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Éditorial

C'est à un regard pluriel sur les missions et le fonctionnement des bibliothèques qu'invite cette livraison du BBF.

Concernées par la révolution technologique, affectées par des mutations multiples, les bibliothèques sont encore et toujours invitées à réfléchir à leurs services et à leurs publics. Comment peuvent-elles rationaliser leurs méthodes d'acquisition et de classement de leurs documents ? Les coûts de leurs services ne doivent-ils pas être plus précisément estimés et rationalisés, ainsi ceux liés au catalogage ? Ne doivent-elles pas, plus vite et plus fortement, s'intégrer aux réseaux mondiaux d'information qui s'accroissent à une vitesse prodigieuse et leur donnent la possibilité d'en être, non seulement des utilisateurs, mais aussi des producteurs ?

Du côté de l'exercice professionnel, comment penser les conséquences des mutations statutaires ? Quelles exigences et quels savoir-faire sont aujourd'hui attendus d'une profession parallèle, celle des documentalistes des lycées et collèges ?

Cette livraison s'interroge aussi sur certaines pratiques ou certains principes, longtemps fondateurs de l'exercice bibliothéconomique. Comment les bibliothèques publiques peuvent-elles penser une gratuité dans une époque qui ne la pense plus ? Du côté de la formation des publics, jeunes par exemple, l'oral peut-il donner le goût de l'écrit ? Comment la passion de la voix peut-elle conduire à l'intérêt pour le silence du texte ? Ces voix, celles par exemple des lecteurs inexperts que l'on souhaitait, il y a peu, mieux entendre, semblent à nouveau invitées à se mouler dans les pratiques silencieuses de l'univers feutré de la bibliothèque. Après l'apologie de la bibliothèque comme lieu de sociabilité qui ne rebuterait plus les éloignés du texte, voici revenir peu à peu le temps du rappel à une nécessaire concentration, aux vertus du silence solitaire, que réclame la confrontation à l'écrit.

Enfin, deux regards sur l'au-delà des frontières sont ici proposés. L'un s'intéresse aux débats qui, outre-Atlantique, confrontent les bibliothécaires américains à des demandes, ou au contraire à des interdits, sur des publications dont la qualité n'est pas toujours indiscutable. L'intérêt du débat n'est pas seulement dans la réponse donnée, mais aussi dans les questions qu'il soulève, dans les positionnements qu'il occasionne de la part des professionnels, de leurs tutelles ou de leurs publics. Autre regard proposé, celui qui s'intéresse au fonctionnement de la censure dans les ex-pays d'Europe de l'Est, ici la Roumanie. Bien pire que la censure encore, fut l'exercice institutionnalisé, mais implicite et arbitraire, du secret. En détruire aujourd'hui les traces, c'est s'interdire d'en faire l'histoire.