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Dictionnaire encyclopédique de l'information et de la documentation

Paris : Nathan, 1997. 634 p. ; 21 cm. (Collection « réf. »). isbn 2-09-190528-3. 189 F

par Marc Chauveinc

Le comité de rédaction de ce dictionnaire, composé de Serge Cacaly, Michel Melot, Yves F. Le Coadic, Paul-Dominique Pomart et Éric Sutter, a dirigé ici environ quatre-vingts rédacteurs 1, qui ont tous signé leurs rubriques. L'ouvrage est largement ouvert sur les sciences de l'information qui se manifestent dans nombre de sujets traités. C'est dire que l'horizon habituel du bibliothécaire s'en trouve grandement élargi et qu'il puisera dans cet ouvrage de précieux renseignements sur les sciences cognitives, la loi de Bradford, l'analyse de la valeur, les télécommunications, l'ingénierie documentaire, la sous-traitance, la psychosociologie...

Présentation générale

Il s'agit du premier dictionnaire encyclopédique francophone traitant du domaine de l'information, des archives aux musées en passant par les bibliothèques. C'est un dictionnaire alphabétique, mais c'est aussi une encyclopédie, car tout le vocabulaire de la profession n'est pas expliqué et les mots sélectionnés font l'objet d'articles plus ou moins développés 2.

Dans sa présentation, Serge Cacaly espère avec raison que ce dictionnaire permettra une maturation des sciences de l'information. Il annonce la venue d'un nouveau monde de l'information où se substituent « à une logique patrimoniale de l'acquisition, du stockage, de l'empilement, etc., le flux, l'échange, la relation, l'interconnexion qui fondent les nouveaux postulats du pouvoir de l'information ». Ce point de vue peut être en partie discuté, car, même si l'interconnexion et l'échange deviennent effectivement la règle des processus documentaires, la documentation ne peut reposer que sur des empilements. Que sont les grandes bases de données sinon des « empilements » de notices bibliographiques et Internet un empilement mondial de fichiers... ?

Les 307 articles sont corrélés par des « voir aussi » qui permettent une lecture circulaire et continue de l'ouvrage, presque de l'hypertexte. Ils sont aussi complétés par de courtes, trop courtes bibliographies, qui permettent cependant un approfondissement du sujet. Une autre caractéristique intéressante est la traduction en anglais de presque toutes les entrées, dont les résultats sont parfois surprenants 3.

Parmi ces articles, figurent une vingtaine de notices biographiques d'acteurs décédés, considérés comme connus du monde de l'information : Suzanne Briet, Ernest Coyecque, Léopold Delisle, Melvil Dewey (bizarrement prénommé John dans l'introduction), Eugène Morel, Paul Otlet, etc. Mais pourquoi y avoir ajouté des noms moins évidents, comme John-Desmond Bernal, Georges Perec, Jorge-Luis Borges, même s'ils ont eu quelque contact avec la documentation ? Ne pouvait-on pas y ajouter Julien Cain, C. A. Cutter, Émile Dacier, Jean Gattégno, Herbert Marshall McLuhan, Louise-Noëlle Malclès, Henri Lemaître, Gabriel Henriot, etc. ?

Le contenu

Le spectre complet des sciences de l'information est couvert, des différentes disciplines traditionnelles (archivistique, bibliothéconomie, muséologie), à d'autres qui paraissent plus excentriques, même si elles sont fréquemment utilisées, comme l'informatique, l'électronique, la linguistique, les sciences cognitives, ou, plus rarement, la psychosociologie, la logique, l'audiotex ou la commercialisation, qu'on est surpris de trouver là.

On trouve aussi tous les organismes liés à la documentation Commission de coordination de la documentation administrative, Conseil supérieur des bibliothèques, Programme général d'information de l'Unesco, Centre national du livre, Association française de normalisation, mais aussi l'Organisme de coopération et de développement économiques, moins évident dans le cadre de la documentation.

Viennent ensuite les méthodes, dont la bibliométrie, le benchmarking (qu'on aurait pu traduire par évaluation comparative), l'analyse de la valeur, l'« usabilité » (quel néologisme maladroit !), le marketing, la réingénierie et des notions plus courantes comme l'évaluation, les statistiques, la gestion financière, la tarification.

On trouvera tous les outils habituels du bibliothécaire, du classement au thésaurus, en passant par le désherbage, l'indexation et la bibliographie, avec, en plus, la veille documentaire, l'informatique, l'intelligence économique et l'intelligence artificielle. Le monde technique est très bien couvert par des articles sur les banques de données, la gestion électronique des documents, HTML, l'hypertexte, la reconnaissance optique de caractères, Renater et le vidéotex. L'explication donnée sous la rubrique « Édition électronique » semble « oublier » la production de textes à partir d'un micro-ordinateur, que les Anglais appelle desktop publishing et qui se développe beaucoup.

Après les supports de l'information (cédérom, papier, différentes mémoires), une série de rubriques concerne les applications spécifiques (information en archéologie, biologie, chimie, géographie, médecine, etc.), mais pas en histoire, ni en littérature, ni en agriculture. De même, pourquoi la rubrique « Information en médecine » parle-t-elle plus des enquêtes et rapports épidémiologiques que des sources bibliographiques (l'Index Medicus est à peine cité, sans autre précision) ?

Les métiers et la formation font l'objet de nombreuses rubriques sur le CAPES en documentation, l'École nationale supérieure des sciences de l'information et des bibliothèques, les centres régionaux de formation, l'Institut catholique, etc., ainsi que les diverses professions liées à la documentation (archiviste, bibliothécaire, conservateur, consultant, courtier, documentaliste, etc.).

Les organismes documentaires font aussi l'objet de nombreuses rubriques par genre (archives, bibliothèque, médiathèque, musée) ou spécifiques (Bibliothèque nationale de France, Catalogue collectif national des publications en série, Prêt entre bibliothèques, INIST, etc.)

Commentaire

La couverture est donc très large et va bien au-delà des sciences de l'information proprement dites, en oubliant pourtant quelques aspects plus bibliothéconomiques, comme le Conspectus ou le Kompass en information financière.

Beaucoup d'articles, comme « Télécommunications », sont excellents, clairs, complets et suffisants. Certains sont plus succincts, comme « Format », qui ne dit pas ce que signifie la dimension d'un livre et ne contient pas la liste sommaire de la structure MARC. En revanche, le formatage des textes (SGML), des images et des sons est bien développé. Un tableau aurait été le bienvenu dans la rubrique « Codage » 4.

Les formats MARC et UNIMARC ne font pas l'objet de rubriques propres 5 et les articles OCLC ou RLG sont trop limités. Dans « Certification des professionnels », il n'est pas fait mention des États-Unis ou de la Grande-Bretagne où elle joue pourtant un rôle prépondérant.

D'autres sont curieusement placés, comme « La Documentation française », classée à L, ou la « Lecture assistée par ordinateur », à « Poste de ». Une dernière remarque concernera l'index, qui aurait dû être enrichi de tous les mots importants cités dans le texte.

Ces quelques regrets mentionnés portent sur des détails et ne doivent pas retirer à ce dictionnaire l'intérêt d'être le premier à apporter, sous une forme condensée, une description générale de la documentation. Les notices se complètent bien et l'ouvrage peut se lire dans la continuité en éclairant un sujet, en permettant de le comprendre et de le prolonger par d'autres lectures.

  1.  (retour)↑  Parmi lesquels plusieurs bibliothécaires, dont Marie-Françoise Bisbrouck, Françoise Danset, Isabelle Giannattasio, Suzanne Jouguelet, Claudine Lieber, Denis Pallier, Martine Poulain, Antoine Provansal, Jacqueline Solomiac, Valérie Tesnière, etc.
  2.  (retour)↑  On peut regretter parfois qu'ils ne le soient pas plus, comme les articles « Format », « Internet » ou « rlg » (Research Library Group). Sans doute, les contraintes de l'édition !
  3.  (retour)↑  « Tableau de bord » est traduit par Dashboard au lieu de Decision Support System (dss, voir l'encyclopédie anglaise), « conservateur » est traduit par Chief Librarian alors que Librarian suffit, « gestion des collections » par File Management au lieu de Collection Management, « statut professionnel » par Civil Servant Status, alors que ce terme ne désigne que les fonctionnaires et que le premier est beaucoup plus large. Tout le monde a un statut. De plus, l'article ne concerne que les documentalistes. Les corps d'État ne sont mentionnés que pour les conservateurs, sous cette rubrique. Faut-il aussi regretter le Physical Information mis pour Information in Physics ?
  4.  (retour)↑  Le détail et l'explication du codage informatique se trouvent en fait sous la rubrique « Banque de données » et non dans « Codage ».
  5.  (retour)↑  Ils ne sont mentionnés que sous la rubrique « Catalogage ».