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SIBIL, du projet pilote au schéma directeur

Bilan et perspectives du réseau SIBIL FRANCE, 1984-1994

Maggy Pézeril

L’expérience pilote d’informatisation lancée en 1982 à la bibliothèque interuniversitaire (BIU) de Montpellier par une DBMIST (Direction des bibliothèques, des musées et de l’information scientifique et technique) nouvellement créée, n’avait pas pour seul objectif de tester l’adaptation du logiciel Sibil 1, au fonctionnement d’une bibliothèque universitaire (BU) française. Elle s’inscrivait dans un projet d’informatisation de l’ensemble des BU françaises dont elle était, avec d’autres expériences concomitantes, l’amorce. Dans le même temps, et procédant semble-t-il selon la même logique, la Direction du livre et de la lecture du ministère de la Culture envisageait l’informatisation en réseau des bibliothèques de lecture publique avec, notamment, le logiciel Libra. Déjà, ici et là des expériences de création de catalogues collectifs de périodiques (Agape, Ippec), préfigurant le CCNPS 2, avaient fait la preuve de l’intérêt de l’approche réseau pour le traitement informatisé de données bibliographiques et les échanges entre bibliothèques.

Le lancement de l’opération Sibil à la BIU de Montpellier s’inscrivait donc d’emblée dans une approche réseau et dans un projet d’informatisation des BU françaises. Cela était rendu possible par les capacités du Centre national universitaire sud de calcul (Cnusc), récemment implanté à Montpellier, à devenir, sur cette application, le serveur d’un futur réseau des bibliothèques universitaires. Le concept de réseau présent au démarrage de l’expérience Sibil avait toutefois une double signification : réseau national des bibliothèques universitaires, c’était aussi un réseau local permettant de fédérer autour d’un même catalogue informatisé, les divers organismes documentaires universitaires intéressés et dispersés. Pour manifester concrètement cette volonté d’articuler les deux niveaux locaux et nationaux, la DBMIST favorisait alors l’entrée conjointe dans Sibil, avec la BIU de Montpellier, du Centre d’études du XVIIIe siècle de l’Université Paul-Valéry et de la bibliothèque de la faculté de théologie de Montpellier.

Les problèmes de démarrage

Les problèmes de mise en route, dus principalement aux contraintes existant alors d’équipement en matériel français, ont freiné pendant trois ans – jusqu’au début 1986 –, l’installation de Sibil à Montpellier et son extension aux autres bibliothèques universitaires candidates. Pendant ces trois ans, et avant d’avoir pu véritablement tester l’intérêt et l’efficacité du système Sibil en réseau, la DBMIST lançait concurremment des opérations d’informatisation sur micro-ordinateurs : les « Mobicat ». La percée nouvelle des micro-ordinateurs offrait une alternative aux gros systèmes pour l’informatisation des bibliothèques en faisant miroiter une économie de moyens (logiciel, connexions, équipements).

Un projet comme Sibil, tournant sur gros système et nécessitant pour son lancement et sa mise en œuvre des ressources non négligeables, s’est trouvé dès son démarrage mis en concurrence avec des projets « micro » et sa « rentabilité » évaluée à l’aune des coûts de la micro-informatique. Il en supportait d’autant moins avantageusement la comparaison que les ressources du système Sibil n’étaient utilisées que par une poignée de sections. A cette époque, tout ratio coût/production (en nombre de données ou en prêts) ne pouvait qu’être extrêmement défavorable à Sibil, qualifié par certains de « Rolls Royce du catalogage ». Une notice créée sur Sibil, par rapport aux coûts initiaux d’investissement et de mise en œuvre du système, valait son pesant d’or.

L’histoire de l’implantation de Sibil en France est avant tout celle d’une avancée, lente et parfois difficile, du concept de réseau coopératif pour la création de données et l’informatisation des bibliothèques universitaires françaises.

Catalogage partagé ou catalogage dérivé ?

A travers l’étude des réseaux informatisés de catalogage nord-américains (OCL, RLIN, UTLAS...) 3, le ministère de l’Education nationale n’avait pas manqué de percevoir les enjeux, notamment économiques, d’une politique de production de données en réseaux.

Complémentairement au travail des agences bibliographiques nationales comme la Bibliothèque nationale (BN) ou la Library of Congress, le travail en réseau était d’évidence le mode d’organisation le plus performant et le plus économique pour la création de données 4. Cette prise de conscience de l’enjeu d’une mise en réseau des bibliothèques, concept initial de l’expérience Sibil, aurait pu signifier le développement du réseau Sibil existant, tel n’a pas été le cas. Le lancement d’OCLC 5 en France et, plus tard, le rattachement de BU à la base BN ont porté à trois les réseaux de catalogage offerts aux BU. Si les options Sibil et OCLC en France ont parfois été présentées comme concurrentes, elles procédaient néanmoins d’un même objectif : l’informatisation en réseau des bibliothèques universitaires, pour la production de données. Mais entre ces deux options il y avait une différence majeure : la taille du réservoir de données disponibles. Entre les 14 millions de notices du réservoir OCLC et le 1,2 million de notices du fichier romand disponible sous Sibil, il y avait plus qu’un écart de 1 à 10, il y avait de fait passage d’une philosophie du catalogage partagé (Sibil) à une philosophie du catalogage dérivé (OCLC).

Le réseau Sibil France s’est alors trouvé confronté à une approche du concept de réseau très différente de la sienne. Représentant plus qu’une alternative pour les directeurs de BU, les enjeux véritables de la politique des données étaient alors : internationalisation des données ou production française. Sans prendre position dans ce débat, le ministère a fixé des objectifs de réduction des coûts, humains notamment, du catalogage, et d’accélération de la production de données dans l’objectif du catalogue national, « le Pancatalogue ». Le raccordement d’un certain nombre de BU à la base BN allait dans ce sens, tout en confortant l’option « française » du catalogage.

Le développement du réseau Sibil France, une fois réglés les problèmes de matériel, s’est donc trouvé rapidement confronté à la « concurrence » d’un réseau international dont la taille était l’argument décisif, puis de la base de la BN qui offrait en outre une indexation et des accès conformes aux listes nationales d’autorités. Une des évolutions importantes dans la stratégie du ministère de l’Education nationale a été alors de favoriser l’informatisation du catalogage des bibliothèques, l’aspect informatisation intégrée étant mis au second plan. Les contraintes étant facteur d’évolution et source de dynamisme, elles ont permis au réseau Sibil France de se donner des objectifs nouveaux et un mode de fonctionnement autonome, capable de réagir aux évolutions et aux contraintes de l’environnement national.

Ainsi l’Association Réseau Sibil France, créée en 1987 pour gérer la base, le système et le réseau, s’est dotée d’une politique des données et a obtenu du ministère les moyens d’assurer l’extension rapide du réseau, la prise en charge des nouveaux membres, l’articulation avec le réseau suisse Rébus 6, la réalisation de développements spécifiques.

Les structures mises en place, indépendantes de la DBMIST, mais en étroite relation avec elle – assemblée générale, commission technique permanente, conseil d’administration –, ont travaillé à la réalisation des objectifs du réseau, concourant ainsi à le rendre plus performant. Des postes de permanents « réseau » – un administrateur de base, un coordinateur du réseau, un responsable de la formation, un coordinateur informatique – ont permis le développement rapide de la base et du réseau entre 1987 et 1990.

Cohérence de la base et qualité des données

Le réseau s’est doté prioritairement des moyens humains et informatiques pour garantir la maîtrise de la qualité des données. Les phases d’alimentation du Pancatalogue par la base Sibil ont fait la preuve de la cohérence de la base et de la qualité des données. Cela a impliqué un important travail sur les accès et sur les autorités, particulièrement sur l’indexation Rameau.

Depuis les débuts du catalogage informatisé sous Sibil, les problèmes d’indexation en Lamech, puis en Rameau ont été des facteurs de perturbation pour le réseau : l’adaptation d’une liste encyclopédique d’inspiration nord-américaine via la BN n’a pas été sans poser des problèmes aux BU dans certaines disciplines ; les variations de syntaxe et de sémantique de la liste ont par ailleurs généré des incohérences dans le fichier Sibil qu’il a été difficile et coûteux de supprimer.

Dans le réseau, le lourd travail d’indexation sous Rameau cumulé à une perte d’information constatée au niveau des utilisateurs a semblé parfois d’autant plus paradoxal que le gain de temps apporté par l’informatisation du catalogage s’est trouvé réinvesti dans ces opérations d’indexation. L’absence de liste d’autorités auteurs collectivités dans les débuts de la base a nécessité de même un sérieux travail de corrections des données dès que ces listes BN furent disponibles. L’objectif de l’administrateur des données a été en outre de combattre les « particularismes » anciens de Sibil et de s’aligner le cas échéant sur les règles et pratiques de la BN.

La base

Le décollage des données est particulièrement sensible à partir de 1988-1989.

– En 1989, 55 000 données créées et 90 000 localisations ;

– à partir de 1990, la progression de création de données croît d’environ 50 %, la progression de localisation de plus de 15 % ;

– en 1994, 510 000 notices et 950 000 localisations, soit dix fois plus en cinq ans, occupant plus de huit giga-octets de mémoire, avec une croissance annuelle de 200 méga-octets.

A titre de comparaison, les chiffres de 1986 à 1988 témoignent d’un doublement annuel de l’accroissement de la base, mais le nombre de données produites reste encore faible :

– 12 700 notices créées en 1986 et 13 900 localisations ;

– 24 000 notices créées en 1987 et 29 000 localisations ;

– 44 000 notices créées en 1988 et 57 000 localisations.

Bien entendu, par sa taille au 7 juillet 1994 (518 174 notices, 948 363 localisations) et sa relative « jeunesse », la base Sibil ne peut se comparer aux grands réservoirs de données existant à l’étranger, mais elle constitue néanmoins aujourd’hui une des bases de données d’origine universitaire significative, consultable par Minitel (36 15 SF) et via Internet, ainsi que, fusionnée avec les notices d’autres sources, dans le Pancatalogue.

Elle est de plus en plus utilisée pour le prêt entre bibliothèques : plus de 200 heures de connexions « grand public » par mois sur Minitel, 24 000 heures par mois de connexion des bibliothèques Sibil.

Un des paramètres intéressants dans l’étude du catalogage en réseau est le ratio localisation/création. Ce ratio de 20 % en 1987, passe à 30 % en 1988 et plafonne ensuite à 50 %, soit deux localisations pour une création à partir de 1989. Sa progression témoigne de l’effet de l’accroissement du réseau conjugué à un rééquilibrage du poids des différentes disciplines dans le réseau. Ces taux de recouvrement ne prennent en compte que la base Sibil France ; si l’on ajoute les dérivations de la base romande (1,5 million de notices), le taux de recouvrement moyen est de 70 %, sensiblement plus faible pour les Cadist. Le format permet le catalogage de documents quel qu’en soit le support (disques, films, cartes, plans, multimédia...).

Le réseau Sibil France : un réseau de coopération

Pour des raisons en partie historiques, et pour la survie du réseau, les bibliothèques participantes et notamment celles des débuts de Sibil ont accepté d’investir une part importante de leurs ressources humaines pour assurer son développement. Une estimation récente évalue à l’équivalent de 1 à 1,5 poste par bibliothèque, pour des fonctions de coordination, de correction, les ressources humaines minimales affectées au fonctionnement du réseau par les bibliothèques participantes, et prises (sauf les trois postes de conservateur attribués au titre de Sibil) sur leur effectif normal.

Par ailleurs, l’équipe informatique d’exploitation et de maintenance du réseau au Cnusc s’élève en 1994 à l’équivalent de trois postes (un technicien, deux ingénieurs). L’investissement des bibliothèques elles-mêmes, dû en partie à l’histoire de Sibil, donne au réseau sa dimension humaine et professionnelle particulière. Depuis l’étude de faisabilité jusqu’au suivi du catalogage, de la documentation à la formation continue, le réseau Sibil France met au service des membres le savoir-faire et l’expérience de tous. C’est un des sens du mot réseau auquel les membres tiennent le plus, le support du réseau à toutes les phases de l’informatisation s’est révélé être un des atouts, et non des moindres, de la réussite de l’informatisation d’une bibliothèque et le garant de la qualité des données produites. Un responsable permanent de la formation est à l’écoute des besoins et organise les stages de formation initiale et continue (six à sept environ par an). Aujourd’hui 130 terminaux (sur les 230 du réseau) dans vingt BU contribuent à l’alimentation de la base Sibil.

État du système

Développé à partir de 1971, Sibil est un logiciel de gestion intégré en réseau : il informatise les fonctions acquisitions, catalogage, circulation et prêt, accès public et professionnel en ligne, éditions diverses. Des logiciels complémentaires articulés autour des cessions Sibil permettent une communication interactive par messagerie, la gestion de statistiques, le lancement assisté de travaux batch 7, une comptabilité des engagements documentaires.

Chaque bibliothèque a eu la maîtrise des fonctions qu’elle souhaitait informatiser, dans l’ordre qui lui convenait. Entièrement interactif et en temps réel pour tout ce qui touche à la saisie, au contrôle et à l’interrogation des différentes données, le système gère en batch l’accroissement quotidien des fichiers, les procédures de validation, d’édition.

Grâce aux ressources informatiques et aux capacités disques mises à disposition par le Cnusc, le développement très rapide du réseau en 1988-89 a été facilement supporté ; le réseau Sibil France a bénéficié à son lancement du réseau de télécommunication et des lignes à haut débit qui reliaient le Cnusc à Paris et aux villes universitaires du sud de la France, ainsi qu’aux centres de calcul universitaire et au Circé 8. Une liaison avec le Sunist permettait une consultation, à partir du poste de travail Sibil, des fichiers gérés par le Sunist (Rameau, CCN...). Grâce à ce réseau de télécommunication, les bibliothèques universitaires françaises ont été reliées au Cnusc à une vitesse et avec une garantie de qualité des connexions appréciables par rapport aux liaisons Transpac. La mise en place de Renater à partir de 1992-93, l’accès à Internet allaient bouleverser ce paysage et remettre en cause les liaisons existantes, les protocoles, les logiciels, les matériels. L’assistance du réseau aux bibliothèques Sibil a été particulièrement utile dans ce contexte de mutation brutale.

Réalisations

Trois objectifs prioritaires ont guidé jusque-là le réseau Sibil dans son développement :

– jusqu’en 1993, étendre et renforcer le réseau (géographiquement et thématiquement). Pour faire bénéficier réellement les membres de « l’effet réseau », il fallait dépasser un seuil critique au-delà de vingt bibliothèques ; le réseau a trouvé son assise et justifie ainsi les investissements lourds initiaux. Corollairement, il s’agissait de l’inscrire dans le panorama de l’informatisation des bibliothèques et de prendre place parmi les acteurs de la création des données en France. A partir du moment où la conclusion de la phase 1 du schéma directeur était la création d’un catalogage collectif unique des BU, le réseau Sibil a logiquement limité les adhésions aux demandes en cours ;

– développer et gérer la base, objectif prioritaire 1990-95. Dans cette perspective s’inscrivent les réalisations des conversions de format nécessaires pour l’import-export de données de et vers les autres systèmes ou réseaux et les dérivations à partir des autres réservoirs, l’écrasement des niveaux en interne, ainsi que les projets d’achat de données. Une étude bibliothéconomique et comparative sur le marché des données et leurs supports a été réalisée par Rébus et par Sibil France et a servi à orienter la politique d’achat de données.

Les opérations de conversion rétrospectives de fichiers n’ont pas été menées en fonction des besoins spécifiques des bibliothèques, mais se sont inscrites dans les projets menés par le ministère et la Bibliothèque nationale de France (BNF). Il a été difficile jusqu’à présent de faire aboutir les différents projets alors que tous les obstacles techniques avaient été réglés ; des projets vont pouvoir être lancés pour la période 1994 à 1998, à commencer par le catalogage rétrospectif de la BIU de la Sorbonne.

Un plan de développement

Au-delà de la maintenance annuelle, de 1987 à 1993, un plan de développement du logiciel a été défini et mis en œuvre par le réseau Rébus pour adapter le système aux nouveaux besoins des partenaires du réseau. Tant du côté français que du côté suisse, l’effort de développement a porté principalement sur l’édition de bibliographies, les accès en ligne, les conversions de format, et plus globalement sur tous les problèmes d’import-export de notices. Les conversions USmarc-Sibil, Sibil-Unimarc en import-export ont été financées par le ministère et réalisées, pour l’importation et l’extraction de données. La dérivation des données LC (Library of Congress) est envisagée prochainement pour des opérations de catalogage rétrospectif ou de catalogage courant, selon les priorités de chaque bibliothèque et la « fraîcheur » des données stockées.

Les réalisations nouvelles en matière de logiciel sont trop nombreuses pour être détaillées ici ; maintenu en Suisse par une équipe permanente de bibliothécaires et d’informaticiens, le logiciel a bénéficié jusqu’à 1994 d’une version annuelle : la version 14 vient d’être installée en France. Elle inclut des améliorations significatives, dont plusieurs interfaces avec des solutions locales (Géac, Dobis Libis, Data-Trek) et le télédéchargement. Certains travaux spécifiques de développements ont été réalisés en France par l’équipe permanente Sibil ou par des sociétés de service.

Les évolutions les plus décisives pour l’avenir – 1994-1998 – ont été l’ouverture du système et la banalisation des terminaux : passer des terminaux « propriétaires » des débuts de Sibil (Ericson, Nokia, puis ICL) à des postes de travail multitâches, multifonctions banalisées fonctionnant en réseau local (sur Ethernet) n’était pas une mince affaire. Elle a été réalisée en France en deux ans. Des solutions diverses, adaptées aux contextes locaux sont disponibles. Toutes les composantes de la solution – matériel, logiciels, cartes réseaux – ont été testées et validées. Le dernier problème des impressions en ligne sur des imprimantes banalisées devrait être réglé sous peu. Les solutions de transcodage des caractères pour maintenir le clavier élargi (ALA) sur un micro de type AZERTY ont été validées et l’affichage écran a été rendu plus ergonomique avec une possibilité de multifenêtrage et de multicessions, sous Window et Pathway.

Le passage sur Renater des bibliothèques autrefois reliées au Cnusc par des lignes spécialisées dédiées complète ce dispositif d’ouverture de Sibil en 1993-94. Déjà presque achevé, ce processus a mis en jeu des compétences spécifiques que les BU ne trouvaient pas toujours dans leur environnement immédiat. Le réseau, avec l’appui constant du Cnusc et du ministère, a donc tout mis en œuvre pour faciliter cette migration des BU vers le réseau Renater.

Sibil 2000 : un projet avorté

Cependant, en dépit des lots de maintenances et des développements nouveaux, le système Sibil des années 90 avait atteint un stade où il devait faire l’objet d’une évaluation de ses performances informatiques par rapport à l’état de l’art actuel. Il convenait en outre d’évaluer sa capacité à répondre aux besoins de ses usagers, au moment où les bibliothèques universitaires et de recherche connaissaient des évolutions rapides de leur fonctionnement, de leurs structures, de leurs missions. Tout système vieillit : si les options informatiques prises lors de la conception de Sibil ont bien tenu la route vingt ans, elles sont aujourd’hui dépassées. L’environnement institutionnel change et Sibil, même s’il répond encore bien à la majeure partie des fonctions nécessaires aux BU, a besoin d’être évalué à la fois à la lumière des objectifs nouveaux des bibliothèques, et des nouvelles donnes informatiques et télématiques.

Une réflexion fondamentale sur l’évolution et le devenir du logiciel a été amorcée en 1989. Elle s’est poursuivie jusqu’en 1992, menée par un comité de pilotage dont la mission était de définir le cahier des charges et les orientations d’un Sibil 2000. Cette approche témoignait de la volonté du réseau Rébus d’aborder les réévaluations indispensables du système tout en préservant les acquis fondamentaux : les données, le savoir-faire accumulé, l’idée de réseau coopératif.

Blocages

Cependant, le projet d’un « nouveau Sibil » qui esquissait les contours de la « bibliothèque virtuelle », porté par une poignée de directeurs de bibliothèques sans doute un peu trop « avant-gardistes » dans le contexte suisse, s’est heurté à trois facteurs de blocage :

– l’incrédulité de la majorité des directeurs des membres du réseau Rébus devant le projet proposé considéré comme « utopique », alors qu’il se proposait d’ancrer le nouveau logiciel dans la diffusion électronique du document, en utilisant une informatique répartie, ayant pour objectif la création non seulement d’un réseau de catalogage mais d’une véritable bibliothèque « hors les murs ». Ces concepts, suspects d’être révolutionnaires à l’époque, sont aujourd’hui repris et validés, y compris dans la presse professionnelle helvétique ;

– le choix par la BN suisse du système américain VTLS 9, système différent des deux systèmes existant en Suisse (il y avait une proposition commune Ethics-Rébus) et son projet de réseau suisse des bibliothèques, où la place de Rébus n’apparaissait pas clairement ;

– la récession budgétaire en Suisse à partir de 1992 affectant le budget des universités et provoquant une crise de financement pour les bibliothèques membres de Rébus et pour le projet Sibil 2000.

Des perspectives nouvelles

Le rejet par les membres du conseil Rébus du projet « Sibil 2000 », leur décision de « geler » en l’état le logiciel Sibil ont privé l’ensemble des bibliothèques partenaires de réelles perspectives d’avenir ; une crise grave a alors divisé le réseau en fonction d’options aussi stratégiques que techniques. Le conseil exécutif du réseau romand (50 % des bibliothèques de Rébus) a décidé de choisir d’emblée le système VTLS retenu par la BN suisse et a quitté Rébus.

Les autres réseaux – Sibil France, St Gall, Bâle, Berne, Luxembourg – n’ayant pas souhaité faire le choix de VTLS, tout au moins sans une sérieuse analyse préalable et sans stratégie de partenariat régional ou interrégional, ont décidé de maintenir Rébus et le système Sibil avec une équipe de maintenance réduite, les développements étant limités après la version 14 aux stricts besoins des membres et financés par eux. Un nouveau Rébus de quatre réseaux remplace dorénavant (1994) l’ancien Rébus de cinq réseaux.

Pour le réseau Sibil France, les conséquences de l’abandon du projet Sibil 2000 ne sont pas dramatiques, car les perspectives des BU françaises s’inscrivent dorénavant dans le système national universitaire qui sera mis en œuvre à partir de 1998. L’aboutissement des travaux du schéma directeur informatique auquel Sibil a été étroitement associé ouvre de nouvelles et passionnantes pistes. La crise intervenue en Suisse ne pose donc pas de problème existentiel majeur au réseau Sibil France. Le système Sibil, après plus de vingt ans d’existence, aura été parfaitement amorti. Les résultats en France en sont visibles : une base de plus de 900 000 notices localisées, 24 bibliothèques participantes informatisées.

Le réseau Sibil France continuera de participer à Rébus jusqu’à la mise en place du futur système universitaire et envisage sans état d’âme le passage sur un autre système le moment venu. Toutes les conversions de format nécessaires pour ce faire existent. En outre la suppression du catalogage à niveau en interne réalisée en 1991 (elle était déjà réalisée en externe) a permis de lever le dernier obstacle à l’intégration de Sibil et de former les catalogueurs à un format sans niveau. Une migration de la base vers Unimarc, le moment venu, peut donc s’envisager très sérieusement.

Le réseau Sibil France considère sereinement l’avenir et s’y prépare, avec l’appui de la Sous-direction des bibliothèques, notamment en accompagnant la migration des fonctions locales (prêt, acquisition, OPAC, éditions...) des BU vers des systèmes intégrés locaux, reliés à Sibil. Le catalogage dans la base Sibil commune et l’alimentation du Pancatalogue sont maintenus jusqu’à la mise en place du futur système national.

En dépit de pressions locales qui ont pu amener quelques directeurs de BU à quitter Sibil pour OCLC, le conseil d’administration, l’assemblée générale et la quasi-majorité des directeurs de BU membres de Sibil France ont pris position très clairement sur leur volonté de maintenir la base de catalogage partagé jusqu’à son intégration dans le futur système national. Ils estiment que, le format du système cible étant inévitablement Unimarc (type BN), il est coûteux et risqué de former des catalogueurs au format USmarc pour une période de trois ou quatre ans, alors qu’il faudra les reformer à nouveau à Unimarc dans le futur système.

Pour faciliter l’évolution de l’existant et les choix de ses membres, le réseau Sibil a entrepris une analyse des systèmes intégrés de gestion de bibliothèque dits de « nouvelles générations », c’est-à-dire conformes aux normes des systèmes ouverts, sur SGBDR (système de gestion de bases de données relationnelle) non propriétaires, en client serveur, avec interface graphique, capable d’intégrer et de gérer des images (format SGML), aussi bien que de communiquer avec d’autres systèmes et bases de données hétérogènes (norme Z 39 50).

Le problème est que le nombre de tels systèmes opérationnels sur le marché français voire européen est limité. Une première étude de l’offre s’avère assez préoccupante. Des études seront menées et, pour les solutions les plus « ouvertes », des interfaces seront le cas échéant réalisées par les constructeurs pour permettre le raccordement des bibliothèques du réseau. Pour faciliter le processus de choix de système pour les directeurs de bibliothèques Sibil et plus largement pour l’ensemble de la communauté des BU, des séminaires spécifiques de formation sont organisés par le Cnusc en collaboration avec le ministère.

Le réseau universitaire national

Les membres du réseau Sibil France espèrent que l’expérience de travail en réseau, le sens de la coopération, de l’échange d’information, ne seront pas perdus dans le futur dispositif mis en place pour le système universitaire national.

L’expérience du réseau Sibil en France, comme celle du CCN, ont démontré les bénéfices d’une organisation décentralisée pour un catalogue collectif centralisé, reposant en grande partie sur l’implication des établissements participants, sur des groupes de travail, sur des acteurs communiquant via la messagerie. Les stages de formation des utilisateurs ou l’assemblée générale ont été des facteurs d’intégration des bibliothécaires au réseau et ont été à la base de la réussite du projet. Ces acquis organisationnels et professionnels devraient autant que possible être préservés dans l’avenir. Cela devrait apparaître quelles que soient les évolutions des systèmes d’autant plus que les progrès de l’informatique ouverte et répartie, l’ouverture exceptionnelle des réseaux d’échange de données et d’information sur Internet n’imposent plus une optique exclusivement centralisatrice et hiérarchisée du traitement et du transfert de l’information, même si, pour des raisons de cohérence et de coût, les fichiers sont centralisés.

Réseau versus système

Bien qu’ayant en temps opportun pris fait et cause pour la survie du système, notamment dans les débuts du réseau où une « guerre des systèmes » sévissait dans le monde des bibliothèques, le réseau Sibil France a toujours parié et parie encore sur la prééminence des données et des réseaux sur les systèmes.

Les systèmes évoluent ou sont remplacés, les fonctionnalités d’un logiciel, adéquates à un moment donné, cessent de l’être complètement au bout de quelques années ; l’état de l’art en informatique évolue encore plus rapidement. Les maintenances, mêmes évolutives des logiciels ont leurs limites et leur coûts, les matériels évoluant tout aussi vite ; les systèmes sont donc à la traîne des nouvelles exigences des usagers, les possibilités techniques et le facteur coût amènent des révisions drastiques des choix informatiques.

Les débats sur les systèmes ne sont certes pas périmés car ils sont nécessaires dans ce contexte de forte évolution de la demande et de relative stagnation de l’offre du marché. L’informatisation des structures documentaires universitaires étant loin d’être achevée, une offre abondante de logiciels vieillis et plus rares de systèmes ouverts mais peu stabilisés rencontre une demande peu structurée voire peu informée de la part des BU.

Quelle que soit l’importance du débat sur les choix de systèmes, leur mise en concurrence ne saurait faire oublier aux partenaires les véritables enjeux de l’informatisation des bibliothèques universitaires : la mise en réseau pour la création de données utilisables par la collectivité.

Le réseau des BU est en France un des acteurs importants de l’accès à l’information et au document primaire, l’enjeu de son informatisation ne peut être ramené au seul enjeu local ou même régional, ni à celui de la survie d’un réseau particulier, Sibil ou tout autre.

Si la prise en compte des besoins locaux est, dans le processus d’informatisation, naturellement perçue par les universités, voire par les directeurs de BU comme prioritaire, la mise en réseau pour la production de données des bibliothèques universitaires, reste cependant l’enjeu majeur de leur informatisation, car ils font naturellement partie du réseau documentaire national.

Le réseau Sibil France a contribué dès ses origines à cette mise en réseau, comme l’un des acteurs, mais pas le seul, d’une politique au début fluctuante et maintenant clairement exprimée et orientée vers un projet national auquel il participe activement. Au-delà des enjeux économiques de la rationalisation du circuit de production de données et de la constitution d’une base de données française des BU, la coopération entre bibliothèques, visant à permettre l’échange d’information et à faciliter l’accès direct en ligne par les usagers au maximum d’information voire au document primaire et multimédia, sera sans aucun doute l’objectif majeur, en l’an 2000. C’est résolument dans cette perspective et afin de préparert la « fin de Sibil » que se situent les priorités et les projets du réseau Sibil France pour la période 1994-2000.

Janvier 1995

  1.  (retour)↑  Système informatisé pour les bibliothèques universitaires de Lausanne, initialement crée pour l’informatisation de la bibliothèque cantonale et universitaire de Lausanne.
  2.  (retour)↑  Agape : Application de la gestion automatique aux périodiques, Ippec : Inventaire permanent des périodiques étrangers en cours, CCNPS : Catalogue collectif national des publications en série.
  3.  (retour)↑  OCL : Online Computer Library.
  4.  (retour)↑  Le travail en réseau permet des économies de temps, de moyens, de ressources humaines, et met en place les procédures, les normes et les formats communs qui garantissent la communication et l’échange des données ainsi que leur pérennité.
  5.  (retour)↑  OCLC : Online Computer Library Center.
  6.  (retour)↑  Rébus : réseau des bibliothèques utilisant Sibil.
  7.  (retour)↑  Batch : traitement par lot. Ce terme est employé pour désigner une suite de commandes préparées à l’avance et dont l’exécution est automatiquement enchaînée après appel du fichier par l’opérateur.
  8.  (retour)↑  Circé : Centre interrégional de calcul électronique, CNRDS.
  9.  (retour)↑  VTLS : Virginia Tech Library System.