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Ed. Krol

Le Monde Internet

guide et ressources

2e éd. Paris : Ed. O’Reilly International Thomson, 1994. – XXIX-543 p. ; 24 cm. ISBN 2-84177-000-1 : 220 F

par Anne Curt

Cet ouvrage est anglo-saxon jusqu’à la dernière page. Très technique, mais aussi simple et pragmatique, il essaie d’imaginer toutes les situations, pour donner, au cas par cas, les clés d’Internet. Le style est jeune, in, familier, voire humoristique, parsemé d’amusantes illustrations rétros. Le découpage par chapitre éclaire une matière difficile à appréhender tant qu’on ne s’est pas jeté à l’eau. Illustrant ses propos de copies d’écran, d’exemples de commandes, l’auteur énonce les procédures, les possibilités, les opportunités offertes en fonction des systèmes. Une grande part est faite aux procédures d’accès par le biais d’Unix sans, cependant, oublier celles des systèmes IBM PC et compatibles avec Microsoft ou d’Apple ou encore de VMS.

L’ouvrage se divise en trois parties. La première partie, théorique, regroupe les chapitres 2 à 4 et traite de l’histoire et de la philosophie d’Internet. La partie pratique s’étend des chapitres 5 à 15 et traite de l’utilisation des outils logiciels.

Vient ensuite, en troisième partie, le catalogue des ressources qui donne un aperçu de ce que l’on peut trouver sur Internet. Les annexes suivent. A la fin de l’ouvrage, le lecteur trouvera un vocabulaire et un index qui facilitent la compréhension des données.

Une histoire d’éthique

L’Internet Society ou ISOC se compose de membres volontaires qui ont pour objectif de promouvoir l’échange d’informations dans le monde de la recherche et de l’enseignement. Il s’appuie sur le groupe IAB (Internet Architecture Board), sorte de comité d’éthique, qui se réunit pour accepter de nouveaux standards – normes de dialogue entre les ordinateurs –, et pour édicter les règles de délivrance des adresses. C’est l’IETF (Internet Engineering TaskForce), composé lui aussi de volontaires, qui règle les problèmes techniques, produit la documentation et coopère avec les autres réseaux.

Le coût de fonctionnement du réseau est réparti sur l’ensemble des utilisateurs d’Internet, puisqu’il y a partage des informations. Plus de soixante pays sont concernés. Les gouvernements participent, pour la plupart, au financement de leur réseau national et subventionnent les universités pour le paiement de leurs connexions. Tous les participants sont responsables de la sécurité du réseau, doivent rester vigilants et signaler tout problème suspect.

Si l’individualisme doit être respecté à tout prix, l’autodiscipline de chacun doit protéger le réseau d’une utilisation abusive, voire scandaleuse. Il existe des usages inacceptables, comme par exemple, l’utilisation par certains des machines distantes pour stocker des données locales, essayant ainsi d’éviter un investissement local dans un matériel dont ils ont besoin. Si Internet donne un accès facile à des services utiles pour tous, il n’est en aucun cas un accès gratuit à des services personnels. Certains usages excessifs (utilisation pour les jeux ou monopolisation inefficace et excessive, pornographie, comportements asociaux) seront signalés par un courrier électronique, et l’utilisateur indélicat sera interdit de réseau.

Technique et petits paquets commutés

Très proche du réseau français Transpac, Internet découpe l’information en tranches, les numérote et les achemine grâce à l’adresse de destination. C’est le protocole de transmission TCP/IP. A l’arrivée, les tranches sont reclassées et celles qui se sont perdues sont retransmises. Il y a donc contrôle au départ et à l’arrivée (checksum). Les machines correspondent entre elles grâce à des suites de chiffres, alors que l’homme mémorise un nom plus facilement que des nombres. L’adresse repose donc sur l’administration de noms de domaines hiérarchisés DNS (Domain Name System).

Procédures et systèmes d’exploitation

La majeure partie du livre décrit les procédures en fonction des systèmes d’exploitation pour obtenir certains services. Le plus intéressant, le transfert de fichiers distants FTP (File Transfer Protocol) permet de recevoir (get) ou d’envoyer (put) des documents sous forme ASCII ou binaire. WYSIWYG (what you see is what you get) consiste à obtenir ce que l’on voit. On y traite aussi de compression d’images et de normes JPEG et MPEG *. De cette façon, peuvent être obtenus des documents numérisés tombés dans le domaine public ou des journaux électroniques que l’on peut décharger sous anonymous.

Puis viennent la messagerie mail, le forum des news bientôt suivis par les outils de recherche que sont Gopher, Archie, Finger, Wais, Veronica, WWW et son GNN – super navigateur –, XMosaic... Quant au robot bibliothécaire, c’est le KIS (Knowbot Information Service) de Wais, le répertoire des serveurs capable de découvrir pour vous les ressources dont vous avez besoin. N’est-ce pas ce que nous faisons lorsque nous aidons un lecteur à trouver ce qu’il cherche ? Une liste des ressources d’Internet par ordre alphabétique des domaines vient compléter le tout, suivie d’annexes, d’un vocabulaire et d’un index.

Nuages à l’horizon

Jusqu’ici, le développement d’Internet en Europe a été freiné par un développement trop insuffisant des réseaux téléphoniques, ainsi que par l’existence de la norme OSI (Open Systems Interconnexion) fortement soutenue par la Commission des communautés européennes. Les deux protocoles de communication sont très proches et IP (Interconnexion Protocol) semble l’emporter pour le moment. La communauté choisirait-elle de s’isoler en rejetant une norme de fait ? Il est indéniable, cependant, que le réseau est fortement menacé par un glissement progressif vers la commercialisation d’une partie de ses services. Les grandes, moyennes et petites entreprises s’y intéressent de plus en plus pour des raisons différentes, soit pour fonctionner en un seul réseau, soit pour profiter d’un réseau économique. Un usage commercial d’Internet tendra à le privatiser à terme. Or, le financement du réseau pour l’université, la recherche, les écoles, la culture... est une affaire de choix politique. Les états risquent de ne plus subventionner le réseau. Actuellement, ils ont tendance à subventionner des projets précis. Internet pour la culture, l’enseignement et la recherche y survivra-t-il ?

En deux mots, ce livre est la bible d’Internet.

  1.  (retour)↑  JPEG (Joint Photographic Expert Group) établit des normes de codage numérique et de compression d’images fixes. MPEG (Moving Picture Expert Group) est chargé d’établir les normes de transmission de l’image animée en reprenant le codage et les normes de compression de l’image fixe.