie, ainsi que des États-Unis, où Andreas Riedlmayer a lancé un programme de recherche sur les manuscrits bosniaques, et créé un site Internet comportant de nombreuses informations sur l’ensemble des bibliothèques de Bosnie-Herzégovine et les actions de coopération patrimoniale et universitaire. L’ARBNS a par ailleurs acheminé un don d’ouvrages fait par le Département des manuscrits orientaux de la BnF.

La bibliothèque Gazi Husrev-Bey, fondée au XVIe siècle, qui conserve de nombreux manuscrits, à dominante religieuse, mais aussi toutes sortes de documents concernant l’histoire de la Bosnie-Herzégovine, par exemple des périodiques et journaux anciens, a pu préserver l’essentiel de ses collections, et, grâce à des financements récents, a entrepris l’informatisation de ses catalogues et la rénovation de ses locaux pour l’ouverture d’une salle de lecture.

Au Musée national de Sarajevo – institution fondée à la fin du XIXe siècle –, les importantes collections de la bibliothèque, dans les domaines de la préhistoire, de l’archéologie, de l’ethnologie et des sciences naturelles ont été mises à l’abri en sous-sol durant la guerre. La bibliothèque manque de tout et n’a reçu presque aucune aide : il n’y a même pas d’étagères pour ranger les documents ; sans parler du matériel informatique ou de l’équipement minimal pour une salle de lecture.

Le Centre clinique de Sarajevo dispose d’une bibliothèque centrale et de bibliothèques spécialisées par disciplines, qui jouent un rôle important dans le domaine de la documentation médicale. Actuellement dix seulement de ces centres documentaires fonctionnent, plus ou moins, grâce au dévouement de… trois bibliothécaires. Si les fonds n’ont pas été détruits, le manque de personnel formé, l’absence de crédits pour les abonnements à des revues scientifiques se fait cruellement sentir. Des dons modestes ont été reçus, en provenance des États-Unis. Surtout, la fondation Soros a doté le centre clinique d’un poste de consultation de la base Medline.

Les importantes bibliothèques des entreprises Unis (automobile et moteurs) et Energoinvest (informatique et automation) ont été anéanties. L’entreprise pharmaceutique Bosnalijek a conservé une bibliothèque active, malgré la perte d’une partie du fonds. Cette bibliothèque spécialisée a reçu un don de documentation important de l’ambassade française, et souhaite développer ses relations avec des institutions spécialisées en pharmacie en France.

En ce qui concerne les bibliothèques universitaires hors de Sarajevo, celle de Mostar a été incendiée ; celle de Tuzla – à dominante scientifique et technique – est intacte, et reçoit des financements du canton, mais elle doit faire face, comme l’université, à un afflux d’étudiants réfugiés aux disciplines les plus diverses.

Les bibliothèques municipales et scolaires

L’état général est assez ou très mauvais ; de nombreuses bibliothèques sont ravagées ou détruites. Parmi les bibliothèques municipales entièrement détruites, citons Ilidza (canton de Sarajevo), Vares (canton de Zenica), Bosanska Krupa et Sanski Most (canton de Bihac), Prozor (canton de Mostar), Kalesija (canton de Tuzla).

A Sarajevo, la bibliothèque municipale a perdu 150 000 ouvrages, et les destructions n’ont pas épargné équipements et bâtiments ; elle conserve actuellement 200 000 ouvrages et dix annexes. Elle est assez fréquentée par les étudiants, et durant la guerre les inscriptions se sont multipliées. L’action d’une association allemande a permis l’ouverture d’une nouvelle annexe pour la jeunesse, un salon du livre en Allemagne a offert un don important d’ouvrages. Les besoins en matériel relèvent souvent des fonctions de base : photocopieur, machines pour fiches catalographiques…

La bibliothèque municipale de la ville de Tuzla est dans l’ensemble intacte, et a reçu une série de donations, des États-Unis, de l’Allemagne, de la Malaisie, ainsi qu’une aide importante de la Slovénie pour engager son informatisation. La ville a même vu l’ouverture d’une bibliothèque autrichienne.

Sarajevo comptait avant la guerre une quarantaine de bibliothèques scolaires, qui ont été très éprouvées, en raison de leur fragilité. La fondation Soros a financé quelques renouvellements de fonds. En mai 1997, le centre de promotion du livre de jeunesse de Seine-Saint-Denis et l’association Paris-Sarajevo-Europe ont organisé un salon du livre de jeunesse franco-bosniaque à Sarajevo. A cette occasion, 5 000 ouvrages ont été offerts aux écoles bosniaques.

En conclusion, il faudrait sans doute aussi évoquer les dramatiques destructions de bibliothèques privées, parfois brûlées par leurs propriétaires pour se chauffer et survivre : cela est même devenu une sorte de thème littéraire sarajevien 2.

Plus positivement, il faut espérer que les programmes de l’Union européenne, s’ils visent vraiment à la réintégration du pays, au refus d’une division sur des critères nationalistes et ethniques, imposée par la force la plus brutale, prennent enfin en compte la Bibliothèque nationale de Sarajevo. Non seulement parce que le sort de cet établissement est l’un des plus dramatiques symboles du siège de Sarajevo, mais aussi parce que sa vocation même est de jouer un rôle pluriculturel et intégrateur, de contribuer à la constitution d’un réseau bibliothéconomique couvrant l’ensemble du territoire de la Bosnie-Herzégovine et ouvrant ce pays sur l’extérieur. Elle prendrait ainsi une place singulière parmi ces grandes bibliothèques dont on salue aujourd’hui la construction ou la rénovation, en rappelant une valeur, une signification, qui ne se réduit pas à l’édification de monuments emphatiques, ou à la distribution onéreuse de données standardisées.

Septembre 1997

Coordonnées Utiles

Unesco, Programme pour la restauration de la Bibliothèque nationale et universitaire de Sarajevo

A. PLATHE, tél. 01 45 68 44 67, fax 01 45 68 55 83.E-mail : A. Plathe@unesco. org

Association pour la renaissance de la Bibliothèque nationale de Sarajevo (fondée en 1992)Tél./fax : 01 43 67 34 75.En contact avec l’Association des bibliothécaires bosniaques.

Bibliothèque nationale et universitaire de Sarajevo, Obala Maka Dizdara 2, 71 000 Sarajevo RBiH (adresse provisoire).Tél./fax (387) 71 533 204.

Et aussi

Bosnian Manuscripts Ingathering Project (site Internet) :http ://www. acs. supernet/manu/ingather.htm

Librairie-galerie Le Lys (littérature et culture d’ex-Yougoslavie), 12 rue Saint-Louis-en-l’Isle, 75004 Paris.

  1.  (retour)↑  Voir l’article de Suada Tozo-Waldmann, « La Bibliothèque nationale et universitaire de Sarajevo », paru dans le Bulletin des bibliothèques de France, 1994, n° 2, p. 58-61 ; et également celui de Stephan Gebehenne, « Aider les bibliothécaires de Sarajevo », paru dans le Bulletin d’informations de l’abf, 1995, n° 166, p. 71-73.
  2.  (retour)↑  Voir par exemple le remarquable livre d’Ozren Kebo, Bienvenue en enfer, Strasbourg, Éd. de la Nuée bleue, 1997, p. 72-75 et 106-107.