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Lutter contre le feu

Martine Poulain

Le feu peut toujours menacer les bibliothèques. La Bibliothèque centrale de Norwich (Grande-Bretagne) vient d’être confrontée récemment à un grave incendie.

Le 1er août dernier, un feu très important se déclare dans cette bibliothèque, sans doute dû à un défaut électrique. Selon certains observateurs, il s’agit d’un des incendies les plus violents depuis la dernière guerre. La bibliothèque, riche de plus de deux millions de volumes, possède certains trésors, dont des archives très anciennes concernant l’histoire de Norwich et du Norfolk, la Charte de Richard Ier de 1090, une charte de l’an 800, des manuscrits en nombre, des correspondances, des registres paroissiaux, des plans architecturaux, des partitions de musique, etc.

Le feu a duré plus de quatre heures. Un très grand nombre de documents ont été détruits. On estime que seuls 2 000 livres sur 369 000 n’ont pas été endommagés, et que 370 000 revues, cartes, cassettes et vidéos ont été détruites. Nombre des documents les plus anciens sont perdus, ainsi que 95 % du fonds local. Certaines collections purent néanmoins être évacuées à temps : ainsi de la collection Coleman (une grande famille du comté), et la collection des archives orales du comté.

Pour sauver ce qui, après le feu, était trempé, il fallait aller très vite. Les experts, appelés sur les lieux, aidèrent à sélectionner et inventorier les documents nécessitant l’intervention la plus urgente, à les évacuer et à trouver un lieu de stockage et de congélation d’une capacité suffisante. L’urgence était de congeler immédiatement les documents, après avoir établi des priorités. Mais il était impossible d’examiner chaque titre l’un après l’autre. On a choisi de congeler d’abord les documents trempés ou humides, en considérant que les attaques de moisissure étaient beaucoup plus dangereuses que l’eau. Ceci supposait un repérage exact des documents, un descriptif de leur reliure originale. Huit mille documents ont été sélectionnés, dont environ 50 % de livres et 75 % des journaux nécessitant congélation.

Un certain nombre de documents firent l’objet d’un deuxième examen, visant à déterminer le traitement qu’ils devaient subir. On décida, lors de cette deuxième sélection, que les pages isolées, les tapuscrits, les cartes postales, les collections imprimées, certaines photos et coupures de presse devaient aussi faire l’objet d’une congélation prioritaire. Quant aux documents secs, ils furent eux aussi classés et répertoriés.

On sait que la congélation stoppe tout développement des fongicides et permet de traiter les documents par petites quantités, à un rythme mesuré.

La Société de reliure Riley Dunn et Wilson, présente parmi les premiers experts, spécialisée dans les interventions d’urgence dans nombre de bibliothèques anglaises, a assisté pendant toutes ces journées les professionnels de la Bibliothèque centrale de Norwich et aidé à mettre au point une stratégie d’urgence et à proposer des solutions.