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Jean-Marie Besse

L'écrit, l'école et l'illettrisme

Paris : Magnard, 1995. - 200 p. ; 25 cm

par Yvonne Johannot

L'ouvrage comporte trois parties : « L'illettrisme », « L'appropriation de l'écrit » et « L'école et l'écrit ».

La première situe la « découverte » de l'illettrisme dans les pays industrialisés et la recherche des responsables d'un état de choses préjudiciable à une proportion notable de la population. La seconde oriente la réflexion non pas sur les performances proprement dites dans le domaine du lire-écrire, mais bien sur la relation à l'écrit et sur ce que comporte pour l'individu l'effort de se l'approprier, c'est-à-dire l'élaboration d'une « relation individuelle » entre l'écrit et celui qui l'utilise. La troisième pose, en termes novateurs, le rôle de l'école moins dans l'apprentissage proprement dit que dans la réalisation des conditions qui permettent l'établissement de cette appropriation.

Une orientation nouvelle

L'intérêt des deux dernières parties consiste à insister sur la modalité de représentation que demande l'entrée dans l'écrit et les spécificités de ce mode de communication. C'est à ce niveau - et non à celui des méthodes d'apprentissage - qu'il faut se poser les problèmes soulevés par l'acquisition de l'écrit. Un travail théorique est donc nécessaire afin d'apprécier « les cohérences, les contradictions, les ignorances » qui sont les nôtres dans ce domaine. Ces recherches devront tenir compte aussi bien de l'histoire de l'écrit et de son rôle social que des effets de sa pratique ; aussi bien des processus cognitifs mis en jeu dans l'activité de lecture et de la conceptualisation de l'écrit dont l'enfant est capable, que de l'évaluation des étapes à franchir dans la dynamique de l'acquisition des connaissances.

L'école n'est pas la seule responsable

La société tout entière partage la responsabilité de n'avoir su transmettre qu'à 80 % environ d'enfants une compétence satisfaisante dans le domaine du lire-écrire. La frange des 20 % restants risque aujourd'hui de rester en marge de la société. Il est donc nécessaire de s'interroger sur les « conditions de socialisation » qui permettent - ou non - à l'enfant d'entrer dans l'écrit. L'auteur étudie certaines d'entre elles qui vont permettre une réelle motivation à l'apprentissage et une réelle construction des savoirs acquis. Il insiste sur l'importance de l'écriture qui permet, par un processus actif, de s'affirmer comme auteur de messages. Il voudrait que les techniques d'évaluation permettent non pas simplement de juger de ce qui a été mémorisé de l'enseignement du maître, mais bien de ce qui a été construit par l'élève dans sa représentation de l'écrit.

Un exposé très clair d'un sujet souvent abordé ces dernières années, mais rarement d'une façon qui traite - comme ici - non pas du superficiel, mais de l'essentiel.